Un « Docteur Folamour du Cyberespace » ?

25.09.09

DECLARATION D’INDEPENDANCE DU CYBERESPACE

 » Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.

Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n’est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s’il s’agissait d’un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.

Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n’ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.

Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s’élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.

Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.

Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.

Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de contexte ne s’appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n’y a pas de matière.

Nos identités n’ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d’Or. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.

Aux États-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.

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Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont les habitants d’un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air dans lequel battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.

Vos industries de l’information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.

Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amis de la liberté et de l’autodétermination, qui ont eu à rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé.« 

Davos (Suisse), le 8 février 1996.

John Perry Barlow, Cognitive Dissident Co-Founder, Electronic Frontier Foundation Home

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Dans 30 ans, cette Déclaration restera-t-elle dans les archives comme une chimère d’un Docteur Folamour du cyberespace, ou bien comme véritablement prophétique, au sens où tout avocat pourra plaider avec ces arguments pour défendre des clients virtuels…

En réalité, peut-on en même temps affirmer :

d’une part :
 » Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre. »(…) »Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre. »

et d’autre part :

« Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. » (…) « Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent. »

Albert Camus disait .

 » On commence toujours par vouloir la justice
et on finit toujours par créer une police. »

« 


Germaine Tillion : apprendre à lire l’humain (1)

16.08.09

«  Très curieuse de notre univers et de ses habitants « , Germaine Tillion, décédée en 2008 à l’âge de 101 ans , avec les honneurs de la République,  fut une universitaire remarquable et une résistante de la première heure pendant le seconde guerre mondiale, ce qui lui valut un séjour au camp de concentration des femmes à Ravensbrück.

Du remarquable ouvrage écrit à sa mémoire par Tzvetan Todorov, on retiendra ces quelques extraits libres :

Avant la guerre, Germaine Tillion étudie, dans les Aurès (à l’époque, colonie française) une ethnie algérienne, les Chaouias.
Après la guerre (1954), elle retourne en Algérie, reprend ses études ethnologiques et découvre alors … « l’inversion des rôles « .
Elle mène l’enquête à partir de témoignages de tortures perpétrées par l’armée française : elle découvre que  » ce sont les nôtres, mes compatriotes, mes proches, dont je ne suis toujours sentie solidaire… Et pourtant ce qui se passe sous mes yeux est une évidence : il y a, à ce moment-là, en Algérie, des pratiques qui furent celles du nazisme. »
Au contact des militants du FLN, elle découvre parallèlement que « ces « terroristes » agissent comme elle et ses camarades, en France, quinze ans plus tôt », contre le nazisme.
 » Sur le moment je n’ose établir franchement aucun parallèle » écrit-elle. Sans se désolidariser de son pays, « elle se met au service de ceux qui ont souffert par la France: grâce à elle, des dizaines, des centaines d’individus échappent à la peine capitale et aux sévices. »

Après la guerre d’Algérie, elle reprend ses recherches ethnologiques et projette d’écrire un livre « qui expose les fondements de la connaissance dans le domaine des sciences humaines, à partir de son expérience d’ethnologue – mais aussi de résistante et déportée ».

Elle  part de ses intuitions de jeunesse (ses premières recherches dans les Aurès en Algérie, avant la seconde guerre mondiale) et les approfondit en formulant une « véritable révolution dans la manière de pratiquer les sciences humaines ou même, plus généralement, sa connaissance de l’humain ».
L’idée de base de Germaine Tillion est qu’il est vain d’aspirer à la pure objectivité : pour comprendre les autres, nous faisons appel toujours et nécessairement, à notre sensibilité subjective.
Elle ajoute :

