De Calcutta à St Petersbourg … et retour.

En ce week-end de Pâques, l’« Abrincate«  est pris dans la « pétole » (dans l’argot des navigateurs : une mer d’huile sans vent). L’immobilisme forcé incite l’esprit à prendre de l’altitude et à vagabonder dans les souvenirs d’escales antérieures.

Pourquoi donc deux villes aux antipodes historiques, culturelles et climatiques, surgissent-elles subitement dans des associations d’idées et d’images inattendues ?

A y regarder de plus près :

Calcutta (aujourd’hui Kolkata), fondée en 1699, autour du Fort William, devient la capitale du Bengale, puis, de 1858 à 1912, capitale de l’Empire britannique des Indes.

St Petersbourg (ancienne Léningrad), fondée en 1703 autour de la Forteresse de Pierre-et-Paul, devient en 1712 la capitale de l’Empire Russe, jusqu’en 1918.

Dans les deux cas, exactement trois siècles d’existence, dont le statut de capitale d’Empire, pendant une cinquantaine d’année pour Calcutta et presque un siècle pour St Petersbourg.

Dans les deux cas, la même « impérieuse » – et impériale – nécessité d’ouvrir l’accès aux océans par la création d’un nouveau port, indispensable à l’extension de l’empire.

Dans les deux cas, une véritable folie de vouloir fonder une ville sur des zones marécageuses plus qu’inhospitalières, au prix de la vie de dizaines de milliers d’ouvriers dans le cas de St Petersbourg, et de milliers d’Indiens et de colons ou soldats britanniques, victimes de la malaria, dans le cas de Calcutta.

Dans les deux cas, un ensemble architectural spectaculaire, nourri d’apports extérieurs éclectiques, selon le bon plaisir de pouvoirs monarchiques absolus : le « Palais d’Hiver » pour St Petersbourg et le « Victoria Memorial » à Calcutta.

Dans les deux cas, la guerre : le « blocus de Léningrad » qui dura 900 jours pendant la Deuxième Guerre Mondiale, et fit plus d’un million de morts – de faim. De son côté, Calcutta fut un des hauts lieux de la guerre d’indépendance contre le pouvoir colonial britannique.

Dans les deux cas, une ode à la lumière, celle des nuits de juin à St Petersbourg, et Calcutta, ville-phare d’un « Empire britannique sur lequel le soleil ne se couche jamais ».

Dans les deux cas, un rayonnement intellectuel, artistique et historique d’exception, à des époques où l’on goûtait déjà les joies et ambitions de la mondialisation des idées, des techniques et des arts.

A Calcutta, Râbrindranâth Tagore recevait le Prix Nobel de Littérature en 1913. Quatre décennies plus tard, Gandhi aux pieds nus mobilisait les âmes de l’indépendance : « Coupez-moi la main, je ne lâcherai pas ce sel… ».

A St Petersbourg, Dostoïevski et Pouchkine (dont la mère était éthiopienne…) cristallisaient l’âme russe. Plusieurs décennies plus tard, Lénine gravissait l’Escalier des Ambassadeurs du Palais d’Hiver.

Les divagations de la navigation ouvrent des horizons surprenants …

Publicités

2 Responses to De Calcutta à St Petersbourg … et retour.

  1. […] Intuition et langage, face à des “excès de réalités” quand on a la chance de parcourir le vaste monde […]

  2. […] PS No 1 : Sur les surprenantes analogies entre les histoires respectives des deux villes Calcutta et St Pétersbourg, voir le billet précédent de ce blog :  » De Calcutta à St Pétersbourg …et retour «  […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :