Bienvenue à la Roumanie et à la Bulgarie, mais…

Très sincèrement, bienvenue à la Roumanie et à la Bulgarie au sein de l’Union Européenne. L’histoire (ancienne et récente) ainsi que la géographie justifient pleinement cette adhésion au 1 er janvier 2007.

Mais on n’a toujours pas compris quel agenda a pu conduire à l’accumulation des adhésions (de 15 à 25, puis de 25 à 27 pays membres) avant d’avoir « coulé dans le marbre » la Constitution européenne. Après tout, dans n’importe quelle association au monde, si vous voulez devenir membre, vous donnez en connaître et en approuver les statuts avant que votre candidature soit acceptée. L’Abrincate s’est vu répondre – vertement – d’une Lithuanienne que les pays candidats avaient aussi le droit de donner leur avis sur le contenu de cette Constitution. Alors oui, on aurait pu les associer, les consulter, etc… Mais après tout, le « rêve d’Europe » est aussi de bénéficier des budgets européens largement alimentés par les pays riches, fondateurs de l’Europe, comme les exemples de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce l’ont attesté – et l’Union Européenne a aussi prouvé que l’intégration est vraiment réelle.

En fait, comme on le sait, il existe une tension fondamentale au sein de l’Europe entre les partisans de l’Europe politique et ceux d’une simple zone de libre-échange. La procédure suivie depuis le début du chantier de la Constitution correspond à la deuxième conception : on intégre le plus possible de pays, on ouvre les frontières, on instaure la libre circulation à l’intérieur de l’Union, on déréglemente pour laisser le champ libre aux fusions entre les grands groupes stratégiques de l’économie européenne – et l’Europe politique attendra … Elle attendra d’être rendue impossible, pour cause d’idéologie néo-libérale : un maximum d’échanges, un minimum d’Etat, national ou supranational.
Pourquoi est-il pourtant indispensable que l’Union Européenne soit aussi politique ?

Voulons-nous voir (ré) apparaître des Milosevic hongrois, des nationalistes polonais, des fascistes français ?
Comment pouvons-nous traiter quantité de problèmes communs à tous nos pays sans nous accorder sur des régles communes que seule une autorité politique peut établir et imposer, à propos de l’environnement, de l’immigration, de la criminalité transnationale, de l’énergie, des négociations économiques internationales, et tant d’autres problèmes aigüs ?

Ceux qui ne veulent pas d’union politique européenne sont ceux qui pensent que les règles du marché – et donc l’absence de règles – apporteront spontanément les solutions à ces problèmes collectifs … comme si le marché avait une vision sur deux ou trois générations, alors que la plupart des acteurs économiques ont, au maximum, une vision sur 3 à 5 ans, et les politiques une vision qui s’arrête à la prochaine élection…

On répondra que c’est le vote des Français qui a bloqué la Constitution. Oui, et on le regrette, mais il est aussi vrai que le texte en était interminable, illisible, et rendait aussi méfiant que la lecture d’un contrat d’assurance.

Pourtant il y avait dans ce projet de Constitution une véritable originalité historique, et même juridique : cette Union basée sur des intérêts communs fondamentaux se combinait avec une large « subisdiarité » des politiques nationales. Mais ce projet avait aussi une autre originalité historique, celle d’intégrer les « tables de la loi » d’une économie libérale : or, on ne connaît aucune autre Constitution existante qui détermine le système économique d’un pays. On dit qu’une des parties du texte, celle qui fixe les règles du système économique, a été, paraît-il, « glissée » subrepticement dans le « package » quelques mois avant le bouclage…

Il y avait dans ce projet de Constitution une multiplicité de niveaux d’analyses, un amalgame de contraintes de nature très diverses, au point de le rendre confus, illisible – et « on » a pensé qu’avec quelques bons slogans bien pensés et bien formulés, le bon peuple … « qui n’y comprend rien » (on a tout fait pour ça), suivrait dans l’enthousiasme. Erreur…

Avec l’épisode du scandale des avions américains venus en Europe, soit pour placer des détenus clandestins, soit en transit vers d’autres pays permettant de « délocaliser la torture », certains ont pensé que l’absence d’Europe politique arrangerait bien du monde. Et l’insistance avec laquelle les USA et la Grande-Bretagne soutiennent à répétition la candidature de la Turquie ne manquera pas de créer des tensions et des blocages « bienvenus » au sein de l’Union.
L’Europe des bâtisseurs est bel et bien terminée et le débat européen n’est plus qu’un marchandage de boutiquiers-idéologues.
Vivement une nouvelle génération politique – mais vraiment politique !!!

