Les arts de l’immigration choisie (Musée du Quai Branly)

Arts « primitifs » ? Non, car l’adjectif suggère un jugement de valeur péjoratif.

Arts « premiers » ? Non, car cela signifie « les plus anciens », ce qui n’est pas le cas (à moins que l’on suggère ainsi qu’ils sont « au premier rang  » ? auquel cas, pourquoi ?)

Arts « autres » ? Autres que quoi ? Toute création est supposée créer une forme nouvelle et par définition « autre ».

L’embarras des mots dissimule un autre embarras plus profond…
Malraux avait pourtant écrit des choses définitives sur le « Musée Imaginaire », au-delà de l’espace et du temps.
Mais l’ouverture de ce nouveau Musée tombe « à pic » au milieu de circonstances qui obligent à dévoiler certains paradoxes…

Extraits d’un texte de Madame Aminata TRAORE, essayiste et ancienne Ministre de la Culture du Mali :

« Les oeuvres d’art qui sont aujourd’hui à l’honneur au Musée du Quai Branly (…) constituent une part substantielle du patrimoine culturel et artistique de ces « sans visa » dont certains sont morts par balles à Ceuta et Melilla et des « sans papiers » qui sont quotidiennement traqués au coeur de l’Europe et quand ils sont arrêtés, rendus, menottés aux poings à leurs pays d’origine.(…)

Les trois cent mille pièces que le Musée du Quai Branly abrite constituent un véritable trésor de guerre en raison du mode d’acquisition de certaines d’entre elles et le trafic d’influence auquel celui-ci donne parfois lieu entre la France et les pays dont elles sont originaires.(…)

Le Musée du Quai Branly est bâti, de mon point de vue, sur un profond et douloureux paradoxe à partir du moment où la quasi-totalité des Africains, des Amérindiens, des Aborigènes d’Australie, dont le talent et la créativité sont célébrés, n’en franchiront jamais le seuil compte tenu de la loi sur l’immigration choisie. Il est vrai que les dispositions sont prises pour que nous puissions les consulter les archives vis Internet.

Nos oeuvres ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour.

A l’intention de ceux qui voudraient voir le message politique derrière l’esthétique, le dialogue des cultures derrière la beauté des oeuvres, je crains que l’on soit loin du compte. Un masque africain sur la place de la République n’est d’aucune utilité face à la honte et à l’humiliation subies par les Africains et les autres peuples pillés dans le cadre d’une certaine coopération au développement.(…)

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3 Responses to Les arts de l’immigration choisie (Musée du Quai Branly)

  1. argoul dit :

    Alors quoi ? Chacun chez soi, toute oeuvre détenue étant un « pillage » éhonté ? Les statues de l’Acropole (sauvées des Turcs comme des Allemands durant la GM) auraient-elles dues êtres laissées sur place ? Tout comme les Bouddhas de Bamyan ?

    Donc pas d’art « premier » à Paris ni en Europe, pas d’art du tout. On n’est bien que chez soi.

    La vision que vous présentez n’est-elle pas un peu « dépressive » ?

  2. L’esprit du billet est plus de faire valoir le paradoxe de la célébration de l’art de gens que l’on ne veut pas voir en chair et en os à nos côtés.
    On idéalise les oeuvre de peuples qu’on méprise.
    Quel geste cela aurait été d’offrir ce musée au Sénégal, et à moitié du coût….
    C’est un poiint de vue : comme vous le dites dans un des commentaires de votre blog, un blog ça n’est qu’un blog et pas un traité transcendantal…

    Pour le reste, Malraux avait tout dit sur les correspondances entre les arts, au-delà de l’espace etr du temps. Donc tout langage qui suggère une classification ou un jugement d’une forme d’art par rapport à d’autres, est « non-relevant ».

  3. le boum dit :

    Ne se tromperait-on pas de sujet en ne prenant en compte que le factuel ou l’histoire ? Que les humains traquent, pillent, tuent, trahissent et tous autres faits que vous voudrez, ces faits ont existé de tout temps et continueront d’exister. Ce qui, pour moi, compte dans ce qui est tenté dans le Musée du Quai Branly (au moins, voilà une appellation « neutre » et sans quiproquo) c’est une ouverture aussi grande que possible sur les mœurs et les arts quelles que soient leurs origines jusqu’ici non reconnues ou généralement laissées pour compte par des esprits limités à leur simple univers et peu universels. Il faut regarder au-delà et ne point s’emberlificoter de querelles mineures. Ce qui est en jeu c’est l’humain dans sa complexité. C’est l’expression de ce que nous ressentons sous toutes les latitudes. C’est comment nous vivons et pourquoi et comment. Dépassons le quotidien pour nous pencher sur une connaissance meilleure de l’humain. Passons outre l’histoire (telle que chaque siècle se la reconstruit) pour nous enrichir des réalisations du passé. Que cette exposition nous apprenne la modestie et ce sera déjà un profitable retour sur nous-mêmes. Que nous ayons volé ces œuvres, il importe peu du moment qu’elles sont montrées, étudiées et que nous en retirions des leçons pour demain, si possible. Regardons au-delà de l’horizon.

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