” Faire du chiffre ” ou être efficace ?

3.12.11

Dans ” Le Monde ” du 29.11.11 (page 13), au détour d’un dialogue sur la sécurité avec le criminologue Alain Bauer,présenté par certains comme  éminence grise du pouvoir, et notamment de Nicolas Sarkozy“, sur les questions de sécurité, on lit ceci :

(…) En fait , la réponse policière reste formatée autour de logiques qui sont quantitatives et pas qualitatives. Avec tous les effets secondaires du quantitatif : quand ça monte trop , on se fait engueuler; quand c’est trop bas, on se refait engueuler. Et donc tout le monde vise une moyenne-moyenneté visant à répondre à des outils administratifs de comptage de l’activité et pas à des outils qualitatifs d’efficacité du service.” (…)

Mr Alain Bauer

Venant d’un personnage influent du pouvoir sur la sécurité publique depuis des années, on relit une deuxième fois, une troisième fois, en se disant

- qu’il serait bon d’afficher cette réflexion dans tous les commissariats, notamment ceux où l’on dissuade le public de porter plainte quand on pressent que le pronostic d’interpellation des auteurs sera trop difficile et peu efficient (volume de temps et d’énergie démesuré par rapport au résultat attendu). Ce qui permet de faire monter le ” taux d’élucidation “;

- qu’il est rassurant de voir que de vrais professionnels, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont capables d’être réalistes et pertinents.
Et qu’un vrai dialogue serait donc possible, au-delà des oeillères du pouvoir…


Steve Jobs : de résurrection en résurrection…

8.09.11

            Le discours que Steve Jobs, fondateur d’Apple, a prononcé en 2005 à l’intention des nouveaux diplômés de l’Université de Stanford (US) est disponible sur plusieurs sites, mais l’Abrincate est heureux de participer à sa diffusion :

            « C’est un honneur de me trouver parmi vous aujourd’hui et d’assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde. Je n’ai jamais terminé mes études supérieures. A dire vrai, je n’ai même jamais été témoin d’une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd’hui trois expériences qui ont marqué ma carrière. C’est tout.
Rien d’extraordinaire. Juste trois expériences.

Steve Jobs jeune – source photo

         « Pourquoi j’ai eu raison de laisser tomber l’université »

         La première concerne les incidences imprévues. J’ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j’y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement.
        Pourquoi n’ai-je pas poursuivi ?
       Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu’ils préféraient avoir une fille. Mes parents, qui étaient sur une liste d’attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit : « Nous avons un petit garçon qui n’était pas prévu. Le voulez-vous ? » Ils répondirent :« Bien sûr».
Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n’avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n’avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d’adoption et ne s’y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j’irais à l’université.

             Dix-sept ans plus tard, j’entrais donc à l’université. Mais j’avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n’en voyais toujours pas la justification. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n’imaginais pas comment l’université pouvait m’aider à trouver ma voie. J’étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber. Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c’est un des meilleurs choix que j’aie jamais faits. Dès le moment où je renonçais, j’abandonnais les matières obligatoires qui m’ennuyaient pour suivre les cours qui m’intéressaient.
         Tout n’était pas rose. Je n’avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m’offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l’avenir. Laissez-moi vous donner un exemple : le Reed College dispensait probablement alors le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. Parce que je n’avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m’inscrire en classe de calligraphie. C’est ainsi que j’appris tout ce qui concernait l’empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d’une typographie. C’était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J’étais fasciné.
          Rien de tout cela n’était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l’incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d’une typographie élégante. Si je n’avais pas suivi ces cours à l’université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels. Et comme Windows s’est borné à copier le Mac, il est probable qu’aucun ordinateur personnel n’en disposerait. Si je n’avais pas laissé tomber mes études à l’université, je n’aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n’auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j’étais à l’université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.

            On ne peut prévoir l’incidence qu’auront certains événements dans le futur ; c’est après coup seulement qu’apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu’ils joueront un rôle dans votre avenir. L’essentiel est de croire en quelque chose – votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.

           « Pourquoi mon départ forcé d’Apple fut salutaire »
           Ma deuxième histoire concerne la passion et l’échec. J’ai eu la chance d’aimer très tôt ce que je faisais. J’avais 20 ans lorsque Woz [Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple N.D.L.R.] et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4 000 employés dont le chiffre d’affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d’avoir 30 ans.
            C’est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d’une société que vous avez créée ? C’est bien simple, Apple ayant pris de l’importance, nous avons engagé quelqu’un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l’entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien.
Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d’administration s’est rangé de son côté. C’est ainsi qu’à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d’être de ma vie n’existait plus. J’étais en miettes.

           Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J’avais l’impression d’avoir trahi la génération qui m’avait précédé – d’avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C’était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j’ai peu à peu compris une chose – j’aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m’était arrivé chez Apple n’y changeait rien. J’avais été éconduit, mais j’étais toujours amoureux. J’ai alors décidé de repartir de zéro.
Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d’Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l’une des périodes les plus créatives de ma vie.
           Pendant les cinq années qui suivirent, j’ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d’une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d’animation en trois dimensions, Toy Story , est aujourd’hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd’hui la clé de la renaissance d’Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.
           Tout cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas été viré d’Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez.

