Le “bourrage” par le conditionnel

6.04.08

Un article paru le 2 avril 2008 dans “Le Monde” (page 5) suscite un certain malaise.
Extraits (c’est nous qui soulignons) :

” Un enquête conduite, au Maroc et en Belgique, sur un réseau terroriste islamiste dirigé par Abdelkader Belliraj, 50 ans, arrêté en février, semble indiquer que la structure qui a été démantelée était de de premier plan.
Appréhendé au Maroc en compagnie d’une trentaine de suspects, le chef du groupe aurait été actif pendant plus de seize années et aurait bénéficié en Belgique(…) de l’aide d’une vingtaine de personnes.(…) Le groupe Belliraj visait, semble-t-il, à renverser le régime marocain..(…) Il aurait tenté de s’abriter derrière la façade légale de partis islamistes.
Selon des sources judiciaires belges, le groupe se livrait à des trafics d’armes et se serait aussi financé en organisant d’importants hold-up(…) Cet argent aurait en partie été blanchi dans des activités immobilières au Maroc. A. Belliraj aurait, dans les années 1980, personnellement commis six assassinats en Belgique(…)
Au Maroc, le rôle du suspect reste trouble. Incarcéré à la prison de Rabat-Salé, il serait selon (…) le Ministre de l’intérieur, l’âme du réseau qui, préparait, en fait (sic), une insurrection armée. Selon des sources sécuritaires, le roi Mohamed VI faisait partie des cibles du groupe.
Présenté comme un islamiste convaincu (…) A. Belliraj était, semble-t-il, en contact avec le GSPC algérien, devenu une branche de Al-Qaida, et le Groupe islamique combattant marocain (GICM).
Selon le Ministre de l’Intérieur, des contacts auraient aussi été établis entre son groupe et le Hezbollah, en 2002, en vue d’un entraînement de ses hommes au Liban. Ils auraient finalement été formés en Afghanistan.
Les preuves de ces affirmations n’ont pas été fournies jusqu’à présent.

Il est certain, en revanche, que l’enquête de police a permis la découverte d’une dizaine d’armes légères dissimulées à Nador, dans le nord du pays. Devaient-elles servir à des actions dans le Royaume ?Mon client qui nie être un chef terroriste, dit que ces armes étaient destinées aux islamistes algériens”.(…), assure au “Monde” son avocat.
Des sources policières disent douter de cette version.

Un mystère de plus en plus épais entoure, en fait, la personnalité du principal suspect.
Il s’est livré à de nombreux revirements depuis qu’il a été présenté comme un informateur rémunéré de la Sûreté de l’Etat - les services de renseignement belge - et depuis ses aveux - sur lesquels il est récemment revenu - en ce qui concerne les assassinats qu’il aurait commis.(…)
Il a nié devant le tribunal de Salé, le 17 mars, avoir travaillé pour les services belges. Il aurait par ailleurs indiqué qu’il avait simplement voulu agir par “loyauté” envers son pays d’adoption en l’informant sur l’activité des islamistes en divers endroits du monde.
Ce point est d’une grande importance pour l’enquête menée en Belgique, qui doit déterminer comment (il) a pu, pendant seize ans, mener ses activités criminelles à l’insu des autorités belges.
Promu chef militaire de son réseau clandestin(…) il a voyagé en Iran, en Arabie Saoudite et en Algérie.
Il paraît démontré (sic) également qu’il a rencontré Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida, en Afghanistan. La Sûreté belge l’aurait-elle “couvert” dans tout ou partie de ces missions ?
En 2005, avant les attentats de Londres, ce sont les renseignements qu’il a fournis qui auraient en tout cas permis de démanteler une cellule terroriste à Liverpool, au Royaume-Uni.”
(Fin de l’article)

Bon, alors, tout cela est peut-être vrai et le journaliste écrit son article au conditionnel par respect de la présomption d’innocence d’une personne sous enquête et dont le nom est mentionné dans l’article.
Point final.

Mais on peut aussi se poser les questions suivantes :

De l’article, qu’apprenons-nous comme faits avérés ?
1 - on a retrouvé 10 armes légères au nord du Maroc : “Pour renverser le régime marocain (…) avec le roi Mohamed VI comme cible “ ???
2 - il a voyagé en Iran, en Arabie Saoudite et en Algérie : so what ?. Donc il aurait été en contact (?) avec Al-Qaida, le Hezbollah, et le GSPC algérien.

L’Abrincate a aussi beaucoup voyagé, depuis 15 ans, dans une vingtaine de pays, pour travailler avec les juges, policiers, et autres spécialistes de la délinquance juvénile et des trafics d’enfants. So what ?

Quant à “l’âme du réseau”…”promu chef militaire du réseau clandestin”

L’article ne mentionne que des spéculations ou affirmations dont les seules et uniques sources sont le “Ministre de l’Intérieur“, l’”enquête de police au Maroc“, des “sources judiciaires belges“, les “sources sécuritaires marocaines“…

Avec, en fin d’article, l’hypothèse, tout aussi spéculative que le reste de l’article, que ce suspect serait l’instrument des services de renseignement belges. Le simple fait de suggérer cette hypothèse laisse froid dans le dos, lorsqu’on sait ce dont sont capables les services secrets des dictatures : et si les pays démocratiques s’y mettent …

Il ne s’agit pas de dire que l’article est faux,
mais de deux choses l’une :

- ou bien, on n’a rien à dire de véritablement factuel qui constitue un ensemble d’informations avérées et alors, on se tait.
En tout cas, on ne met pas l’article sous le titre : ” L’enquête confirme le démantèlement d’un important groupe islamiste”. L’article ne confirme rien, puisque tout est au conditionnel.
- ou bien on laisse le lecteur dans une ambigüité délibérée qui alimente une démarche de manipulation sécuritaire de l’opinion publique, entretenue par les seules sources d’informations mentionnées dans l’article. Car, comme toutes les propagandes d’Etat le pratiquent depuis des lustres, on distille à répétition des soi-disant “informations” sur le terrorisme, mais au conditionnel en sachant fort bien que le lecteur ne retiendra que “la confirmation du réseau terroriste”, en oubliant l’emploi systématique du conditionnel.

C’est ainsi que la peur passe avant la raison.

C’est au nom du respect que l’on porte depuis plus de 30 ans à la crédibilité des journalistes du “Monde” qu’on se permettra de craindre que même les meilleurs puissent insensiblement se laisser manipuler.

Il serait infiniment triste de voir des journalistes se transformer en “churnalists” …
En anglais “to chur out ” = baratter, comme “baratter le beurre”. On remue, on brasse…
Voir cet article du “Guardian” :
Our media have become mass producers of distorsion”.

Quand on sait le nombre de mensonges d’Etat re layés par les médias américains, et autres, depuis le début de la “guerre contre le terrorisme” (voir Guantanamo), on attend de journalistes qu’ils fassent passer la raison avant la peur.