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5 commentaires pour Bienvenue à la Roumanie et à la Bulgarie, mais…

  1. Scheiro dit :

    Ce n’est pas la première fois que je lis ou j’entends l’argument qui consiste à dire que le venue de pays économiquement défavorisés au sein de l’UE a coûté cher à la France, comme si la France ne faisait que donner et ne recevait rien en retour. Il faudrait se souvenir des reproches que Blair au début sa présidence de l’UE l’année dernière faisait à Chirac : la France s’arrange pour percevoir des caisse de l’Union presqu’autant qu’elle ne donne.
    L’Espagne est devenu l’un des principaux contributeurs et la France a gagné avec l’Espagne un partenaire économique de plus. Désolé mais cet argument ne tient pas parce que sur le long terme on peut parler de retour sur investissement.
    Mettre sur un même plan les Hongrois, Polonais, Serbes et Français en parlant de fascisme me semble aussi un raccourci audacieux, tant les situations sont différentes, même si en apparence les discours populistes de chacun se ressemblent.
    Le vote Hollandais a aussi bloqué la Constitution pour des raisons inverses à ceux des Français et l’excuse d’un texte illisible est très faible à moins d’admettre que les Espagnols où les Luxembourgeois sont dans l’ensemble d’excellents juristes. Les Hollandais non plus n’ont pas trouvés ce prétexte. Mais bon, on pourrait l’admettre quand on connaît le taux d’illettrisme en France.
    Alors, je dirais simplement : bienvenue à la Roumanie et la Bulgarie (point). Parce qu’au train ou vont les choses, ce seront peut-être eux qui nous donneront de quoi bouffer en nous permettant de laver les parebrises de leurs Mercedes aux carrefours de l’UE.

  2. argoul dit :

    Je suis d’accord avec votre analyse sur le fond, avec les réserves fort justes du commentaire de Scheiro. D’autant que Roumanie + Bulgarie, cela fait très peu d’habitants. La « charge » de solidarité ne sera donc pas équivalente à celle de l’Espagne avant-hier, de la Pologne hier et de l’éventuelle Turquie demain.

    Néanmoins, votre bouc émissaire facile (et récurrent chez vous) du Grand Néo-Libéralisme agit comme un Diable sortant d’une boite avec une explosion : ça fait peur et ça ne signifie RIEN. Car cette étiquette démago (désolé, le diable ultra ou néo libéral marche toujours « à gôch ») vous dispense d’analyser.

    L’Europe-puissance : PERSONNE n’en veut sauf les Français, aucun des autres Européens. Pourquoi ? Parce que cela reproduirait le fameux « modèle social » hexagonal dont TOUT LE MONDE remarque qu’il ne fonctionne pas : chômage indécent, banlieues en révolte comme ailleurs (pas moins…), impôts aux limites hautes européennes, nombre fonctionnaires par habitant nul part aussi élevé, justice en panne, école pédago « fabrique de crétins » (titre d’un livre), armée sans moyens, interventionnisme jacobin (et parisien) pire que la règlementation sur la taille des poissons de bruxelles, centralisme exterminateur… et j’en passe. Même les Italiens qui ont réussi à réformer leur fonction publique ne veulent pas retomber dans nos errements.

    Les Anglais sont contre cette Europe-là bien plus par nationalisme îlien que par « néo-libéralisme ». Leur industrie est morte et ils auraient intérêt à ce que les services (où ils sont puissants) soient unifiés pour les vendre partout en Europe. Or justement, l’Europe politique étant en panne, chaque « négociation » est un parcours du combattant économiquement irrationnel et pleinement inefficace. Seul un Etat fédéral serait utile pour une telle économie « à l’américaine », ou « néo-libérale ». A dire que les Anglais sont contre une Europe-Etat par économisme, vous nagez en pleine contradiction !

    Quant aux Américains, même analyse : ils désirent une Europe plus unie parce qu’il est infiniment plus simple de négocier une fois avec un seul représentant qu’avec 27 ministres qui ne parlent pas tous la même langue. Vous n’aviez pas compris que le « néo-libéralisme » était pour la globalisation ? L’unification ? La standardisation ? La différence est que les Américains n’ont pas que des motifs ECONOMIQUES pour agir en politique : ils soutiennent l’entrée de la Turquie parce que l’Europe alors se confondra avec l’OTAN, dont ils sont les maîtres militaires. CQFD. Pas besoin de tordre le soi-disant « néo-libéralisme » pour ça, en lui imputant des actes ineptes selon ses objectifs de pure économie…

    L’Europe se fera AVEC les Européens, pas uniquement dans les officines énarchiques du PS ou de l’UMP à Paris; l’Europe se fera quand on arrêtera d’ouvrir n’importe où n’importe quand sans dire POURQUOI on veut élargir; l’Europe aura l’adhésion de ses citoyens quand ils sentiront des VALEURS COMMUNES. Ce pour quoi l’entrée de la Turquie serait culturellement une erreur (mais pas économiquement ! Rendez-vous compte, un marché de bientôt 100 millions d’habitants prêts à consommer avec quelques aides initiales…).