            « Pourquoi la mort est la meilleure chose de la vie »
           Ma troisième histoire concerne la mort. A l’âge de 17 ans, j’ai lu une citation qui disait à peu près ceci : « Si vous vivez chaque jour comme s’il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m’est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la gla-ce le matin en me disant : « Si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j’aimerais faire ce que je vais faire tout à l’heure ? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j’ai besoin de changement.
          Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j’ai découvert de plus efficace pour m’aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout – tout ce que l’on attend de l’extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l’échec – s’efface devant la mort, ne laissant que l’essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d’éviter le piège qui consiste à croire que l’on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre son cœur.

       Il y a un an environ, on découvrait que j’avais un cancer. A 7 heures du matin, le scanner montrait que j’étais atteint d’une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu’était le pancréas. Les médecins m’annoncèrent que c’était un cancer probablement incurable, et que j’en avais au maximum pour six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie : « Préparez-vous à mourir. » Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.
          J’ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m’a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l’estomac et l’intestin. J’étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m’a raconté qu’en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j’avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m’a opéré et je vais bien.


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              Ce fut mon seul contact avec la mort, et j’espère qu’il le restera pendant encore quelques dizaines d’années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n’était pour moi qu’un concept purement intellectuel : personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n’ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous. Personne n’y a jamais échappé. Et c’est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C’est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l’ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d’être aussi dramatique, mais c’est la vérité.
                 Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.
                Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication The Whole Earth Catalog , l’une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d’ici, à Menlo Park, et il l’avait marquée de sa veine poétique. C’était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l’édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C’était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d’idées épatantes.

               Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de The Whole Earth Catalog . Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C’était au milieu des années 1970, et j’avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d’une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pourriez faire de l’auto-stop si vous avez l’esprit d’aventure. Dessous, on lisait : « Soyez insatiables. Soyez fous. » C’était leur message d’adieu.
Soyez insatiables. Soyez fous. C’est le vœu que j’ai toujours formé pour moi. Et aujourd’hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d’une nouvelle vie, c’est ce que je vous souhaite.

             Soyez insatiables.  Soyez fous.
             Merci à tous.
»

Steve Jobs
Fondateur d’Apple
A l’Université de Stanford (US) en 2005

****************

Au-delà de l’estime sincère que ce discours personnel génère pour son auteur, on ne peut passer par pertes et profits – c’est le cas de le dire – les critiques formulées par des ONG, notamment chinoises, sur les conditions de travail des employés des sociétés sous-traitantes qui fabriquent les produits Apple. Sans avoir les moyens de juger de la réalité de ces critiques, on peut cependant rester attentif à ce que ces ONG affirment. Par exemple :

” Ma Jun et la responsabilité d’Apple ” (Source de l’info)

Ma Jun, le directeur du Centre de Recherche sur l’Environnement. une ONG chinoise, explique :

« Apple clame être une des entreprises les plus vertes du monde. La raison en est très simple : Apple n’a pas d’usine, la totalité de sa production est sous-traitée. Ce sont donc ses sous-traitants qui polluent pour elle.

Même si les sous traitants d’Apple sont les principaux responsables sont de cette situation, c’est aussi parce qu’ils n’ont aucune solution pour obtenir plus de profits du côté de leur client qu’ils font pression, soit sur les employés, soit sur l’environnement. »

Source photo

En avril 2010, diverses ONG mondiales, sous la présidence de Ma Jun, ont enquêté sur 29 grandes compagnies des hautes technologie. Apple était classé dernier et n’a jamais commenté à ce sujet. Cette année, Ma Jun a réitéré son constat.

« Beaucoup de sociétés pointées du doigt ne souhaitaient pas répondre. Les associations ont envoyé des centaines d’email, organisé beaucoup de rencontres et de conférences à distance. Beaucoup ont à ce jour commencé à entreprendre des actions concrètes. La seule compagnie à n’avoir jamais envoyé la moindre réponse, c’est Apple, en fort contraste par rapport à toutes les autres. »

Les ouvriers intoxiqués de United Win envoient une lettre à Steve Jobs

Ces derniers jours, les ex-employés de United Win ont décidé d’envoyer collectivement une lettre au PDG d’Apple, Steve Jobs, dans laquelle ils décrivent ce qu’ils ont subi.

« Nous espérons qu’Apple exerce un plus grand contrôle sur ses sous-traitants, et que votre compagnie aide à débloquer le dossier au sujet de nos compensations. »

Encore aucune réponse à ce jour.”