 » Je tiens à signaler que les rapports « scientifiques » – c’est à dire basés sur l’observation des autres – sont faux et factices : pour connaître une population, il faut à la fois la « vivre » et la « regarder ». »(…)
 » Toute la mécanique de notre érudition ressemble aux notes écrites d’une partition musicale, et notre expérience d’être humain, c’est la gamme sonore sans laquelle la partition restera lettre morte. Combien y-a-t-il d’historiens, de psychologues, d’ethnologues – les spécialistes de l’homme –  qui, lorsqu’ils assemblent leurs fiches, ressemblent à un sourd de naissance copiant les dièses et les bémols d’une sonate ? »(…)
« L’absence totale de participation affective à un évènement est un élément d’incompréhension quasi radical. »(…)
 » Le choix n’est pas vraiment entre celui qui fait intervenir sa subjectivité et celui qui ne le fait pas, mais entre celui qui en est conscient et celui qui ne l’est pas, celui qui cache cette identité et celui qui accepte de la révèler. »
(…)

« Les évènements vécus sont la clé des évènements observés ».(…) et T.Todorov ajoute :  » On se sert de son soi pour comprendre l’autre :  sans cette contiguïté entre les deux, les informations accumulées restent lettre morte. C’est la méthode même de l’enquête qui doit être transformée : le vécu individuel ne doit plus être évacué; bien au contraire, il faut en rendre compte avec précision, car il est reponsable de notre construction de l’autre, celui qu’on est censé étudier. »

************

Sans faire d’analogie abusive, on aimerait être sûr que nos charismatiques humanitaires se préoccupent de la nature et de la qualité de leurs perceptions des sites d’intervention, de la manière dont ces sites sont identifiés et analysés avant de décider d’ouvrir ou de fermer une action humanitaire. Et ce au-delà des critères objectifs, des indicateurs « professionnels » et des statistiques en tous genres, qui, comme chacun sait, ne sont souvent qu’une des formes modernes du mensonge – dans ce qu’on leur fait dire.

Qu’est-ce, au juste, que lire une situation humaine collective ?
Avec quels paires de lunettes décide-t-on parfois d’intervenir ?
Est-ce encore de l’action humanitaire que d’être en permanence à l’affût des magots budgétaires des Etats et à la chasse aux prospects (nouveau look des donateurs) ?

En lisant les conseils méthodologiques de cette grande professionnelle académique de la recherche en sciences humaines que fut Germaine Tillion, on se dit que le soi-disant professionnalisme de certains « technocrates de l’humain » a parfois – pas toujours, heureusement – quelques relents de fumisterie.


Charles Kleiber : « Umuntu ngumuntu ngabantu »

2.01.08

Au terme d’un mandat de dix ans comme Secrétaire d’Etat à l’Education et à la Recherche du gouvernement suisse, Charles Kleiber signe dans « Le Temps » du 27.12.07 une sorte de discours « testamentaire » dont voici quelques extraits libres :

 » La connaissance est une ressource magique : elle ne s’enrichit que si l’on s’en sert, ne vit que si on la partage, ne se développe que si on la conteste. Si elle ne progresse pas, elle meurt ; si elle ne se transmet pas, elle se fige; si elle devient croyance, elle se tait. Quand elle vous saisit, elle vous entraîne, vous transforme, vous remet en cause. »(…)
La connaissance  » est dans le malheur, pas dans le bonheur, car le bonheur n’apprend rien ou si peu. Elle brille, plus mystérieuse et plus inaccessible, dans la profondeur de l’inconnu, dans cet impensé dont nous sommes faits, si vaste qu’il donne le vertige.
La connaissance ne désaltère pas, elle donne soif, ; elle ne rassasie pas, elle donne faim. »
(…) « Il n’y a pas de chemin vers la connaissance, la connaissance est le chemin, celui qui mène à soi. On ne s’y perd pas : on s’y retrouve. »(…)
 » L’aristocratie du savoir ne n’hérite pas, elle se mérite. On ne naît pas aristocrate, on le devient dans l’exercice des a responsabilité sociale. Quelle est notre responsabilité ? Elle a un beau nom : la vérité. Pas l’affirmation orgueilleuse d’une certitude absolue, mais la recherche humble et têtue de la conviction qui le plus de chances d’être vraie.
Vraie, parce que sa capacité explicative est supérieure à toutes les autres;
Vraie parce qu’elle est fondée sur la preuve formelle ou expérimentale;
Vraie, parce qu’elle repose sur la pertinence sociale:
Vraie enfin parce qu’elle a résisté à la dispute et qu’elle peut donner naissance à la raison.
Bien sûr, l’ombre du doute plane toujours: toujours de nouvelles interrogations peuvent remettre tout en cause.« Learn a lot and don’t believe a word », disait un grand scientifique américain à ses enfants. Mais à défaut de vérité absolue s’institue la quête d’une vérité probable et éphémère où des hommes et des femmes s’identifient les uns aux autres comme membres d’une communauté en mouvement à la recherche de faits et de preuves. »