Source de la photo


Nouvelles du front - et du fond de la prison

3.04.08

Que celles et ceux qui considèrent que la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (cf. les Articles 37 et 40) n’est qu’un chiffon de papier qui prétendrait instituer l’enfant-roi, veuillent bien se taire quelques instants, pendant la lecture de cet extrait de rapport de déplacement dans un pays d’Afrique, la semaine dernière (24-29 mars 0 8) à l’occasion d’une visite de la Prison Centrale de la capitale.

Entrée par les bureaux.
Un greffier : “Combien y a-t-il de mineurs dans cette prison? - “Environ 80“.
A la même question, le Directeur : ” Environ 60“.
De passage devant le bureau de la cheffe-greffière, la feuille statistique quotidienne (date : 27 mars).
Nombre de prisonniers : ” 858 “. Capacité de la prison . ” 300 “. Nombre de mineurs : ” 90 “.

Visite du quartier des mineurs en compagnie du Directeur de la Prison, militaire en uniforme : le personnel de la prison est en effet constitué de militaires, détachés du Ministère de la Défense.
Sur 90 mineurs, 7 sont des condamnés, et donc 83 sont en détention provisoire, parfois depuis des années, c’est à dire en violation flagrante du Code de Procédure Pénale, qui prévoit un maximum de 4 mois (délits) ou 6 mois (crimes), renouvelable une fois - et donc la durée maximum, selon le Code, devrait être d’un an de détention provisoire. Rappelons que la détention préventive est une période pendant laquelle un détenu est toujours considéré comme présumé innocent, et qu’elle ne devrait être qu’un élément de procédure pour les besoins de l’enquête…

Serré la main d’un des mineurs, incarcéré depuis 2001 pour un crime (homicide involontaire) commis à l ‘âge de 14 ans : il a donc aujourd’hui 21 ans et attend donc son procès depuis 7 ans. Comme il est devenu majeur, il a été “promu” à la responsabilité de “chef de chambrée” pour contribuer à la discipline du quartier des mineurs - “bénévolement“, cela va de soi… D’autres mineurs attendent leur procès depuis un ans, deux ans, quatre ans ou cinq ans….

Des ONG ont eu connaissance du rapport de l’Administration pénitentiaire sur le statut de ces mineurs et ont pu faire leur propre vérification : la liste nominative des mineurs était fausse à 50 % : des mineurs présents n’étaient pas sur la liste et des mineurs listés n’étaient pas présents (seule possibilité : certains étaient peut-être en libération conditionnelle, soit qu’ils étaient été “élargis” en fin de peine et on a simplement oublié de mentionner leur départ sur les registres.
On nous signale que dans certaines prisons de province, des mineurs sont en prison au-delà de la durée légale de leur peine par simple perte du dossier. Il a même été constaté dans un cas que personne n’ayant retrouvé la clé de l’armoire en fer qui contient les dossiers, personne ne sait qui devrait être déjà sorti. Donc ils restent en prison.
A part ça, tout le monde se plaint de la surpopulation dans les établissements pénitentiaires du pays.

On peut rappeler ici que dans la plupart des pays, des prolongations abusives de détention provisoire peuvent entraîner des sanctions à l’encontre des juges dont les décisions (ou négligences) sont illégales et que les détenus peuvent ultérieurement faire valoir leurs droits à des compensations.
Mais, dans le cas des mineurs, on ne va pas s’emmerder avec ces histoires, puisque par définition, ces mineurs sont issus de familles qui n’ont pas les moyens de se payer un avocat…
Sur les 90 mineurs incarcérés, 32 attendent leur procès pour crime, relevant de la Cour d’Assises des Mineurs. Pourquoi celle-ci n’a-t-elle pas encore statué sur leur sort ?
La Cour d’Assises se réunit ” ad hoc ” une ou deux fois par an, pour juger d’abord les adultes poursuivis pour crimes et lorsque la ” sessin des majeurs” est terminée, le “rôle” prévoit de passer aux jugements des mineurs. Mais en général, il n’y a plus d’argent pour payer les juges d’Assises, qui sont des juges habituels percevant des indemnités supplémentaires lorsqu’exceptionnellement ils siègent en Assises. Donc les mineurs attendront la prochaine fois. D’où la durée interminable - et indéterminée - de leur détention provisoire.
A la question posée devant la personne faisant office de Ministre de la Justice, le Premier Président de la Cour d’Appel, présent à l’entretien, répond par un chiffre en monnaie locale, qui correspond à 3 000 euros (repeat : trois mille euros).

Encore plus fort :
Un des mineurs incarcérés est condamné à la peine capitale, pour meurtre commis à l’âge de 17 ans, alors que l’Article 67 du Code Pénal du pays stipule explicitement que la peine de mort n’est pas applicable aux mineurs dans ce pays. Il avait tué un “chef de quartier”, ce qui avait suscité une émotion considérable parmi les autorités comme dans l’opinion publique, au point de le considérer et de le juger comme un majeur.
Officiellement, il s’agirait d’un doute sur l’âge réel et l’identité du condamné.
Or, depuis plusieurs mois, l’acte de naissance a été produit par des ONG et diffusé auprès des services “compétents”. Pas de résultats. Le directeur de l’UNICEF a fait une démarche officielle le 6 mars dernier. Toujours pas de résultats.
Il a donc fallu faire valoir un nouvel argument à la personne faisant office de Ministre de la Justice : si, au Comité des Droits de l’enfant et dans les bureaux du Conseil des Droits de l’homme à Genève, on apprend qu’un mineur est condamné à mort alors que la loi nationale du pays l’interdit, cela pourrait avoir des conséquences sur l’image internationale du pays - qui n’est déjà pas brillante. D’autant plus que le sujet de la peine de peine est un sujet sensible et permanent au niveau international en général (et pas seulement à propos de mineurs).
Bien que contestant spontanément cette analyse, la personne faisant office de Ministre de la Justice donne, devant nous, l’ordre de vérifier l’identité et l’âge du condamné (alors que ces services disposent déjà de moult copies de l’acte de naissance).
La détention d’un mineur illégalement condamné à mort … dans la balance avec l’image du pays …
Dans ce même pays, une ONG a obtenu, en 2003 pour un autre mineur condamné à mort en province, que sa peine soit, la veille du jour de son exécution, commuée en dix ans de prison, ce qui est la peine maximum prévue par la loi pour les mineurs.
Autrement dit, il suffit de demander…

Paradoxalement, le Directeur de la prison est parfaitement conscient de ces “dysfonctionnements”: il en est même choqué et dit lui-même qui gère un établissement où des mineurs sont ” sequestrés” (au-delà de la durée légale de la détention préventive).
Mais c’est un militaire, qui dépend donc de la “Grande Muette”. Il peut - il doit - faire un rapport régulier au Juge pour chaque détenu, y compris en mentionnant que la détention de certains mineurs est abusive.
Il n’est cependant pas question qu’un criminel sorte de prison, pour cause de risque de récidive, et donc seuls les juges peuvent libérer un détenu.
Mais comme il manque 3 000 euros pour que la Cour d’Assises fonctionne, tout le monde attend.
Ce Directeur n’a donc pas la possibilité d’”élargir” les détenus illégaux : sa seule possibilité c’est lorsqu’un mineur est gravement malade, il a l’autonomie de décision pour l’envoyer à l’hôpital, en espérant que le mineur convalescent en profitera pour “s’élargir lui-même“.