*************

On peut consulter le rapport intégral sur Apple (en anglais) de l’ONG de Mr MA JUN sur le site :

The Other Side of Apple: Investigative Report into Heavy Metal Pollution in the I.T. Industry (Phase IV): Special Apple Inc. Edition  -  Publisher: IPE    Date of Issue: 2011-01-25

Mr MA JUN participe à un débat sur l’information écologique en Chine à la TV Chinoise CCTV (en anglais)


SOLAR IMPULSE : une étape dans l’histoire de l’aviation

9.04.10

Il faut insister pour rappeler qu’au coeur d’une actualité chargée de quantité de détritus d’information, un évènement probablement historique s’est produit le mercredi 7 avril dernier sur le petit aéroport de Payerne, à 30 kms au nord de Lausanne. Quelques centaines de spectateurs ont pu assister au premier décollage du prototype du nouvel avion “SOLAR IMPULSE”, préparé dans une discrétion toute hélvétique par le Dr Bertrand Piccard, petit-fils et fils des pionniers du même nom, et co-détenteur du tour du monde en ballon sans escale.

” Le Solar Impulse, constitué entre autres de 12 mille cellules solaires placées sur ses ailes, est un prototype d’avion réalisé pour voler autour du globe sans combustible. L’exploit est prévu pour avant 2012, avec l’idée de base de promouvoir les énergies renouvelables. Ce mercredi, il a plané pendant une heure et demie autour de Payerne, dans l’ouest de la Suisse, à une altitude de 1000m.”(…)-( source)


Tous les détails techniques sont disponibles sur d’autres sites plus compétents que celui-ci.
Mais dans cinquante ans on regardera la photo ci-dessus comme aujourd’hui on regarde celle-ci, datant des tout débuts de l’aviation au XX ème siècle :
Deux petites infos :
le deuxième exemplaire  de SOLAR IMPULSE est en construction
et le prochain test sera de faire voler cet avion solaire …de nuit...
Pour assister au premier vol de SOLAR IMPULSE,
voir cette video.
(Cliquer sur le petit encart bleu sous la première photo du site)

Une nouvelle science : l’élasticité des statistiques

31.01.10

Dans “24 Heures”, quotidien suisse romand (10.01.10),
sous le titre : “Les taux de chômage sont faux”,
on peut lire  ceci:

(…) ” Le taux de chômage helvétique est calculé sur la base du recensement fédéral (= national) de la population datant de l’an 2000. Pour Genève, ce dernier dénombrait une population active de 217 000 personnes.
Si l’on compare à ce total les 15 930 chômeurs inscrits au mois de décembre, c’est sûr, on obtient 7.2%. Mais il y a là comme un gros bug…
En effet, le nombre de places de travail a considérablement augmenté dans le canton à 242 000.
Dès lors, les quelques 16 000 sans-emplois inscrits ne représentent plus que 6,6% soit une différence de près de 10 % !”(…) Les cantons de Vaud et du Tessin, où la démographie a beaucoup progressé(…) pourraient rejoindre la grogne genevoise contre un statistique qu’ils jugent trompeuse.”(…)

“Au SECO (Service Fédéral de l’Economie) on se dit conscient  de ce problème de recensement.
Mais le Directeur du travail nuance toutefois : ” Dans l’arc lémanique, les frontaliers ne sont pas du tout comptabilisés dans les chiffres du chômage , puisque ce derniers ne prennent en compte que la population active résidante”.
A l’échelle nationale,  si  le référentiel était la population active actuelle, le taux de chômage ne serait plus de 4,4% mais de 3.8% (…)

Tout cela en dit long sur la validité des statistiques utilisés à longueur de journée par les politiques et les médias pour nous convaincre de quelque chose…. Il ne s’agit pas de hurler aux mensonges, mais on aimerait avoir la certitude que l’on compare ce qui est comparable…
Qu’il s’agisse des statistiques du chômage, de celles de la criminalité, ou des performances boursières, l’essentiel n’est pas – finalement – tant leur validité que l’heure à laquelle on les diffuse dans les média, de préférence très tôt le matin pour que ces pourcentages aient les effets voulus de communication (et non pas d’information) dans “les temps de cerveaux disponibles “…

Sur le thème des statistiques, voir les billets précédents :

” Délinquance juvénile : mais qu’est-ce qu’on nous raconte ?”

” Les faits, les chiffres, les indicateurs …et la réalité”


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2010 : l’humanité apprend à vivre avec elle-même

1.01.10

L’ heure est aux bilans et perspectives.

Les bilans sont maigres :

- le Sommet du G20 à Pittsburg (USA) sur la crise économique n’a pas abouti à une régulation internationale des escrocs qui tirent les ficelles et des procédures qui légalisent le vol et la corruption ;

- la Conférence de la FAO, à Rome, sur le milliard d’humains affamés n’a déplacé que Lula du Brésil, Berlusconi et Mugabe… Les autres chefs d’Etat avaient probablement mieux à faire ;

- la Conférence ministérielle de l’OMC, à Genève, n’a abouti sur presque rien de substantiel ;

- quant à la Conférence de Copenhague sur les changements climatiques, le consensus n’existe que sur le constat d’échec.