    Comme quoi votre aveuglement idéologique sur un soi-disant « néo-libéralisme » en forme de Complot ne peut vous permettre d’analyser les raisons de la panne « politique » européenne. Il faut de la politique !

    Mais pas de la technocratie élitiste qui décide de tout en Jacobins méprisants, tout en couvrant d’un voile prétexte leur pouvoir-fromage par un bouc émissaire destiné à détourner l’attention. Le « néo-libéralisme » mis ainsi à toutes les sauces est ce paravent des élites (surtout de gauche) pour se dédouaner (c’est pas moi c’est l’autre, pas ma faute le diable est dans les détails, je voudrais bien mais…) de leur INCURIE politique ces 20 dernières années. Quand à la Chiraquie, c’est exactement le même sac : immobilisme absolu, jacobinisme réaffirmé. Du moment qu' »on » garde le pouvoir en France, dans l’Etat, à Paris, n’est-ce pas ? Un signe : combien de ténors politiques à Bruxelles depuis que Delors n’y est plus ? Et, par comparaison, combien d’Anglais ?

    Si l’Europe devient « à l’anglaise », vous aurez compris pourquoi. Et votre idéologie trop commode comme variable explicative de tout ne vous permet pas de trouver la véritable cause qui est l’ABSENCE indécente de toute politique envers l’Europe dans la France jacobine.

  3. A Schiero et Argoul :

    La longueur de vos répliques et la conviction que vous y mettez m’honorent.

    Mon « aveuglement idéologique » vient probablement de ce que je lis trop les feuilles économiques, où le principe même de l’impôt est présenté comme une atteinte au droit de propriété, où l’on préconise de ne plus utiliser l’expression « droits humains », mais « droits » tout court, pour y inclure les droits du renard dans le poulailler, afin, si je puis dire…. de noyer le poisson.
    Par ailleurs, j’ai passé l’âge du Complot : je suis convaincu qu’en l’absence d’alternative crédible en termes économiques, la « loi du marché » (expression qui est elle-même une contradiction, puisque le marché est la recherche permanente d’opportunités immédiates, sans aucun souci ni du long terme, ni de l’intérêt collectif) va s’étendre à tous les domaines de la vie sociale – et pas seulement économique. Aucun complot là-dedans, simplement le sentiment d’un moteur aveugle qui fonctionne tout seul… avec cependant l’annonce d’une militarisation joyeuse face aux récalcitrants, car comme disait Dick Cheney à Davos :  » nous interviendrons où nous voudrons, quand nous le voudrons et sous la forme que voudrons contre les pays qui refuseront notre démarche » (je cite de mémoire, mais je n’ai pas rêvé). On a bien vu, lors du déclanchement de la guerre en Irak en 2003, les Blair et autres leaders espagnols, portugais, polonais, même travaillistes ou sociaux-démocrates, y aller la bouche en fleur, les 15 millions de personnes de protestatires dans les rues du monde entier un jour de février 2003 n’y ont rien fait. Et pourtant vous dites fort bien que « l’Europe aura l’adhésion de ses citoyens quand ils sentiront des valeurs communes »…

    Comme on le voit tous les jours, la démocratisation de l’Irak et de l’Afghnanistan les conduisent à grands pas vers la prospérité (peu importent les 100 morts par jour à Bagdad) : même le président afghan Karzaï, universellement respecté pour son élégance vestimentaire, vient d’annoncer un chantier législatif pour rétablir le « Ministère du Vice et de la Vertu »…(Voir le site : http://www.afghanwomennetwork.org). En attendant probablement le « Ministère du Pavot »…

    Pour en revenir à l’Europe, vos remarques sur l’Etat sont globalement justifiées. M’est avis que la question n’est pas « plus ou moins d’Etat », mais « mieux d’Etat ».

    D’accord pour dire qu »il faut de la politique et donc : vive le débat républicain !
    Et comme vous le disiez dans une de vos notes : « un blog, ça n’est qu’un blog »…

  4. argoul dit :

    Ne soyez pas amer, le débat est le débat, entre gens de bonne volonté. Je n’oppose pas « mes idées » aux vôtres, j’essaie de vous montrer comment vous raisonnez partiellement (je sais, c’est présomptueux, mais si ça fait avancer le débat…)

    Ce que je voulais montrer est que, quelles que soient les convictions (légitimes !) de chacun, les oeillères idéologiques (ou les mots-valise si vous voulez) ne servent pas à réfléchir mais à masquer la réalité sous le voile (intéressé) de la manipulation.
    Le vocable « néo-libéralisme » (qui n’est jamais défini par personne) est de ceux-là.
    La preuve, dans votre réponse, vous ne parlez guère… que des Américains. La faute à qui ?