Transcription d’extraits libres d’une conférence de Charles Kleiber :

(…) Le marché, la science et la démocratie constituent un ménage à trois. (…) Ce ménage, insupportable et nécessaire, enchaîne ces différents partenaires (qui) correspondent à trois logiques.

D’abord le marché : que l’on soit pour ou contre l’économie de marché, contre ou pour la mondialisation, le fait s’impose de son extension sur l’ensemble de la planète.
Le marché est sans rival: le plus mauvais système à l’exception de tous les autres, pour parodier Churchill sur la démocratie. Il est fondé sur une contradiction :  » Vice privé fait bien public« .
Mais cette maximisation de mon profit et de mon bien-être, comme sujet, a pour conséquence une atomisation sociale et la défiance des réseaux sociaux. On le voit autour de nous : la société se défait, et finalement l’homo oeconomicus du marché est libre mais il est seul et vulnérable. Il est désaffilié, sans histoire et sans croyance commune. C’est la logique du temps court, du « chacun pour soi« , du toujours plus et de l’instabilité.

Ensuite la science : là, on est dans le même processus que la marché, c’est à dire un processus aveugle. Le marché est un processus aveugle, anonyme, sans sujet, et la science c’est la même chose. Mais c’est devenu le premier facteur de l’évolution. Et c’est ce qui fait que la science entre dans ce ménage à trois. Prenons quelques chiffres : si on considère la zone euro, 60 % de la croissance est explicable par des connaissances nouvelles ou améliorées. Et pour la Suisse : 45 % des entreprises qui feront la prospérité de la Suisse n’existent pas aujourd’hui. Nous avons 15 ans pour les faire émerger, pour leur fournir la connaissance privée et publique. C’est un enjeu central : c’est le premier facteur de production. La pression concurrentielle sur la techno-science ne cessera d’augmenter. Chacun le voit et le vit à travers son environnement technologique en particulier.
 » La science, oeuvre de l’homme, est inhumaine absolument  » :
il n’y a pas de régulation qui vienne du scientifique lui-même. Il faut trouver le mécanisme extérieur qui permette de maîtriser la force de la découverte.
(Un scientifique) disait : « Tout ce qui est techniquement faisable sera entrepris et tout ce qui est vendable sera réalisé. » Au fond, l’empire technico-scientifique est un enjeu de puissance (…) Le plus étonnant est de voir Clinton signer un éditorial de « Nature » et Yang-Zhe Ming qui fait la même chose pour « Science » : ils s’expriment dans les hauts lieux de la pensée scientifique en expliquant leur politique. Donc, c’est le mariage de la politique et de la science. Comment fonctionne cette science ? C’est la logique du couteau tranchant de la recherche portée par quelques dizaines de milliers de chercheurs, eux-mêmes portés par la passion de la découverte, et de là va jaillir la pure connaissance, celle qui va modifier notre représentation des choses.
Le moteur est bien sûr les sciences de la nature, mais l’enjeu est que les sciences de l’homme doivent donner sens aux sciences de la nature, comme celles qui entrent dans l’intimité de la vie, ou celles qui ouvrent des frontières nouvelles dans l’espace.
Les sciences de l’homme et de la nature doivent transformer tout cela en un langage qui nous soit accessible.