Mais cette litanie d’échecs ne doit cependant pas obscurcir ce qui se cherche et ce qui se construit peu à peu.
En effet, lorsque les conférences diplomatiques et les sommets en tous genres aboutissent à un consensus de décisions, en général, agrémentées de dizaines de milliards de dollars accordés (“granted”), on sait tous que cela se résume le plus souvent à des effets d’annonce pour les télévisions et médias. Et même lorsque l’argent promis est versé, même partiellement, où va réellement cet argent ?
Si Copenhague avait abouti à un engagement ferme et public de sommes promises pour aider les pays pauvres à gérer les conséquences des changements climatiques, où serait passé l’argent envoyé au Tchad ou au Zimbabwe  ?

La succession des sommets et conférences “thématiques” ne pourra se perpétuer longtemps si ce n’est pas au niveau politique que se feront les jonctions et les passerelles entre les problèmes climatiques, les questions agricoles, les mécanismes économiques, les flux migratoires et l’aggravation de la malnutrition… La crédibilité des conférences au sommet se dissout dans la répétition médiatique devant laquelle les gens sont de moins en moins dupes.

Et donc, au-delà de ces gesticulations médiatiques, la prise de conscience est là, universelle et pressante sur la nécessité de mesures urgentes dans les 10 ans à venir.

L’humanité, constituée en Etats souverains, réalise que leur interdépendance est inévitable, qu’il n’y a pas d’alternative à la négociation et au compromis si elle ne veut pas disparaître, par les pandémies, par la famine ou par la dissémination nucléaire…

Même si ces conférences sont vaines dans leurs résultats concrets immédiats, la prise de conscience des populations par  les médias et par les acteurs de la société civile est salutaire.

Regardez la vitesse à laquelle le principe du G8 est passé à la trappe… Désormais tous les sommets réuniront les 20 pays les plus riches et émergents qui représentent 95 % de la production mondiale

Si l’humanité veut survivre, il n’y a pas d’alternative à la démocratie.

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Petit cadeau de Nouvel An :

A 00 h 03, ce 1 er janvier 2009, la cathédrale de Lausanne
s’embrase comme chaque année,
mais cette fois sous la bienveillance d’une pleine lune :


BONNE ANNEE A TOUS NOS LECTEURS

ET NOTAMMENT AUX FIDELES DE CE BLOG

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PS : les photos sans référence sont celles de l’Abrincate



Internet et sécurité des jeunes

10.10.09

Pour les enfants et les jeunes comme pour les adultes, Internet est un outil fantastique qui répond à de nombreux besoins d’information, de loisirs, d’éducation, de travail, d’échanges matériels, et de vie sociale.
A l’occasion d’une conférence internationale sur la ” Sécurité des enfants et des jeunes sur Internet “, il a été glané les quelques informations suivantes sur quelques aspects de la protection des enfants et des jeunes dans l’utilisation des nouvelles technologies d’information.

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En vrac :

Les réseaux sociaux (“social networking“) sont des communautés d’individus ou d’organisations, en relation directe ou indirecte, rassemblées en fonction de centres d’intérêts commun ou dans le cadre de la vie professionnelle.

Cela signifie :
- plus de 300 millions d’utilisateurs actifs
- un utilisateur moyen a 130 “amis” sur le site
- plus de 2 milliards de photos sont téléchargées (uploaded) chaque mois
- plus de 14 millions de videos sont telechargées chaque mois
- plus de 2 miliards de contenus (web links, blog posts,photos.etc…) sont partagés chaque semaine
- plus de 350 000 applications actives fonctionnent sur Facebook Platform
- plus de 65 millions d’utilisateurs actifs ont accès à Facebook par leur appareils mobiles
- plus de 180 opérateurs de téléphonie mobile dans 60 pays font la promotion des produits Facebook.

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Un enfant passe :
50 heures par an à s’entretenir seul avec ses parents ;
850 heures par an  avec ses professeurs à l’école ;
- 1 500 heures par an devant un écran (cinéma, TV, ordinateur, console de jeux, Internet, téléphone mobile, i-phone, etc). Soit entre 3 et 5 heures en moyenne par jour.
Addendum : il n’y aura désormais plus de vacances scolaires … puisque l’utilisation des technologies d’information personnelle est encore plus fort pendant les vacances

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    Mais certains intervenants mentionnent quelques aspects inquiétants :
         – toutes les informations et tous les savoirs, dans tous les domaines, étant disponibles sur Internet, immédiatement et sur simple click : certains jeunes ont tendance à considérer qu’il n’est plus nécessaire d’entretenir et de développer leur mémoire (puisque « Google est là…);
        – chez les adolescents (âge de la recherche d’identité) la notion de culture individuelle est sérieusement malmenée : les technologies d’information semblent plus largement utilisées pour se promouvoir (émotions, photos, vidéos, etc) dans une démarche presque exclusivement narcissique que pour recevoir et s’enrichir. Le succès de Facebook et de la course aux statistiques du nombre « d’amis » le prouve.