    Si l’Europe n’existe pas, les élites jacobines y sont pour quelque chose et – surtout ! – les élites qui se disent « morales » et « progressistes », qui se gardent bien d’éduquer le peuple d’une quelconque façon, se contentant de le MANIPULER par de grands mots d’un vide sidérant, tout ça afin de conserver leur confortable pouvoir issu de la légitimité énarchique.

    Les Anglais, en qui vous voyez le diable, sont beaucoup plus pragmatiques. Ils servent leurs intérêts sans grands mots mais (attitude pourtant « latine » à ce qu’on dit) par de la présence et des shake-hands). Pourquoi la Cour de l’Elysée et la Fronde de Solférino n’en font pas autant – puisque ça marche ? Eh bien ma réponse est qu’ils n’en ont rien à foutre. La seule chose qui les intéresse est leur pouvoir personnel, étatique et parisien : donc pas de négociation avec d’autres européens, pas de supranationalité par ex. fédérale, pas de décentralisation. Et le pays peut bien crever.

    Ce « chacun pour soi » est beaucoup plus dangereux que celui des PDG qui se gavent de stocks options (mais oui !) : car, eux, ils montrent leur intérêt tout cru (donc démocratiquement contestable, d’ailleurs réellement contesté !), alors que les politicards se parent de « vertu » et de « grandes idées généreuses »… pour faire entre soi les petites magouilles.

    C’est là où votre position dogmatique est non seulement un aveuglement politique, mais aussi une erreur démocratique.

    Je ne conteste en rien le fond de votre discours sur l’Europe, comme je l’ai écris, j’y souscris pour la plupart. Ce que je conteste sont les oeillères que vous croyez bon (par facilité ?) de conserver pour analyser les situations. Croyez bien que je le regrette, comme je regrette toutes les facilités que se donnent les hommes (vous n’êtes malheureusement pas le seul) pour se bercer d’illusions et, par là même, s’aliéner volontairement. Après tout, la liberté fait peur, n’est-ce pas ? Surtout lorsqu’elle vous concerne vous-même ? L’aliénation « choisie » est si douce, si confortable, si fusionnelle. Répéter les grands mots de tout le monde, c’est « être d’accord » toujours, et zut pour la réalité ?

    Sauf que (et Machiavel l’a très bien montré) ce sont les lucides qui manipulent les gogos, les pragmatiques qui analysent les situations et ceux quis e gardent bien de suivre les idées générales qui ont – toujours – le pouvoir.

    Ne m’en veuillez pas d’être rude. Si je pouvais vous faire comprendre que l’analyse est une exigence du débat démocratique… Sinon, on se contente de répéter le Credo – et cela au profit de tous les « clergés ».

  5. sed dit :

    Les Anglais sont plus pragmatiques et rationnels que les Français. Ils comptent les entrant et les sortant. Ce qui nous est interdit en france. Bilan, ils vont probablement produire une Loi contre les Bulgares et Roumains dont ils ont grandement sous estimé l’envie de s’épanouir sur le sol de Nelson (un rapport de 1 à 4 sur 4 ans : 400000 au lieu de 100000 « prévus »). L’Europe a été initialisée pour raisons politiques, et s’est batie pour des impératifs économiques. C’est l’économie qui la mène au détriment de toute prudence. Et pour le renforcement politique, vous pouvez aller vous brosser, Martine. C’est trop tard pour l’envisager. (« C’est jamais trop tard » : ta gueule Maurice.) Et si! La Constitution Européenne, est un foutoir innommable qu’exceptionnelement seuls les Français, pas veaux sur le coup, furent seuls à sanctionner (parmi ceux d’ailleurs, à qui on laissa le choix…). Il n’y a qu’à voir les débats contradictoires hallucinants et débiles qui ont jonché le parcours amenant au « non » Français pour comprendre.
    Mais j’ai la prétention ici d’affirmer que le Non à l’Europe n’a pas été analysé correctement ici. Et la prétention supplémentaire de vous certifier qu’il est parfaitement inutile pour vous de chercher à comprendre pourquoi. Mais vous verrez le mal Français, la réalité de ce mal, se passera de toutes vos analyses. C’est important de redescendre sur Terre de temps en temps.

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