Brèves suisses sur fond de minarets

2.12.09

Dans le tsunami médiatique des résultats
de la “votation” suisse sur les minarets musulmans,
un des chantres du comité d’initiative,
l’histrion Oskar Freyzinger les commente  ainsi :

Il aurait donc fallu que, dès le lancement de la campagne,
les musulmans suisses se lèvent comme un seul homme,
ou comme le loup sortant des bois,
pour se placer sur la défensive…
Mais qui agresse qui ? Pauvre type…

(Sauf mention spécifique,
tous les extraits de ce blog
sont repris du journal “le Matin” du 01.12.09)

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Dessin humoristique de Burki dans “24 Heures”
(quotidien suisse romand)
où la Ministre des Affaires Etrangères ” loupe le minaret ” :

La décision du Parlement et du Conseil Fédéral suisses (gouvernement)
de soumettre une question architecturale au peuple
par référendum est incompréhensible.
On voudrait ” faire monter les tours “
qu’on en procéderait pas autrement.
On appelle cela de la
pusillanimité.

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Guillaume Tell explique son vote :

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La ménagère musulmane suisse de moins de 60 ans
n’en fait pas un fromage…

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Et donc après avoir laissé l’UDC, parti d’extrême-droite
stigmatiser l’Islam et les musulmans autour d’un symbole architectural comme le minaret,
tous les autres symboles vont y passer,
et à l’initiative de partis d’inspiration chrétienne qui surfent sur la vague.
Ne pas se plaindre ensuite que la haine se répand de tous les côtés.

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Dessin de Chappatte dans “le Temps” (01.12.09)

Les analystes et commentateurs suisses estiment
que le vote des femmes a été déterminant
dans le raz-de-marée de l’interdiction des minarets.

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Le Ministre italien de la Simplification porte bien son titre :

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Le président de l’UMP , parti du président Sarkozy,
a l’art de la conviction claire et mobilisatrice :

visiblement, ça pense, là-dedans…

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L’observatrice de l’Observatoire
a un certain sens de l’observation
particulièrement sagace …

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Et comme d’habitude, dans les villes et contrées
où il y a le plus de musulmans,
c’est là que la résistance à la démagogie a été la plus forte :

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Chacun sait que Ben Laden
collectionne les Rolex et autres Omega…


L’expulsion d’Abdirashid : un non-sens absolu

22.11.09

Mr Abdirashid Ali, 17 ans en 2009, est arrivé de Somalie, son pays d’origine, en 2008 par bateau sur les plages de l’île de Lampedusa (Italie), île mondialement connue pour accueillir les Africains … amateurs d‘”asylum shopping”.

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Source photo

Après trois mois de promiscuité  et d’hygiène déplorables dans un centre de transit,  il en est ” remercié ” (!),  avec le mot de passe : ” L`Italie est grande, débrouillez-vous”.
Autrement dit : Dis-pa-rais-sez !!! “.

Après quelque temps à errer dans le pays, Abdirashid se présente en Suisse en janvier 2009.
Accueilli au Centre EVAM de Lausanne (Canton de Vaud), spécialisé dans l’accueil des mineurs étrangers non-accompagnés, il fréquente les classes OPTI de l’école publique vaudoise (perfectionnement, transition et insertion professionnelle).
Ses enseignants le disent excellent élève, sérieux, motivé.
Comme les Accords de Dublin, auxquels la Suisse a adhéré (bien que non-membre de l’UE), ne font pas de différence entre adultes et mineurs, Abdirashid risque l’expulsion vers le premier pays de “débarquement”, l’Italie. Et donc le jeudi 12 novembre 2009, à 7 h  du matin, la police cantonale vaudoise se présente à son domicile, l’emmène au Commissariat pour le conduire, menotté, en fourgon grillagé jusqu’à Berne, puis dans un train “adapté” pour Zurich, sans menottes, avec chocolat et biscuits.
A Zurich, douche et vêtements propres, puis re-menottes dans un fourgon blindé vers l’aéroport pour un avion vers l’Italie. A la descente d’avion, les policiers italiens embarquent l’adolescent pour prise d’empreintes digitales aux bureaux d’immigration, lui donnent un ticket de bus pour se rendre dans un centre, ainsi qu’un billet de train pour la Sicile
(où il avait débarqué il y a désormais un an).
On voudrait l’inciter à la clandestinité qu’on ne ferait pas autrement.

Pas d’argent, rien à manger, l’adolescent traîne pendant une nuit dans la gare de Rome, puis dans les locaux de l’ancienne ambassade de Somalie, un journaliste italien rencontré le conduit vers un centre pour mineurs tenu par des Jésuites.
On en est là à ce jour (21.11.09).

Abdirashid Ali, 17 ans, mineur somalien non-accompagné,
expulsé de Suisse en 48 heures, sans avoir commis ni délit ni crime.

Source photo (Eric Vandeville)

D’où ces quelques questions, dont les réponses circonstanciées nous obligeraient :

Mesdames, Messieurs les Conseillers d’Etat
du Canton de Vaud,
force est restée à la loi… mais laquelle ?
et
en quoi Abdirashid l’avait-il enfreinte ?

- la procédure de renvoi est réputée légale, tant au niveau fédéral que cantonal … à cette réserve près que la Convention relative aux Droits de l’enfant (ratifiée par la Suisse, et dont vous n’avez pas manqué de célébrer les 20 ans ce vendredi 20 novembre) dispose dans son Article 22, concernant les mineurs demandeurs d’asile : Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit.”

- Le Comité des Droits de l’enfant (en charge du suivi de l’application de la Convention par les Etats) exige, dans son Commentaire No 6 : Le but ultime de la prise en charge d’un enfant non accompagné ou séparé est de définir une solution durable qui permette de répondre à tous ses besoins en matière de protection, tienne compte de l’opinion de l’intéressé, et si possible, mette un terme à la situation de non accompagnement ou de séparation.”

Voilà donc un mineur qui a quitté un pays où il n’y a plus d’Etat depuis 15 ans (ce qui – soit dit en passant –  ne dérange personne, au sein de l’honorable “communauté internationale”), et où la violence règne à chaque coin de rue. Il décide de risquer sa vie sur un bateau pourri en espérant  une vie un peu meilleure que le pire. Il affronte une situation d’ abandon total pendant plusieurs mois, s’obligeant à dénicher la moindre ressource de survie physique et psychologique.
Il arrive dans un pays, la Suisse, qui lui assure le gîte, le couvert et une scolarisation, le temps d’une procédure. Il se tient “à carreau”, ne commet aucun délit ni crime, ni même, que l’on sache, une quelconque incivilité de nature à fragiliser la moindre chance d’un avenir : mais un matin de novembre, la police le menotte et l’expédie par le premier avion vers l’étranger.
La loi, peut-être. Le droit, oui, à géométrie variable. Mais le non-sens, assurément.