A la question ” Quel votre problème principal avec ces mineurs ?” - Réponse : ” La nourriture.”
Oublié de préciser, en effet, que les 90 mineurs de cette prison n’ont qu’un repas par jour.

Autres billets précédents de ce blog sur les mineurs en prison :

“Enfants en prison”

“Un mineur en prison pour 260 000 euros ?”

Pour celles et ceux qui s’intéressent à la Justice des Mineurs,
voici un nouveau site d’assistance technique internationale (français, anglais, espagnol):
www.juvenilejusticepanel.org


” Penser l’impensable “, qu’ils disent maintenant …

23.03.08

Après avoir vilipendé les salaires des fauves,
pourfendu ceux qui transforment le monde en ” casino global “,
vitupéré contre les Etats qui, ” n’ayant plus d’argent “, investissent leurs réserves dans la Bourse,
après même avoir fait mine de croire que la régulation des marchés financiers était une farce,
qui aurait cru qu’un mois plus tard, nos éminents économistes,
qui n’ont jamais manqué une marche de condescendance
sur les incompétents en économie que nous sommes,
viennent nous dire ceci :

Editorial de Nicolas Barré, dans ” Le Figaro “(14.03.0 8) :

” Il faut savoir “penser l’impensable“, disait mercredi le numéro deux du Fonds Monétaire International, suggérant à demi-mot (sic) de nationaliser les pertes du système bancaire. (…)
La situation actuelle appelle une réponse globale. Il est minuit moins cinq. Il reste peu de temps pour penser l’impensable avant qu’il ne survienne.”

De Yves de Kerdrel, dans ” Le Figaro “(18.03.0 8) :

(…) ” A tout moment, cette crise, qui n’affecte pour le moment que le secteur financier, peut se transformer en une tornade qui dévastera l’économie mondiale.
On a déjà dépassé le stade du battement d’ailes de papillon cher à la théorie du chaos “.
(…)
” Il n’y a pas de capitalisme efficace sans une régulation adaptée. Il n’y a pas de vrai libéralisme si l’environnement ressemble à un “ laisser-faire.(…)
Il s’agit de s’interroger sur (ces) normes qui s’appliquent à 7000 sociétés cotées dans le monde. D’autant qu’elles n’ont été décrétées par aucun gouvernement. Elles ne sont issues d’aucun processus démocratique. Elles ont été émises et instaurées par un sympathique “club” de comptables aguerris regroupés au sein d’une institution internationale, l’IASB, qui n’a de compte à rendre à personne, mais dont les règles s’imposent à tous.
Il existe peu d’exemples au monde où une institution disposant d’aucun contre-pouvoir puisse de son propre fait changer les règles du jeu du capitalisme. Sans
(en) mesurer les conséquences dramatiques “(…)
” Ce n’est pas faire injure au libéralisme de souhaiter que les démocraties reprennent au plus vite la main sur la comptabilité, sans laquelle la confiance des investisseurs ne peut exister de manière durable.”

C’est “Le Figaro” qui va nous convaincre du bien-fondé de l’argumentaire de la Ligue Communiste Révolutionnaire : il faut recruter d’urgence Alain Besançenot comme éditorialiste du “Figaro”.

Dans le “Monde” du 21.02.08, Eric Laser écrit :

(…) ” Les outils de politique monétaire ont leurs limites. Les baisses de taux mettent des mois à se diffuser dans l’économie et ne sont qu’un moyen indirect de soutenir les emprunteurs.”(…)
” Une intervention de l’Etat sera peut-être nécessaire.”
(…) “Au Congrès, les parlementaires réfléchissent à la possibilité pour l’Etat de racheter massivement les prêts immobiliers.”

Toujours dans ” Le Monde ” (20-03-08), dans un article de C.Gatinois et A. Michel :

(…) Après ” l’étincelle des subprimes “, suivi de “ l’embrasement des banques “, qui entraîne la “ panique des marchés “, (…) ” l’action de la Réserve Fédérale américaine contribue à faire plonger le dollar sans juguler tout à fait la défiance envers les banques.
Et si le marché d’actions surnage, les investisseurs lui préfèrent les matières premières (pétrole, or, blé) considérées comme des valeurs-refuges. Les prix flambent.
(…)
” Comment sortir de la crise ? La solution pourrait être radicale, bouleversant même le modèle capitaliste américain. ” Si la crise dure et s’approfondit, les solutions passeront forcément par l’Etat, qu’il s’agisse de créer un fonds de défaisance ou de procéder à des nationalisations provisoires de banques en difficulté”, estime J.L. Mourier, économiste chez Aurel Leven.

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Donc, si l’on comprend bien (mais oui…), nous allons d’abord payer avec l’augmentation des denrées de première nécessité (blé, matières premières, pétrole, etc…), mais il se pourrait aussi que les contribuables payent une deuxième fois par les interventions de l’Etat, pour que les investisseurs - qui n’ont de comptes à rendre à personne (voir article précédent ci-dessus) - retrouvent la confiance. En eux-mêmes. cela va de soi.

De toute façon,
même si vous ne comprenez rien,
dites-vous bien : nous allons tous payer,
et plutôt deux fois qu’une.
On continue :
Dans le “Frankfurter Allgemeinde Zeitung” (Allemagne), le directeur de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, affirmait le 19 mars :
(…) ” Nous ne devons pas oublier que les dirigeants des banques qui enregistrent de bons résultats gagnent des dizaines de millions d’euros par an. Les gestionnaires des fonds spéculatifs et des fonds d’investissement, quant à eux, gagnent encore plus. A l’heure actuelle, les dirigeants des banques se posent en défenseurs de la liberté du marché. Si l’édifice de la spéculation menace de s’effondrer comme un château de cartes, les banques d’émission et les contribuables devront le remettre sur pied. Dans l’intérêt de la communauté (ndlr : was ist das ?), l’Etat n’a rien d’autre à faire.
Toutefois , ces mesures de sauvetage sont préjudiciables à la réputation du secteur financier. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même s’il doit en rappeler à une régulation.”
Dans “L’Hebdo” (Suisse), Jacques Pilet rempile :
(…) La crise que nous vivons (…) fait éclater au grand jour toute une chaîne de mensonges, l’incompétence des dirigeants arrogants et obsédés par leur fortune personnelle, l’impuissance des banques centrales et la docilité des opinions publiques qui trop longtemps ont cru aux fables qu’on leur servait.
Mais le plus troublant
(ndlr : pour qui ?) est ailleurs. Les maîtres de la finance mondiale proclamaient une double foi : les Etats-Unis sont le modèle absolu de la réussite économique, le libéralisme absolu est l’avenir du monde. Cette approche théologique en prend un sacré coup…(…)
Personne ne peut croire que, par elles-mêmes, les banques ” mettront de l’ordre ” dans un système qu’elles ont détraqué par leurs acrobaties irresponsables. Personne ne peut croire que les opinions publiques accepteront longtemps encore de panser les plaies des géants en puisant dans les budgets publics.”
Les opinions publiques auront-elles le choix ?