La démocratie : les interdépendances planétaires et la transformation trop lente d’un ordre public international – on change d’échelle – obligent à faire coïncider l’espace économique et l’espace politique, à inventer de nouveaux instruments de régulation planétaire. On voit apparaître maintenant des taxes, l’augmentation des migrations comme instrument de transformation de nos sociétés, la nécessité de faire apparaître des règles de développement du Sud (je pense aux règles de la propriété intellectuelle, aux règles de l’OMC sur le commerce, à la nécessité d’impliquer les ONG et les générations futures).
Nos sociétés ont perdu le sens du progrès et de l’avenir : il faut développer des solidarités nouvelles. Au fond, la démocratie se trouve avec deux coursiers devant elle, le marché et la science. Ces coursiers sont aveugles. Elle ne peut utiliser que la situation économique, la transparence, la fixation de règles, de lois qui marquent les limites.

Cette logique du bien commun, du projet, du temps long, du nécessaire et de la stabilité est illustrée par cette phrase admirable extraite de l’Ecclésiaste :

«  Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?
Mais si je ne suis que pour moi, qui suis-je ? « 

Lors d’un dîner en Afrique du Sud, avec des Sud-Africains qui avaient combattu l’apartheid,  » en fin de soirée, au moment de nous quitter, mon voisin le plus proche, qui avait souffert dans sa chair de l’apartheid, s’est penché vers moi et a tracé ces mots, d’une écriture presque enfantine sur le petit carton qui marquait ma place à table :

«  Umuntu ngumuntu ngabantu « . C’est du zoulou.
Cela veut dire : «  Nous sommes faits de l’humanité des autres « .


Qu’est-ce que l’intelligence ? (E.Morin et autres)

26.10.07

 » L’intelligence est l’aptitude à s’aventurer stratégiquement
dans l’incertain, l’ambigu, l’aléatoire
en recherchant et en utilisant le maximum
de certitudes, de précisions, d’informations.

L’intelligence est la vertu d’un sujet qui ne se laisse pas duper
par les habitudes, craintes, souhaits subjectifs.
C’est la vertu de ne pas se laisser prendre aux apparences.
C’est la vertu qui se développe dans la lutte permanente et multiforme
contre l’illusion et l’erreur. »

(Edgar Morin, « La méthode », 1986)

 » L’intelligence, ce n’est pas seulement ce que mesurent les tests,
c’est aussi ce qui leur échappe. « 

(Edgar Morin)

 » On mesure l’intelligence d’un individu
à la quantité d’incertitudes
qu’il est capable de supporter. « 

(Emmanuel Kant)

« Il faut de l’esprit pour bien parler,
de l’intelligence suffit pour bien écouter. »

(André Gide)

 » La beauté, c’est quelque chose dans le regard qui exprime l’intelligence,
et l’intelligence, c’est quelque chose dans le regard qui exprime la beauté. « 

(Bernard Werber)

 » La marque d’une intelligence de premier ordre,
c’est la capacité d’avoir deux idées opposées, présentes à l’esprit en même temps,
et de ne pas cesser de fonctionner pour autant. « 

(Franz Scott Fitzerald)

 » Les moyens de développer l’intelligence ont augmenté le nombre des imbéciles.  »
(Francis Picabia)

 » Quand le débutant est conscient de ses besoins,
il finit par être plus intelligent que le sage distrait. « 

(Lao-Tseu)

 » L’homme intelligent a ceci de commun avec l’imbécile
de croire que celui qui ne pense pas comme lui est un imbécile. « 

(Maurice Chapelan)

 » L’intelligence ne se représente clairement
que dans le discontinu.  »

(Bergson)

 » La force sans l’intelligence s’effondre sous sa propre masse. « 
(Horace –  » Message à Georges W.Bush « …)


Le « people » et l’ADN (Christophe Gallaz)

15.10.07

Comme toujours, la chronique de l’écrivain suisse Christophe Gallaz, qui paraît régulièrement dans « Le Matin », secoue, par son approche intuitive, le cocotier des idées reçues et des interminables débats théoriques et rationnellement balancés sur les tendances de l’air du temps…

Extraits de cette chronique :

« Etonnant dispositif à l’oeuvre dans les sociétés humaines actuelles. Rarement perçu comme tel, évidemment, parce qu’il est fondé sur deux éléments distincts en apparence :