Le même Commentaire No 6  du Comité des Droits de l’enfant dispose : (…) ” Les Etats doivent tenir compte du fait que l’entrée illégale ou le séjour illégal dans un pays d’un enfant non accompagné ou séparé est susceptible de se justifier au regard des principes généraux de droit – si cette entrée ou ce séjour constitue le seul moyen d’empêcher une violation des droits fondamentaqux de l’intéressé.”(…)
Ayant sciemment et volontairement été laissé à lui-même en Italie, obligé de survivre seul par tous les moyens, les risques sont tels qu’un retour en Italie était, de l’avis même d’Abdirashid, inconcevable. Il avouait lui-même préférer rentrer en Somalie, car il savait au moins où aller dormir…

Source photo


Ne vous aurait-il pas effleuré les neurones qu’un jeune dans cette situation, sachant le “parcours du combattant” qu’il a connu et la résistance à laquelle il a déjà dû faire face, serait peut-être déjà une personne avec qui il est possible de discuter, de négocier (ce qui comporte des obligations qu’il aurait probablement acceptées si on lui avait parlé sérieusement), c’est à dire de discuter des avantages que les “deux parties” pourraient tirer de sa formation et de sa volonté de s’intégrer.
Est-ce qu’au moins quelqu ‘un lui a posé la question de savoir s’il voulait s’intégrer en respectant toutes les lois et procédures qu’on lui imposerait ? Et si oui, a-t-on tenu compte de ses réponses ?

- les menottes et les fourgons grillagés sont en général utilisés pour les délinquants présentant un risque pour l’ordre public. En quoi Mr Abdirashid Ali comportait-il un risque pour l’ordre public ? Quel délit ou crime avait-il commis ou était-il présumé vouloir commettre ? Disparaître dans la clandestinité ? N’est-ce pas hypocrite de préférer le voir disparaître dans la clandestinité en Italie plutôt qu’en Suisse ?

- Vous avez obtenu de l’ODM (l’office fédéral des migrations) l’assurance qu’aucune expulsion de mineur dans un pays “précédent” ne peut se faire sans la garantie qu’il sera accueilli et pris en charge ne serait-ce que sous l’angle de sa protection. Nous savons maintenant par témoignage direct et véréfié que cela n’a pas du tout été le cas. Allez-vous demander, avec le même sérieux, le même degré de garantie pour la dizaine de mineurs que le directeur du centre EVAM annonce comme étant sur liste d’attente pour expulsion ?
Cette expulsion n’est-elle pas un message adressé aux “suivants” : ” Disparaissez avant qu’on ne vous expulse…”
Et si on se mettait à la place du directeur du Centre d’accueil de ces mineurs,on se poserait la question de savoir quel travail on peut faire avec des mineurs qui sont convaincus que s’ils sont placés là, c’est en vue – et uniquement en vue  – de leur expulsion ?

- Même si, en Suisse, la décision de renvoi est prise au niveau fédéral et que le canton est chargé de l’exécution de la décision, vous savez fort bien que vous avez la possibilité d’attendre la fin de l’année scolaire pour procéder à l’”exécution” - voir vos propres archives à propos des  mineurs kosovars de l’école de Moudon en mars 2003. Même si aucun texte fédéral ne le prévoit, il existe, comme vous le savez, une certaine jurisprudence en la matière. Merci de nous indiquer ce qu’il en est pour les mineurs en liste d’attente, sachant qu’il est possible de surseoir à un délai d’exécution si une raison majeure s’y oppose.  Si le droit à l’éducation n’est pas une raison majeure pour un mineur, cela en dit long sur les valeurs que vous prétendez représenter.
La loi suisse étant ce qu’elle est, c’est tout de même un comble de s’apercevoir que si Abdirashid s’était enfui du centre d’accueil pour entrer dans la clandestinité en Suisse, il avait le droit à la scolarisation sans risque, qui est accordée sans risque aux mineurs clandestins, alors qu’en tant que demandeur d’asile officiel, il se retrouve expulsé manu militari dans les 48 heures…
Pourquoi faire perdre un an de formation à un mineur avant de l’expulser ? Encore une fois, où est le délit, où est le crime, qui justifient les menottes, les fourgons grillagés et la mise dans un  avion vers l’étranger, le tout dans les 48 heures, un 12 novembre ?

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Pour terminer, Mesdames et Messieurs le Conseillers d’Etat, vous nous permettrez de vous demander une faveur : cessez définitivement, s’il vous plaît, de répondre aux militants, aux ONG, et autres  ” euv’dentrèdes “ qu’ils sont des idéalistes, des angéliques, et qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde,etc,etc….
VOUS êtes les idéalistes et les angéliques, qui pensez qu’avec un politique répressive, d’expulsions, de renvois avec effets de manche médiatiques et coup de menton, cela va faire diminuer l’immigration. Cela fait diminuer les statistiques pour les batailles de polochon électorales et télévisées, alors que la réalité, c’est l’augmentation de la clandestinité et donc de la délinquance. Ce que vous voulez en fait, c’est que les problèmes aient moins de visibilité publique. Et on en revient toujours au discours tenu à ces immigrés, mineurs ou non : ” DIS-PAR-AIS-SEZ !!!!”.

D’ailleurs, on vous suggère (à moins que ce soit déjà prévu dans les “procédures”) de faire traîner le dossier pendant quelques mois en attendant qu’Abdirashid Ali passe le cap des 18 ans, et le problème aura “disparu” puisqu’il sera devenu majeur. Et l’affaire est close… Au suivant !

On n’est pas près d’oublier ce paragraphe qui figurait en bonne place dans un document officiel – un petit chef d’oeuvre de transparence – de l’Office Fédéral des Migrations, il y a quelques années, à propos des “disparitions” des demandeurs d’asile africains déboutés et donc contraints à la clandestinité :

Presque 90 % des requérants d’asile (…) quittent le domaine de l’asile par des “départs non-officiels”. Sans cette soupape, la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions – qu’on le veuille ou non – remplissent ainsi une fonction clé dans la gestion des flux migratoires.”

Or, en matière d’immigration comme en matière d’inondation, on ne peut rien contre l’eau qui monte.

Le choix n’est pas entre accepter ou refuser. Parce que la mondialisation n’est pas à option.
Vous savez aussi bien que nous ce que l’OCDE ne cesse de dire : (…) Il faut adapter l’immigration aux besoins futurs (…) et la traiter comme un phénomène économique et social qui , s’il est bien géré, peut apporter des solutions à certains problèmes et non réagir de façon intuitive ou émotionnelle ou l’utiliser dans un but politique à court terme.”

Et quand face au vieillissement de la population et à la concurrence internationale acharnée, les milieux économiques et patronaux seront en état d’alerte, on écoutera, d’ici quelques années, les campagnes électorales de nos politiques , la main sur le coeur, vanter les mérites d’une immigration permettant de remplir les fonctions qu’une population vieillissante ne veut pas ou plus faire…

Tiens, c’est  une idée, ça … Quand on sait le respect que les populations africaines portent aux personnes âgées, on pourrait accueillir un certain nombre de gens comme Abdirashid Ali, les former et les employer comme accompagnateurs-trices de nos personnes âgées –  il y aurait peut-être moins de maltraitances psychologiques et un peu plus d’humanité dans certains EMS suisses…

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A consulter ces billets précédents du blog, traitant du même sujet :

“Immigration choisie : a-t-on vraiment le choix ?

Lettre-ouverte-a-maitre-fatimata-mbaye/

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Malgré l’ apparences de procédures structurées,
qui donnent le sentiment d’une maîtrise de la situation,
beaucoup de mineurs “disparaissent”
soit en haut à droite
soit en bas à gauche…

Source photo


Identité nationale (on ne joue pas avec l’)

29.10.09

Transcription des principaux extraits de la remarquable chronique d’Alain-Gérard SLAMA, professeur d’histoire des idées politiques, entendu ce matin sur France-Culture.
Peu suspect d’être un suppôt de la Ligue Communiste Révolutionnaire, il s’exprime avec sa clarté  coutumière à propos du “grand débat” relatif à l’identité nationale voulu par Mr Eric Besson (Ministre de ladite Identité nationale).