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Des enseignants s’interrogent : une spécialiste EU a fait une recherche sur les blogs individuels d’enseignants, qui, dans l’ensemble sont désemparés et se plaignent de ne pas être formés ni compétents dans l’utilisation des technologies d’information. Globalement, leurs demandes concernent les « 3 V » : Qu’est-ce qui est VALIDE ? Que faut-il VALORISER ? Que faut-il rendre VISIBLE ?

Quel type de citoyenneté une génération nourrie dès la naissance par les technologies d’information pratiquera-t-elle ? Quelle forme de citoyenneté faut-il promouvoir à l’école si l’on tient compte de ce nouveau contexte technologique ? Les enfants ont l’autonomie d’accès sur les technologies, mais cette autonomie ne signifie pas la maîtrise des outils : comment développer chez les enfants leur « empowerment » ?

Les enseignants, par ailleurs, constatent, comme tout le monde, que les enfants jouent beaucoup sur Internet et sur l’ordinateur (hors usage d’Internet) : comment utiliser le jeu dans le processus d’apprentissage ? Quels Quels “>sont les cadres pédagogiques ? Quels produits existent ? Comment sont-ils validés sur le plan pédagogique ? etc…

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 300 ou 5 000 « amis » ?

Une compagnie antivirus (« SOPHOS ») a fait un test sur FACEBOOK en créant une grenouille fictive verte appelée «FREDDI STAUR» (anagramme de « ID Fraudster ») en mentionnant quelques informations basiques supposées personnelles. (Voir le site ci-dessous)


200 demandes de contacts ont été créés (« Veux-tu être mon ami-e ? ») pour voir combien de personnes répondent, et quel degré d’information les répondants sont prêts à donner sur eux-mêmes.
Résultats :
-
87 des 200 utilisateurs de Facebok contactés ont répondu, dont 82 ont donné des informations personnelles (soit 41 % des contacts recherchés);
- 72 % ont divulgué un ou plusieurs détails de leur adresse email;
- 84 % des répondants ont donné leur date de naissance;
-
87 % ont donné des détails sur leur niveau d’éducation ou leur travail;
- 78 % ont donné leur adresse à jour ou leur lieu d’habitation (ville, etc)
- 23 % ont donné leur numéro de téléphone
-
26 % ont donné leur « pseudo » (« messaging screenname »)

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Quels sont les risques les plus fréquents et les plus graves
pour les enfants et les jeunes sur Internet ?

- Ne plus voir de différences entre monde réel et monde virtuel
Donner ses informations personnelles (dates de naissance, adresse, photo, numéro de téléphone, “pseudo“,etc…)
- Etre incité à dépenser son argent de poche sur des jeux en ligne
- Etre en contact avec des documents pornographiques et/ou violents
- Rencontrer en réalité un contact établi virtuellement.
- Etre agressé, oralement par video, ou humilié publiquement par écrit sur un site,etc…
- “Online sexual abuse through webcams” : être témoins d’abus sexuels par transmission via caméras
- “Sex trips agencies(des agences contactent des jeunes par Internet pour des rendez-vous dans des appartements loués pour un ou deux jours, dans leur ville, le temps de tourner un film porno, pour lequel on leur propose de les rémunérer en cash sur le champ. Toute trace disparaît en moins d’une journée).

 Breaking news : l’innovation récente – et donc la priorité des prochains congrès et séminaires internationaux sur la sécurité des enfants sur Internet – est le GROOMING “. A savoir : la technique consiste pour des adultes à entrer en contact avec des mineurs, en prenant tout le temps nécessaire pour susciter sa confiance par l’établissement d’une relation amicale et affective, visant à détecter ses faiblesses, ses frustrations (parfois par contact réguliers via Internet pendant plusieurs mois) pour lui donner ensuite le sentiment d’être “la seule personne” à le comprendre et à pouvoir répondre à son attente.
 
 
Sites utiles :
 
 Digital Manifesto
42 recommandations faites au législateur et aux autorités politiques par une coalition d’ONG britanniques (texte en anglais)
 
 
 Le site de SOPHOS : la Grenouille verte FREDDI STAUR
 
 « WILD WEB WOODS » –  Jeu pour enfants en version française
 
 European Network for Information Security (ENISA)
Cliquer sur version française pour conseils aux parents
Site du gouvernement français a l’intention des parents
INSAF _ European network of e-safety awareness nodes (texte en version française)
 
 
 

source photo


Un “Docteur Folamour du Cyberespace” ?

25.09.09

DECLARATION D’INDEPENDANCE DU CYBERESPACE

Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.

Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n’est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s’il s’agissait d’un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.

Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n’ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.

Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s’élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.

Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.

Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.

Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de contexte ne s’appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n’y a pas de matière.

Nos identités n’ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d’Or. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.

Aux États-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.

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Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont les habitants d’un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air dans lequel battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.

Vos industries de l’information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.

Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amis de la liberté et de l’autodétermination, qui ont eu à rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé.

Davos (Suisse), le 8 février 1996.

