Disparition d’enfants, par centaines, en Europe

Dès qu’un enfant, dans nos villages, disparaît sur le chemin de l’école, l’alerte immédiate est générale – à juste titre – dans les médias, chez les autorités, avec diffusion de la photo de l’enfant aux frontières, dans les commissariats, chez les commerçants,etc.

Il y a cependant une catégorie d’enfants qui, en Europe, disparaissent par centaines sans que cela n’émeuve personne : l’O.N.G. irlandaise « Irish Refugee Council » vient de lancer une alerte le 27.04.06 concernant la disparition de 260 mineurs étrangers en demande d’asile, des institutions publiques où les autorités les avaient placés.

Invraisemblable ? Non, car plusieurs pays attestent, parfois même avec des statistiques officielles, de la réalité de ce scandale, dans plusieurs pays de l’Union Européenne (Autriche, Grèce, France, Espagne,etc)

Des mineurs étrangers « non-accompagnés » sont placés dans les institutions publiques, d’où ils disparaissent, soit par fugue, soit parce qu’introduits dans le pays par des réseaux familiaux ou de trafiquants, ils sont récupérés par ces derniers, à la faveur du caractère ouvert ou semi-ouvert de ces institutions, et en général au cours de la procédure administrative d’asile. Certains d’entre eux disparaissent tout simplement après un refus des autorités de leur attribuer le statut de réfugié. Réaction des autorités ? « Dossier clos » (ouf).

C’est tout de même un comble que dans un monde alerté dans les 24 heures de la détection d’un canard victime de la grippe aviaire sur une plage du Sri-lanka, on s’accomode de la disparition de centaines d’enfants à nos portes… Va-t-il falloir mandater l’O.M.S. pour retrouver ces enfants ?

« Evidemment « , ce sont des étrangers (et alors ?), des mineurs qui n’ont pas, selon leur âge et leur maturité, les capacités de s’exprimer, de comprendre tous les éléments de procédure, de se défendre, et donc dociles et exploitables à volonté. Personne ne les réclamera, d’autant plus qu’il est souvent difficile de connaître leurs identité et âge réels: leur placement coûte cher, et finalement tout le monde est soulagé de les voir disparaître de la circulation.

On en vient à se demander si le meilleur moyen de faire disparaître des enfants est de les placer dans les institutions publiques chargées de les accueillir… Le pire n’est pas toujours sûr – mais le pire est possible. Certains mineurs tentent leur chance dans un pays voisin, d’autres survivent quelque temps dans la clandestinité. D’autres…

Nous vivons dans un contexte mondialisé, où tout est fait pour faciliter la circulation des biens et capitaux, où l’on ferme, même pour quelques minutes seulement, un tronçon d’autoroute pour un transfert important de fonds, mais où l’on s’accomode de la disparition de centaines d’enfants qui dérangent tout le monde, ce dont personne ne se plaindra, sous prétexte qu’on ne peut pas à la fois demander une sécurisation maximum et refuser leur incarcération – tout aussi inacceptable.

Des pistes sont pourtant possibles :

Il est urgent d’instituer un statut européen de mineur non-accompagné qui enclanche immédiatement une procédure de protection systématique, ce qui est une obligation légale des Etats qui ont ratifié la Convention relative aux Droits de l’enfant ;

Les institutions de placement doivent être conçues et adaptées à ce genre de situation spécifique, avec un personnel formé à l’accueil, au suivi et à la réhabilitation de ces mineurs.

Il n’y aura jamais de garantie absolue contre les fugues, et il est clair que l’optique de travail doit inclure la possibilité de retour dans le pays d’origine. Mais devant cette situation intolérable – déni de réalités – l’Etat, s’il ne peut avoir l’obligation de résultats, a cependant l’obligation de moyens.

Et dans cette Europe qui porte haut et fort, urbi et orbi, l’oriflamme des droits humains et des droits de l’enfant, tout vaut mieux que ce « lâche soulagement ».

Si les Etats ne veulent pas reconnaître cette réalité, ni le fait que l’absence automatique de statut de protection crée les conditions de l’exploitation clandestine de ces mineurs – parce qu’ils n’ont pas le choix – faudra-t-il aller jusqu’à engager une procédure pénale internationale pour y parvenir ?

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One Response to Disparition d’enfants, par centaines, en Europe

  1. […] – ne pas savoir où sont passés les centaines d’enfants disparus des institutions où ils ont été placés en Europe par les autorités publiques ? (voir le billet de ce blog consacré à ce problème) […]

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