De mes yeux vu (3)

Ethiopie : sous le régime de Menguistu, arrivée à Addis-Abeba. Sur la route de l’aéroport vers le centre-ville, un immense panneau rouge avec lettres noires :  » Ethiopia shall be the country of heavy industries » (« L’Ethiopie sera le pays des industries lourdes »).
Hôtel : monacal, mais propre.

Dans les rues, des Blancs marchent la tête basse. Ce sont les coopérants soviétiques – parce qu’ils n’ont pas de voitures. Un Blanc d’Europe occidentale se déplace toujours en voiture.

Dans les ministères, une posture générale vis-à vis de l’Européen de passage : la fierté (« Nous n’avons connu que quelques années de colonisation italienne« ), mais une rectitude et un sens très développé – éminemment appréciable – de la dignité qui suppose la réalisation millimétrique des engagements pris avec l’étranger.

A 400 kms au nord de la capitale, traversé des paysages époustouflants de beauté naturelle – dont un col à 4000 mètres.

Arrivée à Dessié, pour cause de prise d’otages d’occidentaux par les milices tigréennes dans un village à 30 kms au nord de la ville. Accueil froid mais direct des autorités : « Vous devez vous présenter chaque matin et chaque soir au commissariat de police le plus proche de votre hôtel ».

Arrivé au village en question, une scène étonnante : des dizaines de paysans alignés, en haillons, parfois pires que maigres, viennent déposer, un par un, les armes dont ils disposaient à domicile. Certains viennent déposer des lances…

Accueil par les villageois qui ont vu partir les occidentaux avec les Tigréens, tôt un matin, pour les « évacuer ». Larmes des villageois à l’arrivée d’un étranger. On discute des dispositions à prendre : un ouvrier, de grande taille, le regard fier, n’est pas d’accord sur une mesure de sécurité :  » Monsieur, ici, vous n’êtes pas en Afrique du Sud »…Bon.

Retour à Dessié. De la fenêtre de l’hôtel, vision … forte d’un alignement d’une centaine de jeunes garçons, certains visiblement mineurs, entourés par des soldats qui les ont sorti de chez eux ou cueilli à la sortie de l’école. Embarquement immédiat dans les camions pour combattre les Tigréens. Le gérant de l’hôtel, discrétement :  » Beaucoup vont mourir : la règle est que s’ils sont blessés, ils sont abattus pour éviter qu’ils ne soient faits prisonniers, afin qu’ils ne parlent pas. »

Un mois d’attente. Visite régulière des ministères, à l’affût de millimétres d’informations sur les otages. Puis un coup de téléphone .  » Ils arriveront après-demain à 18 heures à l’aéroport d’Addis ». Aucune autre information sur d’éventuelles négociations : on ne saura rien – ce qui s’appelle « rien ». Retrouvailles évidemment émouvantes. Téléphones aux familles. Départ pour l’Europe sur un vol Lufthansa. Le pilote les installera en première classe, pour éviter tout contact avec les journalistes qui resteront en « classe bétail ».

A l’aéroport, avant d’embarquer, une des otages, très joyeuse et dynamique depuis sa libération, passe le cap du contrôle de son passeport et subitement, dans les 10 secondes qui ont suivi le contrôle, s’effondre dans une crise de larmes en criant : « C’est fini« .

Ne pas juger l’état psychologique réel d’un-e otage sur le ton employé lors des retrouvailles ou pendant ses interviews à son retour.

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One Response to De mes yeux vu (3)

  1. diane dit :

    je pensais que le message du bangladesh était plus récent….RDV sur le message précédent

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