John Perry Barlow, Cognitive Dissident Co-Founder, Electronic Frontier Foundation Home

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Dans 30 ans, cette Déclaration restera-t-elle dans les archives comme une chimère d’un Docteur Folamour du cyberespace, ou bien comme véritablement prophétique, au sens où tout avocat pourra plaider avec ces arguments pour défendre des clients virtuels…

En réalité, peut-on en même temps affirmer :

d’une part :
” Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.”(…)”Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.”

et d’autre part :

“Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public.” (…) “Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.”

Albert Camus disait .

On commence toujours par vouloir la justice
et on finit toujours par créer une police.”


Germaine Tillion : apprendre à lire l’humain (1)

16.08.09

Très curieuse de notre univers et de ses habitants “, Germaine Tillion, décédée en 2008 à l’âge de 101 ans , avec les honneurs de la République,  fut une universitaire remarquable et une résistante de la première heure pendant le seconde guerre mondiale, ce qui lui valut un séjour au camp de concentration des femmes à Ravensbrück.

Du remarquable ouvrage écrit à sa mémoire par Tzvetan Todorov, on retiendra ces quelques extraits libres :

Avant la guerre, Germaine Tillion étudie, dans les Aurès (à l’époque, colonie française) une ethnie algérienne, les Chaouias.
Après la guerre (1954), elle retourne en Algérie, reprend ses études ethnologiques et découvre alors … “l’inversion des rôles “.
Elle mène l’enquête à partir de témoignages de tortures perpétrées par l’armée française : elle découvre que ce sont les nôtres, mes compatriotes, mes proches, dont je ne suis toujours sentie solidaire… Et pourtant ce qui se passe sous mes yeux est une évidence : il y a, à ce moment-là, en Algérie, des pratiques qui furent celles du nazisme.”
Au contact des militants du FLN, elle découvre parallèlement que “ces “terroristes” agissent comme elle et ses camarades, en France, quinze ans plus tôt”, contre le nazisme.
Sur le moment je n’ose établir franchement aucun parallèle” écrit-elle. Sans se désolidariser de son pays, “elle se met au service de ceux qui ont souffert par la France: grâce à elle, des dizaines, des centaines d’individus échappent à la peine capitale et aux sévices.”

Après la guerre d’Algérie, elle reprend ses recherches ethnologiques et projette d’écrire un livre “qui expose les fondements de la connaissance dans le domaine des sciences humaines, à partir de son expérience d’ethnologue – mais aussi de résistante et déportée”.

Elle  part de ses intuitions de jeunesse (ses premières recherches dans les Aurès en Algérie, avant la seconde guerre mondiale) et les approfondit en formulant une “véritable révolution dans la manière de pratiquer les sciences humaines ou même, plus généralement, sa connaissance de l’humain”.
L’idée de base de Germaine Tillion est qu’il est vain d’aspirer à la pure objectivité : pour comprendre les autres, nous faisons appel toujours et nécessairement, à notre sensibilité subjective.
Elle ajoute :

” Je tiens à signaler que les rapports “scientifiques” – c’est à dire basés sur l’observation des autres – sont faux et factices : pour connaître une population, il faut à la fois la “vivre” et la “regarder”.”(…)
” Toute la mécanique de notre érudition ressemble aux notes écrites d’une partition musicale, et notre expérience d’être humain, c’est la gamme sonore sans laquelle la partition restera lettre morte. Combien y-a-t-il d’historiens, de psychologues, d’ethnologues – les spécialistes de l’homme –  qui, lorsqu’ils assemblent leurs fiches, ressemblent à un sourd de naissance copiant les dièses et les bémols d’une sonate ?”(…)
“L’absence totale de participation affective à un évènement est un élément d’incompréhension quasi radical.”(…)
” Le choix n’est pas vraiment entre celui qui fait intervenir sa subjectivité et celui qui ne le fait pas, mais entre celui qui en est conscient et celui qui ne l’est pas, celui qui cache cette identité et celui qui accepte de la révèler.”
(…)

Les évènements vécus sont la clé des évènements observés”.(…) et T.Todorov ajoute : ” On se sert de son soi pour comprendre l’autre :  sans cette contiguïté entre les deux, les informations accumulées restent lettre morte. C’est la méthode même de l’enquête qui doit être transformée : le vécu individuel ne doit plus être évacué; bien au contraire, il faut en rendre compte avec précision, car il est reponsable de notre construction de l’autre, celui qu’on est censé étudier.”

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Sans faire d’analogie abusive, on aimerait être sûr que nos charismatiques humanitaires se préoccupent de la nature et de la qualité de leurs perceptions des sites d’intervention, de la manière dont ces sites sont identifiés et analysés avant de décider d’ouvrir ou de fermer une action humanitaire. Et ce au-delà des critères objectifs, des indicateurs “professionnels” et des statistiques en tous genres, qui, comme chacun sait, ne sont souvent qu’une des formes modernes du mensonge – dans ce qu’on leur fait dire.