Pourquoi faire un blog ?

21.03.08

Dans le cahier spécial du “Contre-journal” de “Libération”,
Le blog, notre gueuloir électronique “,
plusieurs écrivains tentent de déchiffrer ce qui les incite à entretenir un blog :

Emmanuelle Pagano :

Son blog

Mon blog (…) “c’est une sorte de carnet extensible. J’ai appelé la partie blog de mon site “ dans la marge ” parce que la marge, c’est l’endroit où l’on prend des notes, où l’on se corrige aussi, c’est tout ce qu’il y a à côté du texte lui-même. Et la marge ce n’est pas rien, c’est ce qui tient ensemble les pages d’un livre.”(…)
“Le blog est aussi une manière de classer les brouillons : il permet de trier dans la matière.”
(…)

Oui, y compris pour celles et ceux qui n’ont ni le talent ni le temps d’être écrivains : un blog peut exprimer les marges d’une vie quotidienne. Et on se surprend parfois à relire ce que l’on écrit plusieurs mois ou années auparavant. Et s’apercevoir que ce ne sont que des brouillons… et que, peut-être ce que l’on note dans les marges d’une vie justifiera un livre, qui sait ? Mais un livre ne se justifiera que pour y déposer ce qui aura résisté au temps.

François Bon :

Son blog

(…) Juste une petite vitrine sur mon atelier, comme on va boire un café chez le copain luthier. je n ‘aime pas le mot “oeuvre”. Dans celle de Kafka, il y a ses lettres, ses journaux, ses leçons de grammaire d’hébreu, ses conversations (…). Dans la haute solitude de Beckett, il y a les 3 000 lettres en 5 langues qu’il a laissées. Via Internet, on fait la même chose, mais à vue. La littérature dans la friction du monde. (…)

Oui, un blog n’est une oeuvre, mais des miettes de pensée et d’intuitions, qui ne sont que de vagues échos de tout ce qui est vécu et ressenti. Avec un minimum de désir de mettre en forme, car on n’écrit pas tout ce que l’on ressent, on n’écrit même pas tout ce que l’on dit. S’adresser à un public virtuel suppose qu’on parie sur l’intérêt qu’il peut y trouver…

Christophe Claro :

Son blog

(…) “Il n’est pas inutile d’aller houler (on ne vas quand même pas utiliser cet horrible mot de “surfer”) sur le triple-doublevé afin d’y découvrir des plate-forme pertinentes qui ne cherchent pas à jouer les prescripteurs ou les têtes de gondole.”
(Il faut) ” trouver les plus intéressantes dans la pléthore existante - mais bon, on a tous galéré au début dans les grande surfaces et les catacombes. Passé ce cap du défrichage, on est vite étonné (et bien souvent admiratif) devant le mélange de passion et de culture qui sévit dans ces eaux supposées troubles.
En plus, de ne pas être bridés par l’espace alloué ou le calendrier
(…).
Un gueuloir électronique, une carte blanche du tendre et du moins tendre.
J’ai récemment installé un compteur pour connaître le nombre de visiteurs sur mon blog
(…)
C’est très édifiant. Environ cent trente deux personnes le visitent par jour
(…) et la plupart n’y aboutissent par erreur après avoir recherché des vocables que la décence m’empêche de reproduire ici.”

Oui, un blog c’est d’abord l’exercice d’une liberté, après avoir “plongé” dans un “océan de l’inutile” - mais non sans y avoir découvert par hasard des blogs de photographes absolument exceptionnels.
Quant aux statistiques, elles sont effectivement illusoires, puisque la recherche par mot-clé rend l’exercice totalement aléatoire. Celui ou celle qui fait un blog d’abord et uniquement pour être lu se désespérera très vite, surtout si il-elle n’a rien d’autre à dire que la recette de cuisine ou le film de la veille au soir.
C’est très curieux un blog : on fait peut-être un blog d’abord pour soi-même, les notes du parcours, les brouillons, les évènements marquants pour soi - et peut-être que cela en intéressera d’autres. On dit toujours que le succès d’un blog, ce sont les commentaires : oui et non… pourquoi le billet de ce blog “Le droit de ne pas être père”, du 12 mai 2006 reçoit toujours des commentaires (44 à ce jour) et d’autres billets, aucun… alors que le nombre d’ouvertures dépasse largement celui du précédent ?
On a aussi l’exemple de blogs époustouflants de commentaires de tous côtés, de tous sujets, même en-dehors du thème traité dans le billet - une sorte de nouveau ” salon où l’on cause”… Le plus étonnant est celui, “Big Picture”, de Corinne Lesnes, correspondante du “Monde” à New York, blog fort intéressant, mais qui a parfois autant de commentaires, et par centaines, lorsqu’elle fait un billet pour signaler qu’elle part en vacances, que lorsqu’elle traite une information américaine particulière (toujours pertinente, même si souvent simplement anecdotique).

Laure Limongi :

Son blog

” J’aime l’extrême liberté du support et j’essaie, comme dans on écriture, de détourner les outils et les genres. J’aime l’immédiateté et l’accès libre, anonyme. Lancer quelques crus maison dans la mer d’Internet.(…) C’est un espace indocile, hétérogène, non systématique, à la fois impulsif et maîtrisé, comme je les aime.(…)
Internet est déjà un présent de l’écriture, un lieu d ‘expérimentation et de diffusion essentiel
.(…) C’est une l’alternative aux pressions économiques du marché de l’édition. Un océan où l’on déniche des trésors. Quant à l’avenir… j’ai du mal à accepter la notion de livre numérique (comme) strict remplacement du livre par un PDF téléchargeable.(…)
Car pour moi, texte en ligne n’est pas synonyme de livre. Je suis très attachée à l’objet, à sa matérialité, à son format, au grain de son papier aux caractères choisis
(…)
Le papier brûle, l’ordinateur plante. J’ai toujours aimé jouer avec le feu.
(…)

Charles Pennequin :

Son blog

(…) ” Internet, c’est comme faire des ronds dans l’eau. (…) “ Internet est le brouillon d’un livre, quelque chose à agencer, à mettre en place, ou à laisser tel quel… C’est comme faire des improvisations chez soi ou des gammes (ou des grimaces devant le miroir !). (…) “ L’écriture est ma seule liberté, c’est ma vie libre. J’ai tout accepté dans la vie pour écrire, c’est-à-dire pour qu’on me foute la paix. “