S’il doit y avoir des contradicteurs, on aimerait que ce soit d’autres porte-voix que les sieurs Frédéric Lefebvre et Eric Besson, qui ont plutôt l’air de gamins avec leurs tambours au coin de la Place du Marché sous le régime de Pétain, que de responsables politiques qui savent que certains mots et concepts ne sont pas des allumettes avec lesquelles on joue sur un terrain de foire.

Donc bien lire et  méditer ce qui suit.

Bibliographie d’Alain-Gérard SLAMA

Titre de la chronique : ” Identité : l’entêtement et l’obsession “

” Faut-il que la société française soit en crise pour que la tentation de réduire sa culture en une identité tourne en ce moment pour elle à l’entêtement et à l’obsession.
L’entêtement est celui de ses dirigeants, l’obsession celle du pays  dans son ensemble.
Le  Président de la République a fait campagne sur le thème de l’identité : il y revient en faisant, par un de ses ministres – peu importe lequel – venu de la gauche, un grand débat national invitant les Français à préciser la notion.

On connaît le prétexte de l’opération : la mondialisation bouleverse la France, qui doit son unité à son Etat plus que toute autre nation. Et on ne voit pas sans inquiétude le lien social s’y défaire au point que notre pays redevient, comme sous l’Ancien Régime, et selon la formule célèbre de Mirabeau, “ un agrégat inconstitué de peuples désunis“.

Or, trois fois hélas, toute l’histoire de la société française témoigne qu’on ne la réunira pas autour du concept d’identité. Ce concept, à la différence de la notion de culture, exclut au lieu de ras-sem-bler. Nous savons bien que ce mot “identité ” est précisément utilisé par le pouvoir pour sa fonction “clivante” entre la droite et la gauche, mais aussi à l’intérieur de la droite, et à l’intérieur de la gauche.

Pour avoir un peu étudié le nationalisme français, j’ai appris combien l’usage du mot identité est dangereux. Certes, si on l’applique à l’individu, il est incontournable, puisqu’il faut bien que chacun identifie en lui-même un “moi” indispensable, qui unifie ses manières d’être et ses possibles.
Mais considéré du point de vue d’autrui, la notion d’identité peut réduire cet individu à un seul aspect de lui-même, à le renvoyer sans cesse à son origine, et à le juger sur un mot, sur une apparence ou sur une profession de foi.”
(…)

La loi qui porte interdiction du voile, entre autres signes religieux, concerne ces sanctuaires du service public que constituent l’école publique et l’administration, dans lesquelles la manifestation ostensible d’une appartenance religieuse fait écran entre l’individu et le citoyen ; entre d’une part la propension de toute religion à répandre ses certitudes et celles des autres cultes – je respecte ces certitudes, bien sûr – et d’autre part la nécessité de former des citoyens respectueux, égaux devant la loi, et distinguant entre les sentiments “clivants” et l’ordre universel de la raison.

Alors, le nationalisme, ce n’est pas autre chose qu’un sentiment religieux, profondément diviseur de l’appartenance nationale, et il n’est pas surprenant que le mot “identité” soit remis en honneur par un pouvoir qui, par ailleurs, remet en question la notion de laïcité, notion pourtant rassembleuse et beaucoup plus respectueuse des croyances que beaucoup d’autres : elle est de plus en plus regardée comme un modèle par nos voisins. Pour en rester à l’Europe, c’est à Londres ou à Copenhague qu’on tue pour des raisons religieuses…

VOILA POURQUOI, SUR LE PLAN COLLECTIF,
LA DEFINITION D’UNE NATION PAR LE MOT IDENTITE
EST PLUS QUE REGRETTABLE, DANGEREUX.
ET VOILA POURQUOI SON USAGE PERVERS PAR UN POUVOIR
EST EN TRAIN D’AJOUTER AU MALAISE FRANCAIS
ET DE TOURNER, AU SEIN DE CE PEUPLE, A L’OBSESSION.

CE SONT LES VALEURS ET LES PRINCIPES CULTURELS,
INSCRITS AU COEUR DE LA CONCEPTION FRANCAISE DE LA LAICITE,
QUI FONDENT L’UNITE D’UN PEUPLE,
LEQUEL SANS EUX, SERAIT PROFONDEMENT DIVISE.

CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LE SYSTEME EDUCATIF TRANSMET.

ET DANS CE PEUPLE D’IMMIGRES IMMEMORIAUX
QU’EST LE PEUPLE FRANCAIS,
CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LES GENERATIONS SUCCESSIVES SONT VENUES
ET CONTINUENT DE VENIR CHERCHER.”
(c’est nous qui soulignons cette conclusion)

Source photo – Pedro Uhart

 

 


Des ONG pataugent dans l’économie-fumier

28.10.09

Qu’est-ce que l’économie-fumier ?

Selon le Dictionnaire Littré, le fumier, c’est ” la paille, qui a servi de litière aux animaux domestiques, qui s’est mêlée avec leur fiente, s’est imbibée de leur urine et s’est ensuite décomposée par la fermentation“.

L’économie-fumier, ce pourrait être une économie qui, sur le lit de paille où tout le monde est assis, a laissé traîner ses produits dérivés, ses hedge-funds, ses titrisations, ses subprimes,  ses fonds spéculatifs, ses “private equities”, et tous les produits issus de l’urine des cerveaux des pontes de l’ingeniérie financière globalisée… avec le résultat que l’on connaît avec les conmséquences sur l’économie mondiale.

Des exemples?

(“Le Monde” – 19.10.09)
(…) ” Un milliardaire – qui gérait un fonds spéculatif de 3 milliards de dollars – et plusieurs dirigeants de grandes sociétés américaines, dont deux dirigeants du hedge fund New Castle, ont été arrêtés vendredi 16 octobre (2009).(…) Les fait se seraient déroulés sur trois ans à partir de janvier 2006.(…) Des délits d’initiés auraient permis à plusieurs dirigeants  de gagner plusieurs millions de dollars. Dont un dirigeant d’IBM qui aurait transmis une information d’initié au sujet d’un fabricant de puces, obtenue dans le cadre d’une négociation entre IBM et cette entreprise. Il est aussi accusé d’avoir transmis des renseignements sur IBM avant la publication des résultats trimestriels du groupe. Ironie du sort, IBM vend des logiciels pour aider les sociétés à prévenir les délits d’initiés.”(…)

Le journaliste (P.A.Delhommais) ajoute : (…) ” Le Procureur fédéral de New York, Preet Bharara, a souligné que la justice américaine était décidée à employer vis-à-vis des financiers les mêmes outils de surveillance électronique que pour les organisations criminelles, les trafiquants de drogue et les terroristes.”

Si le moindre factotum militant s’était risqué à assimiler les financiers internationaux  à la grande criminalité organisée, que n’aurait-il pas entendu …!!!