D’une part, l’industrie devenue dominante du « people » dans la presse écrite et télévisée.
D’autre part, l’instauration progressive du contrôle ADN par les pouvoirs économique et politique. »
(…)

L’intéressant est de mettre en lumière un double mécanisme. C’est celui-ci : avec le « people » médiatique, un processus de désidentification générale est exercé sur les individus. Et simultanément, avec la généralisation du contrôle ADN, un processus de suridentification est déployé, qui est d’ordre purement technique.
Autrement dit, plus l’être social, culturel et politique que nous sommes est enlevé de soi par des moyens comme ceux du « people« , plus notre être génétique fait l’objet de vérifications techniques. »
(…)

« Ainsi nous acheminons-nous vers des sociétés fonctionnant comme un piège.
D’un côté, vous avez des masses populaires et consommatrices qui travaillent, et même rudement, et même de plus en plus rudement, pour des rémunérations toujours plus réduites ou fragmentées ».
(…)
De l’autre côté vous avez, pour scanner ces masses populaires et consommatrices qui dérivent dans l’anonymat, dans l’interchangeabilité, dans le déracinement intellectuel et dans la peine ou la souffrance inexprimées, un système de contrôle et de répression suprêmement efficace.

Un système spécialisé dans les contrôles ADN, dans la pose de caméras de surveillance dans les entreprises et dans les rues, et dans la mise au point de mille traçabilités administratives et financières. Notre système.

Au bout du compte, vous n’êtes plus rien ni personne – sauf un code-barres ambulant. »


Un petit chef d’oeuvre d’ineptie

17.03.06

Chaque année, à l’approche du Forum de Davos, la Fondation suisse Gallup International (à but non lucratif…) réalise et publie un sondage international intitulé « Voice of the People » (« La Voix du Peuple »), destiné à « informer » les « global leaders » du Forum Economique Mondial sur l’état de l’opinion. Ce sondage, qui interroge 50 000 personnes dans 62 pays, est présenté comme reflétant l’opinion de 2 milliards de personnes.

A la question « Pensez-vous que 2006 sera meilleur que 2005 ? », le record d’optimisme vient …d’Afrique avec 57 % d’optimistes (les plus pessimistes proviennent d’Europe Centrale et de l’Est avec 30 %).

Les trois pays les plus optimistes sont le Vietnam (75%), la Chine (75%), le « UN Kosovo » (sic) avec 73 %. Parmi les plus pessimistes, on trouve la France à 43%, loin derrière la Bosnie (54%) et la Serbie(47%).

D’autres questions suivent :  » Quel est le plus important probleme du monde d’aujourd’hui ? » – Pensez-vous que les nations riches doivent apporter plus d’aide financière aux pays pauvres ? » – « Diriez-vous que votre pays est gouverné par la volonté du peuple ? » –  » Diriez-vous que votre pays est gouverné par des grands intérêts centrés sur eux-mêmes, ou bien au bénéfice du peuple ? »

On croirait lire les questions d’un sondage préparatoire à l’Assemblée Nationale annuelle de la République Populaire de Chine. Mais non … n’oublions pas la question No 7 :  » Pensez-vous que la politique étrangère américaine a un impact positif, négatif ou pas d’impact sur votre pays ? »…

Vous voulez connaître les méthode des sondages ? La Fondation vous donne la liste de ses « correspondants », dans chacun des 62 pays, auxquels vous devez vous adresser directement.

On croit rêver quand on entend que ce sondage, divulgué la veille de l’ouverture du Forum de Davos, revêt une quelconque importance aux yeux des puissants de ce monde. Mais vous avez deviné, évidemment, que ce n’est pas un sondage d’opinion, c’est un sondage pour l’opinion.

Remarquez, si on savait le nombre de chefs d’Etats qui consultent régulièrement leurs voyantes…

Vous allez voir que d’ici quelque temps, une nouvelle campagne de communication battra son plein pour nous convaincre que les sondages – aussi scientifiques que les tests de l’Eglise de Scientologie – reflétent mieux les désirs « du peuple » que les élections…

Mais qui donc ont-ils choisi de sonder en Afrique ?


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