Tous à Nuremberg le 11 juin 2006…

« Le philosophe Günther Anders (1902-1992) en était convaincu : notre époque se définit désormais par le fait que l’humanité peut se liquider elle-même à tout moment. (…) Dans « La Menace nucléaire » (Ed. Le Serpent à Plumes), l’auteur développe ce qui deviendra le centre de son oeuvre : comment faire en sorte que le monstrueux cesse de se reproduire sous des formes toujours nouvelles ? Cette hantise l’amènera, dès 1959, à soutenir que nous sommes « la première génération d’opposants à la fin du monde » et qu’il suffirait qu’un petit Hitler se hisse à la tête d’un Etat périphérique pour acquérir « la toute-puissance de faire chanter les autres Etats » (…) Pour l’auteur, qui ne cesse de fustiger « notre paresse face à l’Apocalypse », le monde dans lequel Auschwitz et Hiroshima furent possibles n’est pas derrière nous. C’est celui qui tend à nous transformer en rouages de la mégamachine et à nous faire perdre tout sens de l’humain. D’où sa fameuse thèse du « décalage prométhéen » : (…) nous devenons de moins en moins capables de concevoir ou d’imaginer ce que nous réalisons et produisons par la technique. Or, ce hiatus constitue « la scandaleuse absence d’essence de l’homme d’aujourd’hui », son état d’irresponsabilité et ce pour quoi il risque de devenir dangereusement « obsolète ». En cela ces pages doivent surtout être lues comme un appel à la résistance ».

(« Le Monde des Livres », 21 avril 2006, p.10 – A.Laignel-lavastine)

Le président iranien déclare depuis plusieurs mois qu’« Israël doit être rayé de la carte », que « la Shoah est une fiction », tout en annonçant « la conexion de 164 centrifugeuses » pour produire l’uranium nécessaire à l’énergie nucléaire, sans pour autant autoriser qui que ce soit à contrôler qu’il ne s’agit pas de la construction d’armes nucléaires (soit dit en passant : comment prouve-t-on que quelque chose n’existe pas ?). On se rappellera utilement ce qui disait Raymond Aron du nazisme (« quand l’homme veut jouer au loup, il peut faire pire ») et du stalinisme (« qui veut faire l’ange fait la bête »).

Le pire n’est jamais sûr. Mais dans la partie de poker-menteur qui se joue en ce moment, il n’est pas exclu qu’après avoir mis le feu, sous prétexte d’idéologie à forte puanteur de pétrole, Georges W.Bush, pompier-pyromane (ou plutôt l’inverse) ne réussisse, lui aussi, à « nous transformer en rouages de (sa) mégamachine » : si le pire se produit, toute l’humanité éprise de vie et de liberté n’aura pas d’autre survie que de se ranger sous son oriflamme.

Qui disait : « L’Histoire nous apprend que…l’Histoire ne nous apprend rien » ?

Lorsqu’en 1940, les soldats de l’armée nazie bivouaquaient dans les jardins de Normandie, il n’y avait plus de débats possibles sur les avantages et les inconvénients de la Collaboration. Et même au prix de bombardements inouïs des villes normandes et de milliers de victimes dans la population civile française, les soldats américains, britanniques, canadiens, australiens – et quelques soldats français, tout de même – ont été de vrais libérateurs en 1944.

Le présìdent iranien réussira-t-il à faire passer dans l’Histoire le président Georges W.Bush pour un prophète de la survie de l’humanité ?

Toujours-est-il que, dans l’immédiat, ce même président iranien annonce sa venue le 11 juin prochain pour soutenir son équipe nationale dans la Coupe du Monde de football – et qui plus est, à Nuremberg, ce qui ne s’invente pas.

Y aura-t-il un milliard de téléspectateurs devant la télé ce jour-là, ou bien un million de manifestants contre lui dans les rues de Nuremberg ?

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2 commentaires pour Tous à Nuremberg le 11 juin 2006…

  1. Sulliman dit :

    Au-délà des paroles, regardons les faits:
    Qui raye qui de la carte ? en 1948, l’ONU a créé deux Etats en Palestine : Israel et Palestine. Où est la Palestine ? Rayée de la carte.
    Génocide nazi : le président iranien ne dit pas que c’est une fiction, loin de là, il conseille aux européens de faire travailler leurs historiens plutôt que de s’enfermer dans l’auto-censure (vérité historique).
    L’Iran respecte le TNP, le droit international et, conformément à la charte de l’ONU, a le droit de développer l’énergie nucléaire.
    On ne peut pas en dire autant des Etats-Unis ni d’Israël !
    Quant à Bush, ce n’est qu’un fou de guerre.

  2. grellety dit :

    Vous avez bien fait de signaler cette remarquable note. Evidemment, Bush ne me semble nullement être le Prophète de notre survie, mais le collaborateur actif de la machine de guerre manichéenne-gnostique contre la vie – car les Etats-Unis sont tout de même la première puissance nucléaire, et forcément le pays le plus dangereux. Dans un roman de Stephen King, « Dead Zone », qu’un célèbre film a mis en image, un extralucide découvre qu’un candidat à la Présidence des Etats-Unis est un dangereux malade mental qui souhaite surtout, le jour où il le pourra, enclencher le feu nucléaire. Malheureusement ou heureusement, nous, nous n’avons pas besoin d’extralucide pou savoir que ces deux Présidents représentent des dangers pour les peuples du monde. Il faut donc travailler à les mettre en cause tous les deux, autant que possible, surtout que vous avez remarqué l’apathie des peuples…

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