Dans “le Matin-Dimanche” (Suisse) de ce jour 25.10.05, on apprend que, suite à l’annonce bien orchestrée de “l’inévitabilité de l’augmentation des primes d’assurance-maladie” (comme tous les ans on prépare l’opinion publique vers la mi-octobre…), il apparaît pourtant, dit-on, que des caisses d’assurance sont intéressées de perdre des clients pour faire monter le pourcentage de leurs réserves financières … Diantre… Comment est-ce possible ?

(…) ” Parce que les réserves ne sont pas calculées sur la base des prestations versées, mais sur les primes à encaisser.(…) Une caisse qui enregistre de nouvelles affiliations en grand nombre se retrouve donc obligée d’augmenter drastiquement ses réserves, tandis que celle qui voit sa clientèle diminuer bénéficie artificiellement d’une marge confortable.(…) Pour fixer les montants des cotisations, les prévisions des assureurs concernant l’évolution de leurs effectifs et de leurs réserves sont déterminantes. (…) Il est certain que les évaluations de certains assureurs sont systématiquement exagérées.(…) Il est possible que certains assureurs augmentent sciemment leurs primes pour améliorer artificiellement la situation de leurs réserves.(…) La fixation des primes dépend  en grande partie des stratégies commerciales. Avec des cotisations élevées, les caisses évitent  un afflux de mauvais risques, tout en augmentant leurs réserves.. Un double bonus puisqu’une partie de ces réserves font l’objet de placements financiers, dont les résultats, assez opaques(sic) fournissent régulièrement matière à controverse.” Etc,etc,etc…

Un simple détail : on ignore combien coûte le département communication de ces compagnies d’assurances qui , tout au long de l’année, convainquent le grand public de leurs sociétaires que la hausse des primes d’assurance est inévitable, en raison des innovations technologiques, du vieillissement de la population, et toute la panoplie des “éléments de langage” préparés en plats chauds aux cochons de payeurs que nous sommes et qui n’ont qu’à gober leur ration quotidienne de fumier de communication.

 

 

Que viennent faire les ONG dans ce tas de fumier, lesquelles font la morale au monde entier des multinationales et des Etats pour exiger l’application de codes de conduites et d’engagements éthiques, pour la transparence, la bonne gouvernance, and so on… ?

Malheureusement…

On apprend que 17 associations caritatives françaises (ONG loi 1901) font l’objet dune enquête judiciaire ouverte par le Parquet de Paris depuis mars dernier. Il s’agirait d’une escroquerie à plusieurs millions d’euros qui, sous des procédures apparemment légales, auraient ainsi été détournés vers les Etats-Unis. On s’abstiendra ici d’énumérer la liste de ce 17 associations, pour cause de présomption d’innocence , mais le quotidien français “Le Parisien- Aujoud’hui” en a diffusé la liste le mercredi 14 octobre dernier.

Le mécanisme du scandale ?

1 – Aucune indication des destinataires réels des dons collectés en France.
2 – Les associations, juridiquement différentes, procèdent de la même manière, par mailing (courrier en nombre), concoctés par une seul et même agence de marketing. Ces mailings sont agrémentés de petits cadeaux (calendriers, cartes postales, etc). Ces associations s’échangent les fichiers des donateurs qui ont répondu à l’une d’entre elles.
3 – Toutes les apparences de garanties médicales et/ou religieuses noyées alimentaient un discours larmoyant et strictement émotionnel, sans aucune indication précise de destination des dons, ou des partenaires locaux servant d’intermédiaires.
4 – Au maximum 20 % des sommes collectées peuvent être identifiées dans leurs destinations. Les dons ne sont pas gérés directement par les associations. Elles sous-traitent à une compagie américaine, ” leader mondial  dans la gestion des de données en ligne pour le marketing direct“ dont  une branche à Lille  travaille pour le compte de la majorité de ces associations et qui percevait jusqu’à 90 % des sommes collectées.
5 – L’IGAS (Inspection Générale de l’Action Sociale) qui a dans son mandat la supervision des ONG faisant appel aux dons du public (et probablement échaudée d’avoir été très critiquée au  moment de l’affaire de l’Arche de Zoé en 2007) avait fait état en octobre 2008 de soupçons sur deux de ces associations en expliquant : ” la mondialisation de l’activité caritative se traduit par la multiplication d’associations souvent dépourvues de réels moyens humains et matériels”. Et à la question de savoir qui sont les commanditaires,  l’avocate des associations répond : “ Je ne peux pas vous dire qui sont mes clients, cela est couvert par le secret professionnel.”

Bref, la soi-disant professionnalisation des ONG, dont la démarche ne consiste souvent – sans généraliser –  à faire du mimétisme avec le management des entreprises (comme si celles-ci ne faisaient jamais d’erreurs…) est parfois particulièrement ridicule. L’objectif final n’est souvent que de “conquérir ou améliorer leur position sur le marché des donateurs“, leurs salariés ne sont que de variables d’ajustement budgétaire (le sommet du raffinement dans le discours de la modernité…) et la responsabilité du fonctionnement promotionnel, mais aussi comptable, est sous-traitée à des gens qui n’ont aucune idée, ni aucun intérêt à quelque cause que ce soit – sauf évidemment dans le charabia marketing des mailings. Tout le  monde se paye,et s’il reste quelque chose, il y a assez de bénéficiaires qui attendent. Ne pas oublier de faire des photos..


Notes de lecture aérienne

17.10.09

Dans l’Airbus de la Royal Jordan Airlines (seule compagnie à avoir un rangée No 13 dans ses sièges-passagers ?), pendant les quatre heures de vol entre Zurich et Amman (Jordanie), lu ces quelques informations en vrac :

Dans ” le Monde ” du 15 10.09, dans l’article consacré au procès Clearstream, une citation extraite de la plaidoirie de Maître Comte, avocat des Editions Odile Jacob :

(…) Il y a dans cette affaire, une densité de haine comme j’en ai peu vue. De cette plongée dans les eaux glacées des services de l’Etat, on sort effaré. Je ne sais pas si nous avons devant nous les élites de la nation, mais si c’est le cas, on comprendra qu’il y a encore beaucoup de Bastille à prendre.”(…)
Dans “Le Figaro” du même jour, le président Sarkozy reconnaît avoir fait une boulette – qu’il regrette – pour avoir parlé des coupables dans ce procès qui n’est pas terminé. Soit. Passons.
Mais que tous les sbires et autres parasites politiques qui, devant le tollé, avaient couvert les radios et télés d’exégèses de la parole présidentielle, veuillent bien  porter un entonnoir à l’envers sur le crâne, à prochaine sortie du prochain Conseil des Ministres, et l’affaire sera complètement oubliée.

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Dans l’article du même numéro, à propos du dernier livre de Nicolas Baverez (“Après le déluge”  -Ed. Perrin), extrait de l’article signé Claire Guélaud :

(…) “ Le capitalisme présente les mêmes risques qu’à la veille de la crise, tout en ayant épuisé tous ses moyens de défense.”(…) C’est une rupture historique : elle clôt trente ans de néolibéralisme, marque la fin de la suprématie absolue exercée sur l’économie mondiale par les Etats-Unis depuis un siècle et ferme le cycle historique de la domination sans partage de l’Occident sur l’histoire du monde depuis la fin du XVI ème siècle.”(…)

Rien que cela :::!!!
C’est fou ce que la lucidité vient éclairer les cerveaux des experts économistes médiatisés face à la crise – et faut-il que celle-ci soit radicale…

Que répondait Mr Baverez à tous les altermondialistes et militants de toutes ONG possibles et imaginables qui tenaient ce même discours jusqu’à il y a encore 3 ou 4 ans ?

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Pendant les affaires, les affaires continuent…

1 – L’affaire Polanski : si la loi américaine prévoit l’imprescritibilité pour le viol des mineures, il n’y a rien de choquant à son arrestation. La loi est la même pour tous. Cela n’enlève rien au génie de l’artiste, s’il en a.
Sans être juriste confirmé, il n’est pas étonnant qu’une action judiciaire se poursuive même lorsque la victime a retiré sa plainte ou accordé son pardon, etc…
Seule question en suspens : pourquoi cette arrestation, aujourd’hui, en 2009, alors que Polanski venait régulièrement dans son chalet en Suisse depuis 15 ans ? Peut atteint-on ici le sommet  d’un ignominie qui n’aurait pas encore de nom…. Un accord américano-suisse dont le compromis sur les litiges économiques comprendrait l’arrestation dudit…

(Quand vous pensez que Radovan Karadzic, criminel de guerre serbe de Bosnie, aujourd’hui sous les verrous à la Haye, affirme que son impunité  définitive était garantie en échange de sa signature des accords de Dayton… On ne se plaindra pas de l’arrestation du bourreau de Sarajevo, ni ne fera d’amalgame outrancier avec Polanski : il s’agit seulement de dire qu’on apprend toujours… un jour ce qui a été effectivement négocié.)

2 – L’affaire Mitterrand Frédéric… Une simple remarque de bon sens : il ne faut pas se plaindre d’être victimes d’amalgames quand on confesse publiquement avoir eu des relations sexuelles avec ” des garçons “. C’est peut-être le jargon parmi les homosexuels, mais tout le monde ne fréquente pas ces dictionnaires-là.

3 – Le fils Sarkozy ? Relire la citation de Maître Comte au début de ce billet.

Quant aux choses sérieuses…

Le calvaire de la Guinée est interminable : cinquante ans d’indépendance, et deux dictateurs successifs, aussi sanguinaires, comme présidents.
Il faudra un jour inventer une procédure internationale de survie et de perfusion lorsqu’un pays se délite à ce point et de manière aussi durable.

Lu dans le “Nouvel Observateur” du15-21.10 une interview de Mme Dambisa Moyo, économiste zambienne.
Extraits :
(…)” Si l’Europe et l’Amérique du Nord continuent d’aider l’Afrique, c’est parce que cela leur coûte moins cher que d’ouvrir leurs marchés aux produits du tiers-monde. S’ils le faisaient, une partie des fermiers européens se retrouveraient au chômage. “(…)

Une remarque d’un autre ordre, entendue ici ou là : il serait question de  faire poursuivre le “caporal-chef ” Dadis Camara par la Cour Pénale Internationale(CPI), pour le massacre qui s’est déroulé au stade de Conakry. C’est au procureur du CPI d’en juger. Mais certains regrettent qu’une fois de plus, les poursuites de la CPI concernent un pays africain. Il faut rappeler ici que si les quatre poursuites juriciaires en cours à la CPI  concernent un pays africain,  trois des quatre procédures (à l’exception de celle contre le président soudanais El-Béchir) ont été lancées à la demande et sur plainte de gouvernements africains.

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Il reste que la question est toujours posée, lancinante et sans réponse : pourquoi  tout le système des droits de l’homme et les procédures judiciaires internationales ne concernent-ils jamais les droits de Palestiniens ?

Rencontré ce jour une psychologue jordanienne(d’origine palestinienne) : ” Mon père a toujours dans sa poche, depuis 1948, la clé de notre maison à Haifa… Les droits de l’homme c’est pour le monde entier, sauf pour les Palestiniens. Après tout, le génocide des juifs, c’est vous les Européens qui l’avez fait… Pourquoi, nous les Palestiniens, devons supporter les conséquences de votre mauvaise conscience vis à vis du peuple juif ?Alors débrouillez-vous pour régler le problème, mais pas sur notre dos, pour l’éternité…”

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Il paraît qu’une des règle d’or d’un blog
est de ne jamais traiter plusieurs sujets dans le même billet.
” Caramba, encore raté...”
Mais il est difficile de passer quatre heures d’avion
sur un seul et même sujet.


Internet et sécurité des jeunes

10.10.09

Pour les enfants et les jeunes comme pour les adultes, Internet est un outil fantastique qui répond à de nombreux besoins d’information, de loisirs, d’éducation, de travail, d’échanges matériels, et de vie sociale.
A l’occasion d’une conférence internationale sur la ” Sécurité des enfants et des jeunes sur Internet “, il a été glané les quelques informations suivantes sur quelques aspects de la protection des enfants et des jeunes dans l’utilisation des nouvelles technologies d’information.

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En vrac :

Les réseaux sociaux (“social networking“) sont des communautés d’individus ou d’organisations, en relation directe ou indirecte, rassemblées en fonction de centres d’intérêts commun ou dans le cadre de la vie professionnelle.

Cela signifie :
- plus de 300 millions d’utilisateurs actifs
- un utilisateur moyen a 130 “amis” sur le site
- plus de 2 milliards de photos sont téléchargées (uploaded) chaque mois
- plus de 14 millions de videos sont telechargées chaque mois
- plus de 2 miliards de contenus (web links, blog posts,photos.etc…) sont partagés chaque semaine
- plus de 350 000 applications actives fonctionnent sur Facebook Platform
- plus de 65 millions d’utilisateurs actifs ont accès à Facebook par leur appareils mobiles
- plus de 180 opérateurs de téléphonie mobile dans 60 pays font la promotion des produits Facebook.

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Un enfant passe :
50 heures par an à s’entretenir seul avec ses parents ;
850 heures par an  avec ses professeurs à l’école ;
- 1 500 heures par an devant un écran (cinéma, TV, ordinateur, console de jeux, Internet, téléphone mobile, i-phone, etc). Soit entre 3 et 5 heures en moyenne par jour.
Addendum : il n’y aura désormais plus de vacances scolaires … puisque l’utilisation des technologies d’information personnelle est encore plus fort pendant les vacances

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    Mais certains intervenants mentionnent quelques aspects inquiétants :
         – toutes les informations et tous les savoirs, dans tous les domaines, étant disponibles sur Internet, immédiatement et sur simple click : certains jeunes ont tendance à considérer qu’il n’est plus nécessaire d’entretenir et de développer leur mémoire (puisque « Google est là…);
        – chez les adolescents (âge de la recherche d’identité) la notion de culture individuelle est sérieusement malmenée : les technologies d’information semblent plus largement utilisées pour se promouvoir (émotions, photos, vidéos, etc) dans une démarche presque exclusivement narcissique que pour recevoir et s’enrichir. Le succès de Facebook et de la course aux statistiques du nombre « d’amis » le prouve.

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Des enseignants s’interrogent : une spécialiste EU a fait une recherche sur les blogs individuels d’enseignants, qui, dans l’ensemble sont désemparés et se plaignent de ne pas être formés ni compétents dans l’utilisation des technologies d’information. Globalement, leurs demandes concernent les « 3 V » : Qu’est-ce qui est VALIDE ? Que faut-il VALORISER ? Que faut-il rendre VISIBLE ?