Qu’est-ce, au juste, que lire une situation humaine collective ?
Avec quels paires de lunettes décide-t-on parfois d’intervenir ?
Est-ce encore de l’action humanitaire que d’être en permanence à l’affût des magots budgétaires des Etats et à la chasse aux prospects (nouveau look des donateurs) ?

En lisant les conseils méthodologiques de cette grande professionnelle académique de la recherche en sciences humaines que fut Germaine Tillion, on se dit que le soi-disant professionnalisme de certains “technocrates de l’humain” a parfois – pas toujours, heureusement – quelques relents de fumisterie.


Charles Kleiber : “Umuntu ngumuntu ngabantu”

2.01.08

Au terme d’un mandat de dix ans comme Secrétaire d’Etat à l’Education et à la Recherche du gouvernement suisse, Charles Kleiber signe dans “Le Temps” du 27.12.07 une sorte de discours “testamentaire” dont voici quelques extraits libres :

” La connaissance est une ressource magique : elle ne s’enrichit que si l’on s’en sert, ne vit que si on la partage, ne se développe que si on la conteste. Si elle ne progresse pas, elle meurt ; si elle ne se transmet pas, elle se fige; si elle devient croyance, elle se tait. Quand elle vous saisit, elle vous entraîne, vous transforme, vous remet en cause.”(…)
La connaissance ” est dans le malheur, pas dans le bonheur, car le bonheur n’apprend rien ou si peu. Elle brille, plus mystérieuse et plus inaccessible, dans la profondeur de l’inconnu, dans cet impensé dont nous sommes faits, si vaste qu’il donne le vertige.
La connaissance ne désaltère pas, elle donne soif, ; elle ne rassasie pas, elle donne faim.”
(…) “Il n’y a pas de chemin vers la connaissance, la connaissance est le chemin, celui qui mène à soi. On ne s’y perd pas : on s’y retrouve.”(…)
” L’aristocratie du savoir ne n’hérite pas, elle se mérite. On ne naît pas aristocrate, on le devient dans l’exercice des a responsabilité sociale. Quelle est notre responsabilité ? Elle a un beau nom : la vérité. Pas l’affirmation orgueilleuse d’une certitude absolue, mais la recherche humble et têtue de la conviction qui le plus de chances d’être vraie.
Vraie, parce que sa capacité explicative est supérieure à toutes les autres;
Vraie parce qu’elle est fondée sur la preuve formelle ou expérimentale;
Vraie, parce qu’elle repose sur la pertinence sociale:
Vraie enfin parce qu’elle a résisté à la dispute et qu’elle peut donner naissance à la raison.
Bien sûr, l’ombre du doute plane toujours: toujours de nouvelles interrogations peuvent remettre tout en cause.“Learn a lot and don’t believe a word”, disait un grand scientifique américain à ses enfants. Mais à défaut de vérité absolue s’institue la quête d’une vérité probable et éphémère où des hommes et des femmes s’identifient les uns aux autres comme membres d’une communauté en mouvement à la recherche de faits et de preuves.”

Transcription d’extraits libres d’une conférence de Charles Kleiber :

(…) Le marché, la science et la démocratie constituent un ménage à trois. (…) Ce ménage, insupportable et nécessaire, enchaîne ces différents partenaires (qui) correspondent à trois logiques.

D’abord le marché : que l’on soit pour ou contre l’économie de marché, contre ou pour la mondialisation, le fait s’impose de son extension sur l’ensemble de la planète.
Le marché est sans rival: le plus mauvais système à l’exception de tous les autres, pour parodier Churchill sur la démocratie. Il est fondé sur une contradiction : ” Vice privé fait bien public“.
Mais cette maximisation de mon profit et de mon bien-être, comme sujet, a pour conséquence une atomisation sociale et la défiance des réseaux sociaux. On le voit autour de nous : la société se défait, et finalement l’homo oeconomicus du marché est libre mais il est seul et vulnérable. Il est désaffilié, sans histoire et sans croyance commune. C’est la logique du temps court, du “chacun pour soi“, du toujours plus et de l’instabilité.