Bien vu, et notamment par celui qui alimente ce blog, n’ayant ni le talent, ni le temps, ni pour métier d’écrire, et qui cherche par son blog à sauvegarder et à fixer quelque part, les impressions, coups de coeur, réflexions, coups de gueule, et miettes de lectures d’ ici et là, qui ont de l’importance ou de la valeur à ses yeux - et qui en fait ainsi profiter celles et ceux qui tombent dessus par hasard dans une recherche par mots-clés - même s’ils ne sont pas toujours utilisés dans le sens recherché…

Eric Chevillard :

Son blog

(…) ” L’immédiateté de la publication sur un blog est une révolution. Les possibilités d’intervention sont infinies. J’ai toujours pensé que l’écriture était une forme de contre-attaque ou de riposte et ce mode de diffusion permet à la réaction de porter en temps réel.(…)
” Ces petites écritures absolument libres de toute injonction (y compris de la forme) me rendent aussi euphorique que mes premières tentatives poétiques à l’adolescence.
(…)
” J’ai opté pour un dispositif léger que je reconduis chaque jour assidûment : trois fragments brefs à tonalité le plus souvent humoristique, qui peuvent être des micro-récits, des aphorismes, des réflexions diverses, notes ou formules poétiques,
(…) en suivant quelques fils aussi afin que se construise jour après jour un livre, car il y aura un livre.(…)
” I
nternet ne saurait en effet dans l’état actuel des choses se substituer à l’édition traditionnelle. On va lire le billet du jour sur les blogs que l’on suit, mais les archives sont finalement aussi peu visitées que les caves ou tiroirs où elles étaient précédemment stockées. La lecture reste inconfortable.
(…)
” De nouvelles habitudes de lecture s’ensuivront…
(…) De nouvelles pratiques éditoriales aussi verront le jour, c’est inévitable.
Pour moi qui entre dans une papeterie comme d’autres dans une confiserie, en salivant, je ne me lasserai jamais des livre de papier. Je pense qu’il en va de même pour les écrivains de mon âge qui s’aventurent sur Internet. Nous sommes des conquérants exaltés mais déjà nostalgiques du pays natal.”

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Un blog ?

Immédiateté et perennité,
(que reste-t-il quand on a tout tamisé ?)

Intuition et langage,
face à des “excès de réalités”
quand on a la chance de parcourir le vaste monde

Liberté et contrainte,
et choisir de dire, sans jamais dire “je”

Image et texte ,
l’un-e ne remplaçant pas l’autre

Se retirer du monde (voir ceci)
pour mieux l’appréhender

Foutez-moi la paix,
mais j’aimerais quand même vous signaler ceci...
ou encore cela.

Résister au bastringue de la communication ambiante
et courir après les vraies étoiles.

Un blog, c’est, somme toute,
une manière de plaisir dans un environnement de procédures et de charabia
un espace de gratuité dans une société du ” how much ?
un espace de silence où l’on peut poser son propre sens des mots,
et, à défaut, citer ceux et celles qui le disent mille fois mieux qu’on ne saurait le dire.

Si c’est lu, tant mieux ; si ce n’est pas lu, tant pis,
Si ça plaît, tant mieux ; si ça ne plaît pas, tant pis.
Avec tout l’humour que supposent les choses sérieuses.

” Dans le désert,
les mots ont un contours net.”

(Lawrence d’Arabie)

” Le rêve est donné à ceux
qu’une âme vigilante
empêche de dormir. “

(Edmond Kaiser)


Le pouvoir rend con.

19.03.08

Une nouvelle génération de Tibétains, qui ne se satisfait pas d’”attendre Godot” pour voir respectée l’identité du peuple tibétain, se révolte, dans la violence, contre le pouvoir central chinois.

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Et voilà que le gouvernement chinois accuse le Dalaï-Lama d’avoir fomenté ces révoltes violentes : lui qui, depuis plus de 50 ans, prône “urbi et orbi” la non-violence…
Une idée n’a-t-elle pas effleuré ne serait-ce qu’un seul cerveau dans cette Assemblée Populaire ? L’idée, par exemple, qu’il eût été d’une intelligence élémentaire de profiter d’avoir en face de soi un leader non-violent et charismatique, que le monde entier vénère, pour tenter un compromis auquel il faudra bien arriver ?

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G.W.Bush : restera dans l’histoire comme un des chefs d’Etat les plus irresponsables et incompétents que l’humanité ait portés.
Il vient de faire une conférence de presse (ce 19.03.0 8) pour justifier - encore et encore - la guerre en Irak, tandis que son vice-président, l’ineffable Dick Cheney, affirmait avant-hier à Bagadad, que les progrès sur le terrain étaient “phénoménaux”..

Du témoignage de Patrice Claude, correspondant du “Monde” à Bagdad, on a pu entendre ce matin, sur France-Culture, que l’armée américaine a mandaté la (trop fameuse) société privée de mercenaires “Blackwater” pour assurer la protection des personnalités entre l’ aéroport de Bagdad et la fameuse ” zone verte ” au cente-ville.
Distance : 16 kms. La société privée, affirme Patrice Claude, facture la prestation à 7 500 US Dollars (sept mille cinq cents dollars) par personne.
Autrement dit, 5 ans après la chute de Saddam Hussein, et avec 155 000 soldats, l’armée américaine est incapable d’assurer la sécurité de quiconque, sur les 16 kms de route entre l’aéroport et le centre-ville de Bagdad…

Patrice Claude ajoute qu’aujourd’hui, la moitié des enfants en âge scolaire primaire ne vont plus à l’école, que 18 % des femmes irakiennes sont veuves, que le chômage, officiellement affiché à 25 %, est en réalité de plus de 50 % de la population active, que le Premier Ministre irakien se plaint sans cesse que ses ministres, haut-fonctionnaires et députés élus se planquent à Amman (Jordanie) la plupart du temps (sous tous les prétextes possibles et imaginables).
Et surtout qu’il n’est pas exclu que les ” dégâts colatéraux ” de cette guerre sur la population civile aient des conséquences plus graves que celles de l’embargo dans lequel le pays a été maintenu par les Nations Unies pendant près de dix ans.
Nul ne peut dire combien de morts irakiens cette guerre aura fait depuis 2003 (un e étude publiée par le magazine “The Lancet” fait état de 655 000 morts) et les médias américains sont interdits de reportage sur le retour des “body-bags” des 4 000 soldats US morts au combat.

Mais le noyautage des médias est tel qu’on n’en saura rien : l’opinion publique est maintenue derrière ses hublots bien calibrés :

Ce sinistre petit cancrelas de G.W.Bush vient encore de déclarer, dans sa conférence de presse du 19.03.08 , que la situation en Irak était un “succès stratégique majeur”
On en connaît qui auraient dit : ” Casse-toi, pauvre con !” pour moins que ça…

Le même G.W.Bush a tout fait, au fil des huit dernières années, pour torpiller l’action des Nations Unies, et notamment le multi-latéralisme dans le débat sur les droits de l’homme, pour torpiller la Cour Pénale Internationale ; il a refusé une loi sur l’aide à 19 millions d’enfants américains (pour des raisons budgétaires - sic), a explicitement justifié encore récemment l’usage de la torture en mettant son veto à un projet de loi du Congrès.
Il reste 307 jours avant la fin de son mandat, et pour voir disparaître cette tâche noire sur l’histoire et l’idéal américains.