Quel type de citoyenneté une génération nourrie dès la naissance par les technologies d’information pratiquera-t-elle ? Quelle forme de citoyenneté faut-il promouvoir à l’école si l’on tient compte de ce nouveau contexte technologique ? Les enfants ont l’autonomie d’accès sur les technologies, mais cette autonomie ne signifie pas la maîtrise des outils : comment développer chez les enfants leur « empowerment » ?

Les enseignants, par ailleurs, constatent, comme tout le monde, que les enfants jouent beaucoup sur Internet et sur l’ordinateur (hors usage d’Internet) : comment utiliser le jeu dans le processus d’apprentissage ? Quels Quels “>sont les cadres pédagogiques ? Quels produits existent ? Comment sont-ils validés sur le plan pédagogique ? etc…

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 300 ou 5 000 « amis » ?

Une compagnie antivirus (« SOPHOS ») a fait un test sur FACEBOOK en créant une grenouille fictive verte appelée «FREDDI STAUR» (anagramme de « ID Fraudster ») en mentionnant quelques informations basiques supposées personnelles. (Voir le site ci-dessous)


200 demandes de contacts ont été créés (« Veux-tu être mon ami-e ? ») pour voir combien de personnes répondent, et quel degré d’information les répondants sont prêts à donner sur eux-mêmes.
Résultats :
-
87 des 200 utilisateurs de Facebok contactés ont répondu, dont 82 ont donné des informations personnelles (soit 41 % des contacts recherchés);
- 72 % ont divulgué un ou plusieurs détails de leur adresse email;
- 84 % des répondants ont donné leur date de naissance;
-
87 % ont donné des détails sur leur niveau d’éducation ou leur travail;
- 78 % ont donné leur adresse à jour ou leur lieu d’habitation (ville, etc)
- 23 % ont donné leur numéro de téléphone
-
26 % ont donné leur « pseudo » (« messaging screenname »)

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Quels sont les risques les plus fréquents et les plus graves
pour les enfants et les jeunes sur Internet ?

- Ne plus voir de différences entre monde réel et monde virtuel
Donner ses informations personnelles (dates de naissance, adresse, photo, numéro de téléphone, “pseudo“,etc…)
- Etre incité à dépenser son argent de poche sur des jeux en ligne
- Etre en contact avec des documents pornographiques et/ou violents
- Rencontrer en réalité un contact établi virtuellement.
- Etre agressé, oralement par video, ou humilié publiquement par écrit sur un site,etc…
- “Online sexual abuse through webcams” : être témoins d’abus sexuels par transmission via caméras
- “Sex trips agencies(des agences contactent des jeunes par Internet pour des rendez-vous dans des appartements loués pour un ou deux jours, dans leur ville, le temps de tourner un film porno, pour lequel on leur propose de les rémunérer en cash sur le champ. Toute trace disparaît en moins d’une journée).

 Breaking news : l’innovation récente – et donc la priorité des prochains congrès et séminaires internationaux sur la sécurité des enfants sur Internet – est le GROOMING “. A savoir : la technique consiste pour des adultes à entrer en contact avec des mineurs, en prenant tout le temps nécessaire pour susciter sa confiance par l’établissement d’une relation amicale et affective, visant à détecter ses faiblesses, ses frustrations (parfois par contact réguliers via Internet pendant plusieurs mois) pour lui donner ensuite le sentiment d’être “la seule personne” à le comprendre et à pouvoir répondre à son attente.
 
 
Sites utiles :
 
 Digital Manifesto
42 recommandations faites au législateur et aux autorités politiques par une coalition d’ONG britanniques (texte en anglais)
 
 
 
 « WILD WEB WOODS » –  Jeu pour enfants en version française
 
Site du gouvernement français a l’intention des parents
INSAF _ European network of e-safety awareness nodes (texte en version française)
 
 
 

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Un “Docteur Folamour du Cyberespace” ?

25.09.09

DECLARATION D’INDEPENDANCE DU CYBERESPACE

Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.

Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n’est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s’il s’agissait d’un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.

Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n’ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.

Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s’élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.

Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.

Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.

Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de contexte ne s’appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n’y a pas de matière.

Nos identités n’ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d’Or. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.

Aux États-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.

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Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont les habitants d’un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air dans lequel battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.

Vos industries de l’information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.

Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amis de la liberté et de l’autodétermination, qui ont eu à rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé.

Davos (Suisse), le 8 février 1996.

John Perry Barlow, Cognitive Dissident Co-Founder, Electronic Frontier Foundation Home

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Dans 30 ans, cette Déclaration restera-t-elle dans les archives comme une chimère d’un Docteur Folamour du cyberespace, ou bien comme véritablement prophétique, au sens où tout avocat pourra plaider avec ces arguments pour défendre des clients virtuels…

En réalité, peut-on en même temps affirmer :

d’une part :
” Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.”(…)”Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.”

et d’autre part :

“Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public.” (…) “Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.”

Albert Camus disait .

On commence toujours par vouloir la justice
et on finit toujours par créer une police.”


Le “focus stratégique” a encore frappé…

17.09.09

Dans le déluge de charabia managerial contemporain, le ” focus stratégique ” figure en bonne place dans le verbiage supposé professionnel. En voici un exemple :

La Direction du Développement et de la Coopération du gouvernement suisse (dépendant du Ministère des Affaires Etrangères) a annoncé son retrait, fin 2008, du co-financement des programmes de réinsertion des détenus palestiniens, par les études ou par le travail.

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Motif invoqué, selon l’agence Infosud (mentionné dans “le Courrier ” du 14.09.09) :
L’impact de ce programme est considérable. Surtout le volet octroyant des bourses d’études”, affirme la porte-parole du Ministère.” Mais la Suisse a soutenu ce programme de 1995 à 2008.”
La durée d’une contribution est-elle un critère suffisant pour y renoncer ?

La Suisse dit ne pas avoir subi de pressions israëliennes (ce qu’affirme pourtant le Conseiller du Ministère palestinien des détenus), mais s’être simplement “ adaptée au nouveau trend du milieu des donateurs “ : financer les grands ministères de l’Autorité palestinienne plutôt que de soutenir des petits départements un peu partout.

Il serait aburde de reprocher à un gouvernement de travailler directement avec un autre gouvernement, mais on sait depuis des décennies où va l’argent envoyé à l’Autorité Palestinienne. Et parmi ces fonctionnaires fédéraux, affouragés par le contribuable, il n’y en aurait pas eu un seul pour proposer de passer par l’intermédiaire des échanges universitaires entre établissements publics, parfaitement à même, non seulement de gérer ces fonds, mais d’en valider les contenus de formation et d’en évaluer l’impact ?

Et si pour la coopération gouvernementale comme pour, désormais, beaucoup d’ONG, ce n’est plus l’évaluation directe des situations qui détermine les choix, ni l’évaluation de l’intervention, mais ” les trends du milieu des donateurs “…
Autrement dit, quels sont les malheurs qui payent le plus ?
Autrement dit : how much ?


