Les pelleteuses entrent en scène

Sur la Place d’Octobre, à Minsk, cette nuit, les pelleteuses ont chassé les manifestants qui s’obstinaient contre le résultat de l’élection présidentielle en Biélorussie. Des gens déterminés à couler leur avenir dans le marbre de l’Europe.

La détermination des peuples de l’Est qui aspirent à rejoindre l’Union Européenne (UE) n’a pourtant d’égale que le scepticisme grandissant des peuples des Etats membres. Faut-il que leurs souvenirs de l’ours russe et la peur de son réveil soient forts pour que le rêve soit encore intact. L’Europe politique est, depuis quelque temps, réduite aux acquêts du Marché Unique, aux batailles de polochon de milliardaires qui jouent quotidiennement des milliers d’emplois à la Bourse (on a le tiercé de ses moyens) et aux Sommets d’insignifiance.

On n’a d’ailleurs toujours pas compris comment l’élargissement à 10 nouveaux pays membres a pu se faire avant que la Constitution soit adoptée… L’ouverture des nouveaux marchés était probablement plus urgente que la « formalité » du projet constitutionnel.

Lors d’une pérégrination de l' »Abrincate » en Hongrie, en 2005, rencontre avec un jeune guide hongrois de la Grande Synagogue, s’exprimant dans un français impeccable :

Question :  » Le peuple hongrois a voté à 85% pour l’adhésion à l’UE : comment se fait-il que nombre de librairies de Budapest affichent encore en vitrine des cartes de la Grande Hongrie ? »

Réponse :  » Les nationalistes hongrois représentent moins de 5 % de l’opinion publique… Soit dit en passant, quels sont les pourcentages de Le Pen aux élections françaises ?….

La Hongrie d’aujourd’hui ? Que penseriez-vous d’un Traité, signé à 2000 kms de Paris au 20 ème siècle, qui aurait décrété, d’un coup de crayon, que la France se réduirait désormais à « l’Ile-de-France et aux Pays de Loire « ?

De toute façon, pour nous, l’Europe dans laquelle nous entrons sera celle des régions et, avec l’ouverture des frontières, nous retrouverons nos frères hongrois de Roumanie et des autres pays voisins. »

Le sentiment national n’est pas nécessairement le nationalisme. Mais ce sentiment, comme tous les autres, les souvenirs historiques, les peurs, les rêves, les espoirs sont « le bois dont les peuples sont faits ». Les gestionnaires de l’UE y sont totalement étrangers, trop occupés par la taille légale du Camembert, et par le Monopopy des OPA, et autres OPE.

Les peuples ont besoin d’une vision collective : à l’ouest, la nouvelle génération ne ressent pas la nécessité de l’Europe de la même manière que les générations précédentes. Que dit-on aux jeunes de la plus-value de l’Europe pour leur avenir ?

A Paris, les pelleteuses évacuent les voitures brûlées. A Minsk, les pelleteuses évacuent les jeunes pour qui l’Europe, c’est l’avenir. Où est le malentendu ?

Est-ce que – comme d’habitude – le changement viendra de l’Est ?

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