Italie : le candidat Berlusconi (dont la fortune personnelle est estimée à 11, 7 milliards d’euros), lors d’un direct télévisé, a vivement conseillé à une de ses interlocutrices, en situation précaire, d’”épouser un millionnnaire”, protestant ensuite que son humour n’était pas apprécié. Pauvre type…

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Comme disait Edmond Kaiser :

“La peur que les puissants inspirent disparaît dès qu’il est manifeste qu’en réalité, que ce sont eux qui ont peur. Ils ne sont qu’apparatchiks, leur appareil n’est qu’apparat, ils ne sont forts que de leur force. Inversement proportionnelles, en ces combats, la faiblesse du fort et la force du faible.(…)
” Ingérence maximum dans les affaires de l’humanité, sur toute la terre.
Irrespect actif des irrespectables traditionnellement respectés.
(…)
Reprendre à notre humble mesure, notre âme, notre conscience, nos pouvoirs des mains indignes auxquelles nous les avons confiées.
(…)
Notre force, devant ces gens qui détiennent le pouvoir (des mégaphones à kilomètres cubes de baratin), c’est de n’être rien du tout, nous pouvons donc les terroriser.
Car l’attribut essentiel du pouvoir, c’est la trouille. De le perdre.
(…)
En cognant sur la tête des grands, on fait du bois pour les petits.”

Voir aussi ces billets précédents sur ce blog :
” La politique ? un hôpital de fous” (Blaise Pascal)
ou encore
“Le reste muet de la politique” (Michel Foucault)


Encore la Françafrique, dans ses (basses) oeuvres

19.03.08

Mr Paul-Eric Kingué, jeune maire de la commune de Njombé-Penja, près de Douala (Cameroun), élu en juillet 2007, découvre, en prenant ses fonctions en septembre dernier, que les entreprises (PHP, Caplain, SPM), dirigées par des Français et exploitant sur le territoire de sa commune (bananeraies, plantations,etc…), ne paient aucun impôt, ni taxe d’aucune sorte depuis 30 ans.

Après avoir écrit au Premier Ministre, il reçoit de la Direction Générale des Impôts, le 3 décembre 2007, la confirmation du “bien-fondé de sa requête“. Laquelle Direction notifie aux entreprises concernées les rappels en conséquence.
En conséquence de quoi … les patrons français téléphonent au jeune maire pour le menacer, l’un “d’avoir(sa) tête à coups de millions”, et l’autre “de le faire assassiner ou (sic) emprisonner, après l’avoir fait déposer de ses charges de maire.”

Mais curieusement, après le séjour des expatriés de la bananeraie à Yaoundé, je me suis surpris en train d’être appréhendé comme un chef de gang devant mes populations par des militaires et gendarmes, transportés dans six camions (Armée de terre) et 12 pick-up (de la Gendarmerie).”

Entendu par le Procureur de la République de Nkongsamba, il est suspecté de ” complicité de pillage en bande et incitation à la révolte “.
Pas d’avocat, pas de droit à la défense, pas de mise en examen… Sa maison a été perquisitionnée le 1er mars 2008 en son absence (ce qui est illégal), il a été incarcéré, sans droit de visites, et privé d’eau, de nourriture ainsi que de toute communication avec sa famille.

Il est vrai que ces évènements ont coïncidé avec les émeutes qui se sont déroulés dans le pays entre le 25 février et le 10 mars, troubles liés à l’augmentation du coût de la vie et qui ont entraîné des pillages.

Ce jeune maire, militant du “Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais” (parti gouvernemental) a donc dû affronter cette situation, 6 mois après sa prise de fonctions.
Il a réussi à calmer les groupes de jeunes révoltés, ce qui lui a valu les félicitations du GMI (Gendarmerie) de Douala, ” pour le courage et et le rôle que j’ai joué pour maîtriser la fureur des jeunes en colère” sur sa commune.
Je me vantais d’ailleurs d’avoir ramené le calme dans ma localité dès le 27 février, alors que les autres villes étaient encore au fort de la crise.

Du fond de sa cellule, Mr Kingue écrit donc au Président de la République du Cameroun.

On peut lire l’intégralité de la lettre de Mr Kingue au Président de la République camerounaise (dont les citations ci-dessus sont extraites) sur les sites suivants :

20mai.net : “La tribune du peuple camerounais
allafrica.com
cameroon-one info

Sans prétendre - à 8 000 kms - connaître tous les éléments de la situation locale, mais connaissant - ô combien - l’attitude fréquente des Français résidant en Afrique “ pour affaires “, on pourrait fort bien se retrouver devant une situation assez analogue à l’attitude néo-coloniale des responsables de l’Arche de Zoé au Tchad : ” en tant que Français, on fait ce qu’on veut, quand on veut, en Afrique, et tous les moyens sont bons.”

Ces entreprises salarient leurs employés au tarif de 15 000 à 25 000 Fcfa par mois,
soit entre 25 et 40 euros par mois.
Sans payer d’impôts ni taxtes depuis 30 ans, bien entendu.
Et après on s’étonne :
- de l’absence de services publics de base dans les communes rurales africaines,
- de l’exode des jeunes vers les villes, puis sur des bateaux pourris où ils savent qu’ils risquent leur vie en essayant de rejoindre l’Europe.

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On ajoutera cette note, du 28 janvier 2008 (et donc sans lien possible avec les émeutes) publiée dans Libération Afrique ” :

” La situation dans la zone de Njombe-Penja est préoccupante. Le coin, réputé autrefois pour la fertilité de ses sols, la richesse de son tissu économique, ploie aujourd’hui sous le joug de la pauvreté. Pire il est en passe de devenir un bastion de la pollution dans le paysage économique camerounais. Le ” mérite ” en revient à un géant industriel, la société des Plantations du Haut-Penja, ne abrégé PHP. Cette multinationale française se livre depuis le début des années 1990 à la culture intensive de la banane dans la région. Après plus d’une décennie d’exploitation, le bilan de l’entreprise se chiffre en pollution, malversations et exactions de toutes sortes.”

Franchement,
qui est vraiment auteur de “complicité de pillage en bande et d’incitation à la révolte ” ???

Sans oublier tous les discours sur la ” coopération “win-win(gagnant-gagnant), la ” bonne gouvernance” , la transparence des investissements, la protection de l’environnement, et tout le charabia des leçons faites à la jeunesse africaine.

Un jour, ils nous foutront dehors
et on l’aura bien cherché.

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PS : Si les entreprises nominativement mentionnées dans ce billet - et qui sont explicitement citées dans le courrier du Maire au Président de la République camerounaise, courrier largement diffusé sur Internet - souhaitent réagir à ce billet, c’est bien volontiers que nous ajouterons leur point de vue à ce billet.
Argumentation solide, s.v.p.