Les faits, les chiffres, les indicateurs … et la réalité

13.09.09

A l’intention de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’ infotainments (1), et qui se posent de manière silencieuse, voire souterraine, la question de savoir comment nos perceptions du monde, des évènements et des personnes, sont conditionnées, y compris dans notre vie quotidienne, il nous paraît de salubrité cérébrale de bien lire ces extraits attentivement, avec nos plus chaleureuses – et sincères – félicitations à celles et ceux qui auront fait l’effort de lire ce billet jusqu’au bout :

Extraits de l’article ” La fin des théories ? ” de Jannis Kallinikos, professeur au ” London School of Economics“, publié dans Telos-eu.com (17.07.09):

” L’époque où des données sans théorie n’étaient que du bruit est-elle révolue ? L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. Les situations de vie ont tendance à être définies comme des problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle (2) ou qui se posent en termes de navigation. Dans ce néopositivisme, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais superflue. (…)

Ce changement est induit par de nombreux facteurs technologiques et culturels, dont le principal est la circulation toujours plus massive et plus aisée d’éléments cognitifs disponibles sous la forme de données informatiques, à partir desquelles, via des opérations statistiques, des significations sont construites. Cela se joue au détriment de l’intuition, mais aussi et plus généralement d’une expertise construite à partir de l’observation et de la connaissance du monde.(…)
 

La disponibilité des données est la marque distinctive de notre époque. Sa croyance est que, correctement lues, les données méticuleusement recueillies chaque jour nous tendraient un miroir dans lequel, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous pourrions dévisager notre vrai visage – même si nous ne parvenons pas à le reconnaître.
Dans un contexte au sein duquel technologie et vie quotidienne sont de plus en plus imbriquées, les données peuvent nous dire qui nous sommes, comment notre corps se sent (au-delà de la conscience que nous en avons), mais aussi comment fonctionnent notre société et ses organisations, quels amis choisir et quelles communautés rejoindre, quel voyage faire cette année, quelle assurance souscrire, quels vols sont aujourd’hui meilleur marché, comment investir dans les prochains mois, quel film voir cette semaine, et ainsi de suite.

Le développement des connaissances et plus généralement la construction du sens sont conduits non plus par confrontation d’une théorie à la réalité, mais simplement à partir de commutations et permutations exécutées sur d’énormes masses de données. Les conditions dans lesquelles les données sont ici capturées et agrégées surpassent de loin la capacité de mémoire et de concentration des humains, fussent-ils les meilleurs experts.

Dans ce contexte néopositiviste, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais inutile. L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. La « réalité » surgit, après un long détour analytique, de la poussière cognitive de particules computationnelles.

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(…) Une conséquence importante de ces développements est la mise en forme et le contrôle technologiques des aspects même les plus futiles de notre existence. Un nouveau quotidien prend forme. Les activités de tous les jours sont de plus en plus appuyées sur des données produites technologiquement. Elles sont conduites à partir d’un ensemble de modules informatiques via Internet ou d’autres réseaux de communications.
Dans ce processus se fait jour un changement furtif mais crucial, qui ne concerne pas que la façon dont les chercheurs appréhendent notre existence, mais dont nous-mêmes la construisons. Les situations de vie ont tendance être définies comme les problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle ou se lit en termes de navigation (que voir ou que faire, comment trouver un film, mais aussi un ami ou un partenaire), et qui peuvent être résolus par des calculs automatisés complexes, exécutés à partir des données et informations que fournissent les technologies modernes et les modes de vie qui leur sont associés.”

Dans combien de métiers désormais, la “production” consiste-t-elle exclusivement à recomposer sur ordinateur ce que nous avons reçu par ordinateur, et pour des destinataires qui, eux aussi, considérent que leur ordinateur leur donne un accès direct à la réalité “du terrain” ?
Qu’est-ce, au juste, que connaître le monde, aujourd’hui ?
Dans combien de situations professionnelles nous répond-on désormais que si nous n’avons pas utilisé des indicateurs mesurables, défini les objectifs rationnels, fabriqué, en gestion matricielle, des outils d’évaluation dûment validés par la hiérarchie et composés d’inputs provenant “du terrain” mais savamment métabolisés par les experts du knowledge management – tous ces braves gens ayant le sentiment, en travaillant sur l’ordinateur, d’un bout à l’autre de la chaîne, d’avoir labouré le monde réel – alors… tout ce que nous pouvons raconter n’est que charabia idéologique, fatras émotionnel, remugles charismatiques, convictions sympathiques mais qui ne font pas le poids devant le graphique du cash-flow, sachant que les meilleures idées du monde sont toujours récupérées par les commerçants… ou les politiques.

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Dans son excellent petit livre : ” Les stratégies absurdes : comment faire pire en croyant faire mieux” (Ed. du Seuil, 2009), Maya Beauvallet, économiste, professeure à l’Ecole Normale Supérieure, qui a mené de nombreuses recherches sur les indicateurs de performance, affirme :

En l’espace de trente ans, ces mécanismes (incitatifs) se sont généralisés et ont profondément transformé le paysage des relations humaines au sein de l’entreprise (…) On est passé d’un monde de la “logique de l’honneur” au monde enchanté des indicateurs er des incitations. Le vocabulaire de la performance a remplacé les notions de devoir et d’engagement.(…)
On invite les salariés des entreprises à entrer en compétition les uns avec les autres pour les pousser à augmenter leurs production, et l’on s’aperçoit qu’au lieu de la saine émulation attendue, ce sont les actes de sabotage qui augmentent et l’entraide qui diminue.”(…) “Pour évaluer les performances des individus dans une profession donnée, on met au point un indicateur tellement complexe, qu’au bout du compte on en sait plus très bien ce que l’on observe, ni ce à quoi on incite finalement les individus : on peut même se demander si ceux qui renseignent l’ indicateur ne sont pas en train de rouler gentiment leurs managers dans la farine…“(…)

…. l’esprit humain est plus rationnel et plus stratège encore que les indicateurs les plus astucieux.(…) ” On ne gagne jamais à réduire l’autre à un comportement binaire.”(…) ” La carotte et le bâton suffisent peut-être pour faire avancer un âne récalcitrant, mais les hommes, eux, s’arrangent souvent pour attraper la carotte et éviter le bâton tout en vous faisant croire le contraire.”

PhotoMme Maya Beauvallet donne un exemple :

“Aux Etats-Unis, en 1987, dans le but d’accroître la lisibilité des dépenses publiques et l’efficacité de la gestion des juridictions, une réforme décentralisée cherchait à mettre en place des normes de qualité : les Trial and Court Performance Standards (TCPS).

” La première tâche de la commission (ad hoc) fut donc de définir les objectifs de la réforme et d’établir clarement les missions de la justice. Notons que cette première étape est par nature politique. Ce n’est pas une question de bonne gestion mais de choix collectif. On pourrait bien sûr être tenté de dépolitiser le débat en s’en remettant à la neutralité supposée des chiffres. (…) ” En réalité, construire les indicateurs avant de définir le cap ne revient pas à dépolitiser l’opération, mais à laisser les indicateurs “faire” la politique. En effet, ces instruments n’ont que l’apparence de la neutralité : ils auront des effets, détermineront des comportements, et poursuivront, même implicitement, des objectifs particuliers.(…)

Indicateurs France... par PHOTOJOL

Les indicateurs d’un camion de pompiers sont millimétriques… (Mais le feu a-t-il été éteint ?)