Ensuite la science : là, on est dans le même processus que la marché, c’est à dire un processus aveugle. Le marché est un processus aveugle, anonyme, sans sujet, et la science c’est la même chose. Mais c’est devenu le premier facteur de l’évolution. Et c’est ce qui fait que la science entre dans ce ménage à trois. Prenons quelques chiffres : si on considère la zone euro, 60 % de la croissance est explicable par des connaissances nouvelles ou améliorées. Et pour la Suisse : 45 % des entreprises qui feront la prospérité de la Suisse n’existent pas aujourd’hui. Nous avons 15 ans pour les faire émerger, pour leur fournir la connaissance privée et publique. C’est un enjeu central : c’est le premier facteur de production. La pression concurrentielle sur la techno-science ne cessera d’augmenter. Chacun le voit et le vit à travers son environnement technologique en particulier.
” La science, oeuvre de l’homme, est inhumaine absolument ” :
il n’y a pas de régulation qui vienne du scientifique lui-même. Il faut trouver le mécanisme extérieur qui permette de maîtriser la force de la découverte.
(Un scientifique) disait : “Tout ce qui est techniquement faisable sera entrepris et tout ce qui est vendable sera réalisé.” Au fond, l’empire technico-scientifique est un enjeu de puissance (…) Le plus étonnant est de voir Clinton signer un éditorial de “Nature” et Yang-Zhe Ming qui fait la même chose pour “Science” : ils s’expriment dans les hauts lieux de la pensée scientifique en expliquant leur politique. Donc, c’est le mariage de la politique et de la science. Comment fonctionne cette science ? C’est la logique du couteau tranchant de la recherche portée par quelques dizaines de milliers de chercheurs, eux-mêmes portés par la passion de la découverte, et de là va jaillir la pure connaissance, celle qui va modifier notre représentation des choses.
Le moteur est bien sûr les sciences de la nature, mais l’enjeu est que les sciences de l’homme doivent donner sens aux sciences de la nature, comme celles qui entrent dans l’intimité de la vie, ou celles qui ouvrent des frontières nouvelles dans l’espace.
Les sciences de l’homme et de la nature doivent transformer tout cela en un langage qui nous soit accessible.

La démocratie : les interdépendances planétaires et la transformation trop lente d’un ordre public international – on change d’échelle – obligent à faire coïncider l’espace économique et l’espace politique, à inventer de nouveaux instruments de régulation planétaire. On voit apparaître maintenant des taxes, l’augmentation des migrations comme instrument de transformation de nos sociétés, la nécessité de faire apparaître des règles de développement du Sud (je pense aux règles de la propriété intellectuelle, aux règles de l’OMC sur le commerce, à la nécessité d’impliquer les ONG et les générations futures).
Nos sociétés ont perdu le sens du progrès et de l’avenir : il faut développer des solidarités nouvelles. Au fond, la démocratie se trouve avec deux coursiers devant elle, le marché et la science. Ces coursiers sont aveugles. Elle ne peut utiliser que la situation économique, la transparence, la fixation de règles, de lois qui marquent les limites.

Cette logique du bien commun, du projet, du temps long, du nécessaire et de la stabilité est illustrée par cette phrase admirable extraite de l’Ecclésiaste :

Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?
Mais si je ne suis que pour moi, qui suis-je ? “

Lors d’un dîner en Afrique du Sud, avec des Sud-Africains qui avaient combattu l’apartheid, ” en fin de soirée, au moment de nous quitter, mon voisin le plus proche, qui avait souffert dans sa chair de l’apartheid, s’est penché vers moi et a tracé ces mots, d’une écriture presque enfantine sur le petit carton qui marquait ma place à table :

Umuntu ngumuntu ngabantu “. C’est du zoulou.
Cela veut dire : Nous sommes faits de l’humanité des autres .


Qu’est-ce que l’intelligence ? (E.Morin et autres)

26.10.07

” L’intelligence est l’aptitude à s’aventurer stratégiquement
dans l’incertain, l’ambigu, l’aléatoire
en recherchant et en utilisant le maximum
de certitudes, de précisions, d’informations.

L’intelligence est la vertu d’un sujet qui ne se laisse pas duper
par les habitudes, craintes, souhaits subjectifs.
C’est la vertu de ne pas se laisser prendre aux apparences.
C’est la vertu qui se développe dans la lutte permanente et multiforme
contre l’illusion et l’erreur.”

(Edgar Morin, “La méthode”, 1986)

” L’intelligence, ce n’est pas seulement ce que mesurent les tests,
c’est aussi ce qui leur échappe. “

(Edgar Morin)

” On mesure l’intelligence d’un individu
à la quantité d’incertitudes
qu’il est capable de supporter. “

(Emmanuel Kant)

“Il faut de l’esprit pour bien parler,
de l’intelligence suffit pour bien écouter.”

(André Gide)

” La beauté, c’est quelque chose dans le regard qui exprime l’intelligence,
et l’intelligence, c’est quelque chose dans le regard qui exprime la beauté. “

(Bernard Werber)

” La marque d’une intelligence de premier ordre,
c’est la capacité d’avoir deux idées opposées, présentes à l’esprit en même temps,
et de ne pas cesser de fonctionner pour autant. “

(Franz Scott Fitzerald)

” Les moyens de développer l’intelligence ont augmenté le nombre des imbéciles. ”
(Francis Picabia)

” Quand le débutant est conscient de ses besoins,
il finit par être plus intelligent que le sage distrait. “

(Lao-Tseu)

” L’homme intelligent a ceci de commun avec l’imbécile
de croire que celui qui ne pense pas comme lui est un imbécile. “

(Maurice Chapelan)

” L’intelligence ne se représente clairement
que dans le discontinu. ”

(Bergson)

” La force sans l’intelligence s’effondre sous sa propre masse. “
(Horace – ” Message à Georges W.Bush “…)


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