Voir aussi les billets précédents de ce blog sur ce thème :

” L’Afrique pillée de tous les côtés ”
ou encore :
“Arche de Zoé : la désobéissance civile par le mensonge ?”
ou encore :
” Des rats dans la Françafrique “
et enfin :
” Loi africaine sur l’immigration des ressortissants français “


David Grossman : écrire pour survivre

15.03.08

Lors de “Matins de France-Culture” (14.03.08), dialogue entre Ali Badou et David Grossman, écrivain israëlien, (avec interprétation simultanée) , après la parution de son dernier livre “Dans la peau de Gisela” (Seuil) où il analyse les liens entre politique et création littéraire. Transcription d’un extrait de l’interview :

” Vous venez au Salon du livre pour rencontrer des lecteurs ? Parler de vos romans ? Donner envie de lire ?”

” En général, quand un écrivain vient d’Israël, on parle directement avec lui de politique, mais nous, les écrivains, nous voulons raconter une histoire, essayer de raconter une bonne histoire, et même dans un certain sens, que nous surmontions la situation de violence, la situation qui, comme un récit, dévore le corps et l’âme. Ecrire sur les choses, ce qu’on a pas le temps de faire d’habitude lorsque la guerre se déroule…

“Quelles choses ?…”

” Eh bien, personnellement au cours des dernières années, je ne voulais pas que ” la situation ” fasse disparaître les choses importantes, les relations entre parents et enfants, les relations entre homme et femme, etc (…)
Principalement je voulais tourner le dos à la violence, aux craintes, aux peurs, essayer de trouver une voix intérieure, personnelle, apaisée. Et c’est parfois effrayant, car il y a tellement de violence et de sang autour de moi … m’enfermer dans une pièce et d’écrire sur les choses les plus intimes de la relation familiale, ce qu’est d’être un enfant, ce qu’est d’être un parent… et pour moi écrire a toujours été une façon de respirer mon propre être, dans une situation où l’air est vraiment très mauvais. Dans une situation où il y a des problèmes de langue … et même en tant que citoyen, j’ai des problèmes de langue, parfois…

” Des problèmes de langue, comme citoyen ? Expliquez-nous ça…”

” Je pense que la première chose que les institutions, l’armée, le gouvernement, le judiciaire, la première chose qu’elles prennent en main, c’est la langue, qu’elles déforment, et au lieu d’utiliser une langue qui décrit la réalité, elles créent une langue qui sépare le citoyen de la réalité.

” C’est partout, dans toutes les zones de guerre … il y a création d’une langue dont le rôle est de cacher l’horreur, parce que la majeure partie des citoyens sont des gens moraux : il savent très bien au fond d’eux-mêmes lorsqu’ils font des choses qui ne sont pas bonnes, et ces grandes institutions tentent de les protéger ou de leur cacher ce qu’ils font, et donc elles fabriquent, elles créent une langue, dont le but est de permettre aux citoyens de vivre en paix avec les choses les plus horribles.

Je crois que le rôle de l’écrivain est d’appeler les choses par leur nom, de ne pas utiliser de slogans ” collés “, de ne pas se soumettre aux clichés, parce que si on parle par clichés, finalement on ne dit rien, et celui qui écoute n’entend rien non plus : on échange entre soi une monnaie que tout le monde accepte mais qui veut dire finalement : ” on ne va pas en parler “. Et donc j’espère que chaque fois que j’appelle les choses par leur nom, par leur prénom…quand j’ai écrit ce livre, ou cet article, j’ai soudain senti que je cesse d’être une victime de la situation, senti que j’ai une liberté face à la réalité.

Une des libertés, un des droits que nous avons, c’est d’écrire par nos propres mots la tragédie dans laquelle nous sommes. Si nous faisons ainsi, nous cessons d’être des victimes.

Ne pas être victimes dans la situation où nous sommes, c’est quelque chose de très important. Lorsque c’est vraiment quelque chose de terrible, à laquelle nous nous soumettons tous, le fatalisme, nous, les Israëliens et les Palestiniens, le sentiment qu’il n’y a rien à faire pour changer, que nous sommes condamnés à vivre et à mourir par l’épée, et jusqu’à la fin des temps.

Alors, j’écris… il y a une alternative : quand je crée un personnage, je sens soudain combien il y a de possibilités, de possibles : choisir entre ceci et cela… me tourner vers celui-ci ou vers celle-là… Là véritablement, l’utilisation d’une langue fine, détaillée, me montre à quel point il y a d’autres dimensions possibles, à quel point je ne suis pas condamné à être enfermé dans une situation.

Je dois vous dire que lorsque je le fais, lorsque j’écris ainsi, lorsque je sens que j’écris correctement, soudain, je sens que je respire des deux poumons, je ne suis pas contracté, je ne suis pas handicapé, et comme je l’ai dit, ne pas se ressentir comme victime, sentir que j’ai une possibilité de changer mon destin, qu’il y a une alternative à la situation. C’est la meilleure des choses qu’on puisse se souhaiter dans la situation actuelle.”

Pas de commentaires sur un discours qui se suffit à lui-même.

Voir un billet précédent de ce blog : “Quand les écrivains écrivent sur l’écriture” .


Commerce des armes : des statistiques effarantes

15.03.08

Sur ce site, on peut prendre connaissance
des informations suivantes :

16 milliards de munitions sont produites chaque année, soit plus de 2 balles pour chaque homme, femme ou enfant sur la planète.

60 % des armes légères sont entre les mains de civils et plus de 80 % des armes légères illégales proviendraient au départ d’un commerce reconnu par les Etats.

Un tiers des pays du monde consacre plus d’argent aux dépenses militaires qu’aux dépenses de santé.

Les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies sont responsables de deux tiers des exportations d’armes conventionnelles dans le monde.
Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni dégagent des exportations d’armes un revenu supérieur à celui de l’aide qu’ils ont versés aux pays acheteurs.

L’Indonésie, deuxième destinataire au monde de l’aide étrangère, dépense pour ses forces militaires, presque le même montant que les fonds reçus au titre de l’aide internationale.

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Voir aussi un billet précédent :
” Faire son beurre sur les canons “ 


Le MODEM, arbitre avec la balle au centre ?

11.03.08

Il vaut mieux s’abstenir totalement des médias dans les 24 heures qui séparent les résultats d’une élection municipale ou législative, de la date-limite à laquelle les alliances se marchandent pour le deuxième tour.

Un candidat MODEM s’allie avec un candidat UMP, probable vainqueur à Toulouse, “pour ne pas rester spectateur pendant 6 ans”. Une autre candidate MODEM, à Paris, se plaint du refus d’alliance du candidat socialiste.
A priori, c’est à pleurer : on donne l’impression qu’on penche du côté qu’on va tomber, c’est-à-dire du côté où la soupe est bonne.

Changeons de lunettes : ne serait-ce pas le prix à payer pour la démocratie dont une des difficultés - contradictions ? - est de dégager une majorité tout en veillant à respecter la diversité des sensibilités et des opinions des électeurs ?