(Suite du texte) “Cinq objectifs ont été retenus : l’accessibilité de la justice, sa rapidité, son respect des valeurs d’égalité, d’impartialité et d’intégrité, son indépendance, et enfin sa capacité à susciter la confiance du public.(…)
En 1990, une première version des TCPS a été publiée, avec les cinq objectifs, 22 standards et 75 indicateurs
(…) dans un document de 258 pages dont 58 d’annexes.(…) L’appareil est tellement lourd qu’à partir de 1994, des sessions de formation doivent être organisées auprès des juges et administrateurs de juridictions pour leur apprendre non seulement les objectifs de leur métier – ce qui laisse un peu perplexe – mais également comment remplir les indicateurs…Ce qui devait servir à y voir plus clair nécessite à présent le secours d’exégètes spécialisés.(…)

Traduire la notion d’impartialité en indicateurs réduit les marges de manoeuvre et risque de faire passer par-dessus bord les fruits d’une longue expérience. Cette méthode revient à transformer une mission aux contours nécessairement complexes en une série de tâches standardisées.(…)

On pourrait en dire autant, sinon avec encore plus d’évidence, pour l’évaluation de la profession d’assistant-e social-e, notamment dans le travail de ré-insertion des mineurs délinquants.

De même pour les enseignants : évaluer des enseignants sur des indicateurs de performance, c’est inciter ces enseignants à porter leur efforts sur les meilleurs élèves et recréer ainsi l’inégalité des chances parmi les élèves alors que l’école vise à créer les conditions de l’égalité des chances. Les indicateurs d’efficacité sont-ils compatibles avec l’exigence d’égalité ?

On mentionnera aussi pour mémoire le débat qui s’est instauré sur les indicateurs bibliométriques de qualité du travail des chercheurs :

 

si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre
réduit d’aspects de la vie scientique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison
de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des
biais dont ils sont aectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chirée du
résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans
se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments
de la vie scientique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.

(…) ” Si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre réduit d’aspects de la vie scientifique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des biais dont ils sont affectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chiffrée du résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments de la vie scientifique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.” (Site de l’INRIA - Institut National de Recherche en informatique et en automatique)

(…)“Les indicateurs bibliométriques reposent sur l’analyse des citations, c’est-à-dire la partie ”Références” d’un article scientifique qui fait mention des travaux effectués par la communauté scientifique (y compris les auteurs de l’article) sur le sujet de l’article. Il faut d’ores et déjà indiquer que les indicateurs ne reposant que sur des citations ne donnent qu’une vision partielle du travail scientifique puisque 90% des papiers publiés dans les journaux scientifiques ne sont jamais cités [9] et qu’il semble difficile de croire que seulement 10% de la production scientifique serait significatif.” (Ibidem)

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Dans un ouvrage remarquable et lumineux : ” Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ? ” (Ed. Fayard, 2009), Valérie Charollesdirectrice des affaires économiques et financières de Radio France.

Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ?

” Pour sortir le soir, on met une tenue à notre avantage, qui sera le plus souvent bien différente de celle que l’on choisit pour faire du sport. Il en va de même pour les chiffres: la manière dont on les présente sert à mettre en valeur ce sur quoi ils portent en vue d’un certain objectif. Cela ne signifie pas qu’on  travestit la réalité, mais que l’on cherche à l’habiller au mieux en fonction d’un projet particulier.“(….) Il faut être conscient de ce que ces pratiques “signifient quant à l’objectivité généralement prêtée aux données chiffrées.”(…)


Valérie Charolles

(…) “Le problème majeur traité par la philosophie au XX ème siècle aura été celui des mots et des choses. Mais ce problème s’est déplacé : il concerne désormais les faits et les chiffres.” (…) ” On ne peut plus opposer le monde de la nature et celeui de l’action : tous deux interagissent continuellement. Dans ce contexte, la technique est nécessaire et elle passe de plus en plus par l’objectivation du réel au travers des données.”(…) “C’est un monde dans lequel les actions des hommes sont des faits, observables selon des méthodes scientifiques,”(…) ” C’est (aussi) un monde communicationnel et performatif où la parole a souvent le statut d’un acte.”

L’auteur propose l’exemple des sondages d’opinion :

(…) ” La publication des sondages a un effet sur les résultats. Cela fait plus d’un siècle que l’on sait, dans les sciences physiques, que la position de l’observateur influe sur les résultats mesurés.”(…)” Dans le domaine des sciences de l’homme, cette équation est “encore plus vraie” et elle est au coeur de toute l’analyse économique moderne.”(…)

” L’essentiel de l’analyse néo-classique en économie repose sur la théorie des anticipations, c’est à dire sur le fait que les informations dont disposent les agents jouent un rôle déterminant dans les choix qu’ils vont effectuer.
Autrement dit, en économie, un résultat anticipé a plus de chances de se produire qu’un résultat non anticipé : les prévisions sont pour une part autoréalisatrices.

C’est un mécanisme couramment utilisé par les banques centrales ; elles sont particulièrement attentives  à leur réputation, de sorte que le comportement qu’elles vont adopter puisse être prévu par les marchés et produire son effet avant même qu’elles aient à intervenir sur les taux d’intérêt.”

Cet ouvrage analyse quantité d’exemples de chiffres, de statistiques, d’indicateurs dans beaucoup de domaines de  la vie courante et de la vie économique, et on espère que la lecture de ce billet vous donnera l’envie de lire les deux ouvrages mentionnés, passionnants et… salubres, dans le contexte de la guerre quotidienne de communication dont nous sommes l’enjeu.

Source photo – Création de Laurent Courau


(1) Infotainment : information-contenu des médias qui comprend également un contenu de divertissement dans un effort visant à renforcer la popularité auprès du public et des consommateurs.

(2) Computationnel : par le traitement d’un ordinateur, de manière logico-algébrique.

 


Afghanistan : un candidat intègre…

31.08.09

Un des candidats aux élections présidentielles afghanes, Mr Ramazan Bashardost, interviewé par Valérie Crova, correspondante de France-Info à Kaboul, répond – dans un français parfait –  aux questions de la journaliste sur la corruption en Afghanistan :

Extraits du reportage :

Il cible d’abord ses attaques sur les organisations non-gouvernementales :

Les ONG se créent pour servir le peuple, mais elles se servent : des maisons à dix chambres pour les directeurs, 10 000 dollars à 15 000 dollars de loyers ; des voitures à 60 000 dollars avec des téléviseurs dedans … mais à qui ça sert  ?”

Ancien Ministre du Plan  jusqu’en 2004, il a démissionné avec fracas,  parce qu’il était en désaccord avec la politique menée par le président Karzaï, à cause du clientélisme :

Lorsque j’ai commencé mon travail, j’avais droit à un lot de terres  pour construire une maison. J’ai refusé, j’ai dit “je ne veux pas” … n’est-ce pas … donnez d’abord aux Afghans pauvres.”

Il a aussi refusé la somme de 10 000 dollars allouée à tous les parlementaires pour acheter une voiture.

“J’étais le seul à ne pas vouloir de cet argent. C’est là que pour la première fois, j’ai entendu un député me traiter de fou.”

Depuis qu’il est député, Bashardost reverse 60 % de son salaire pour aider les Afghans dans le besoin.
40 % de la population afghane vit avec 10 euros par mois.

Lors d’un débat télévisé, pendant la campagne, opposé aux autres candidats, dont Hamid Karzai, il a asséné quelques vérités :

” Dans tous les pays, il y a de la corruption, mais la différence, en Afghanistan, c’est que la corruption est pratiquement légale : elle fait partie de l’administration. C’est un signe de pouvoir.”

Bashardost se définit comme un idéaliste, mais pas comme un utopiste.

” Car tous les idéaux se réalisent un jour.
Il n’est que de voir Barak Obama.”