Le MODEM est dans sa logique de ne pas donner de consigne nationale de ralliement d’un côté ou de l’autre, ayant proclamé quotidiennement pendant la campagne présidentielle que l’affrontement gauche-droite ne pouvait constituer les seules alternatives, et que l’intérêt public suppose de “chercher les meilleurs là où ils sont, et de quelque côté qu’ils viennent“. Et il y a autant d’excellent-e-s maires à gauche qu’à droite…

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La lecture - par hasard - d’un article dans le “Monde” (21.02.08, page 24) donne un éclairage discret mais plus fin sur les ré-a-li-tés de la gestion de l’intérêt public.
Extraits des pages spéciales sur les municipales à Dijon, dont l’interview du maire socialiste F.Rebsamen (avant sa ré-élection de dimanche) :

” On dit que les clivages gauche-droite s’affaiblissent. Ce n’est pas seulement l’affaiblissement des idéologies. C’est aussi parce que 80 % des communautés d’agglomération sont co-gérées par la droite et la gauche. Et comme cela fonctionne, cela a un impact sur les gens. (…)
Dans un conseil municipal, on peut imposer le fait majoritaire. Les minorités ne sont là que pour des questions de transparence. Au fond, on peut être dans une démocratie assez brutale.”

Tout l’inverse, selon lui, d’une structure intercommunale, amenée à fonctionner, “ à l’européenne “, par négociation, par “ consensus “. Des élus de droite, du centre, de gauche ou de nulle part doivent s’entendre pour défendre les mêmes projets. Et fermer la porte au vieux clivage gauche-droite, même si celui-ci revient parfois par la fenêtre.

En moins de dix ans, depuis l’adoption, en 1999, de la loi sur l’inter-communalité, le pouvoir a changé de mains. ces communautés “ urbaines ” ou de “ communes” ou d’” agglomération ” ont pris le relais des villes dans l’organisation et la gestion des transports, de l’environnement, du logement ou de l’aménagement,(…) des questions universitaires et de développement économique.

Avec un paradoxe toujours latent : les compétences de ces assemblées s’étendent alors que leurs membres ne sont pas élus au suffrage universel direct, mais désignés par leurs conseils municipaux.” Dans les négociations pour constituer des listes, les postes de vice-président du “Grand Dijon” sont aujourd’hui très demandés “, sourit F.Rebsamen. A droite comme à gauche.”

Comme une étrange impression suinte de ces commentaires : comme si le débat démocratique et médiatique avait pour but de canaliser la violence intrinsèque de toute société, dans un “bal des faux-culs”toujours renouvelé, en la noyant dans les campagnes de communication et les “storytellings” des uns et des autres, alors qu’en réalité, la véritable gestion se fait au niveau d’une forme de “coopération”, moins visible, moins spectaculaire, mais plus efficace, qui n’empêche pas la confrontation, avec la contrainte du compromis.

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C’est comme s’il fallait une bonne pièce de théâtre pour qu’ensuite tout le monde se retrouve autour de la table.

Dire cela, est-ce avoir perdu une occasion de se taire ?
Ou “est-ce ainsi que les hommes vivent ?


Faire son beurre sur les canons

10.03.08

Extrait de l’intervention de Gérard Chaliand à un Colloque sur les compagnies militaires privées, organisé par le Comité International de la Croix-Rouge à Paris en février 2008.
Voir la vidéo sur un billet de l’excellent blog “L’humanitaire dans tous ses états.”

Pourquoi est-ce que ces compagnies sont nées ?

Elles sont nées d’abord du fait que la guerre froide se terminant, il y a eu une réduction des forces armées ; deuxièmement il y a eu un effondrement, entre 1950 et 1985, de la démographie chez les Occidentaux et il a donc fallu en quelque sorte recourir à des gens capables de se substituer aux armées régulières et en même temps de ne pas être toujours sous le contrôle du Congrès, en ce qui concerne les Etats-Unis, ou, pour les Britanniques, de ne pas être cités au Parlement.
(…)
Si on prend le cas de l’Irak, aujourd’hui tout groupe ou tout mouvement, quel qu’il soit, qu’il s’appelle Blackwater
(ou autres), est partie prenante de cette guerre, c’est à dire qu’on estime à 180 000 hommes minimum le nombre des troupes privées qui participent de la guerre d’Irak, qui fait qu’il y a 350 000 hommes, de facto en Irak, et non pas 160 000 hommes des troupes régulières.

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(…) ” Je signale aussi que les pertes de ces compagnies privées ne figurent pas dans les pertes américaines, ce qui diminue l’impact de l’image des cercueils qui fragilise le Président Bush .
C’est très important vis à vis de l’opinion publique qu’ils ne fassent pas partie des 4 000 morts.

Il est intéressant de noter que les blessés ne sont plus signalés ; pourtant on disait toujours “morts et blessés“… ce qu’il fait qu’il y a en Irak, sans parler des compagnies privées, environ 40 000 hommes hors de combat. Si on ajoute les “morts discrètes” de ces compagnies privées, on peut certainement arriver à des chiffres infiniment plus importants, que nous apprendrons bientôt lorsque le nouveau président sera élu.
Le gouvernement irakien n’a aucun regard sur ces compagnies, parce que Mr Paul Bremer, dans sa Constitution, ne l’a pas inscrit.

Ces compagnies privées ne sont d’ailleurs pas complètement privées, elles sont toutes ” para-étatiques “, c’est-à-dire que ces gens-là obtiennent le feu vert du Pentagone : il n’y a personne, dans ces “ nouveaux mercenaires “, qui travaille contre son propre Etat.

On est donc dans un système nouveau où il y a une considérable latitude, pour faire des choses, légales ou non-légales, y compris en dehors du fait de combattre, la privatisation de ” la question “, c’est à dire que la prison d’Abou-Graïb était dirigée en partie par des compagnies privées qui “torturaient de façon privée“, si je puis dire, et qui font tout un tas de ” travaux ” auxquels les armées ne sont pas tenues de participer. Ce sont tous des professionnels de la guerre, puisque ce sont des anciens militaires, ou d’anciens policiers (de différentes nationalités).”

Source photo des vétérans des guerres du Vietnam et d’Irak qui s’engagent comme mercenaires.

On ne sait donc qu’une petite partie de ce qui se passe réellement “ sur le terrain ” ou ” sur site ” (termes bizarrement communs aux militaires et aux humanitaires…)

Comme disait Napoléon dans la bulle d’un dessin humoristique paru dans “The Independant” pendant la guerre de Bosnie (1995) : ” Si j’avais eu vos médias, personne n’aurait entendu parler de Waterloo.”

Consulter le document officiel des Nations Unies intitulé : ” L’utilisation des mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.”

Ou encore : ” Activités non-règlementées des sociétés militaires et de sécurité privés, source de préoccupation majeure, selon un Groupe de Travail des Nations Unies. (10 mars 200 8)