Pour Robert Redeker et contre sa vision de l’Islam

L’appel au meurtre contre Robert Redeker est une honte pour ceux qui l’ont proclamé.
La contrainte de clandestinité dans laquelle il est désormais confiné est inacceptable.
La liberté d’expression ne peut souffrir aucun compromis, dans les limites prévues par la loi, et surtout pas sous la pression de lâches qui n’osent même pas se déclarer publiquement.

Sur un autre plan, dans le débat que l’article de Robert Redeker, publié dans le « Figaro », suscite, on pourrait répondre par ce texte – qui mérite qu’on prenne 3 minutes pour le lire – publié dans le jounal sénégalais « L’AS« (14 octobre 2006), sous la signature de Chérif Muhamad Aly AÏDARA, président-fondateur de l’Institut Mozdahir International :

 » Les conséquences d’une mauvaise succession du Prophète, marquée par la séparation des pouvoirs temporels et spirituels, avec son lot de déformations des enseignements du Prophète, sont visibles aujourd’hui un peu partout dans le monde, dans les comportements des musulmans qui n’ont pas su appliquer les prescriptions de l’Islam originel.

Cela se manifeste à deux niveaux :

– au plan communautaire : les graves confusions et erreurs ou innovations introduites dans les pratiques cultuelles, les croyances et les principes (…)

– au plan international: d’une part les froides relations (sans solidarité ni entraide) entre pays musulmans, l’état de guerre larvée entre ces derniers et Israël, la soumission sans rémission à la puissance et aux richesses de l’Occident (…), un manque criard de leadership musulman au niveau mondial. D’autre part des groupes dits « terroristes » avec leur nouveau et faux culte du martyr et leur promptitude (…) à mener une guerre sainte (Djihad) contre un ennemi souvent confondu à une foule de gens innocents.

A cela s’ajoute la baisse de la qualité au profit de la quantité. Les musulmans deviennent de plus en plus nombreux mais de moins en moins bons.(…) Les exemples d’applications erronées de préceptes islamiques foisonnent dans l’histoire, mais aussi dans notre présent : L’Afghanistan des Talibans (mauvaise gestion de la question des femmes, l’obscurantisme, le zèle), l’Irak de Saddam Hussein (dictature, népotisme, destruction massive de populations innocentes). Certes, une autre injustice est venue s’abattre sur eux : l’Occident des « néo-conservateurs ». Nous réprouvons et condamnons également de toutes nos forces cette injustice flagrante et diabolique. Cela ne saurait faire oublier les erreurs de ces dirigeants musulmans-là. Les actes « terroristes » (…) trouvent leur terreau dans les grandes injustices des pays dominants, mais également dans le nouveau culte du martyr (…).

Aux bombes jetées des avions répondent les avions jetés en bombes.
A celles lancées répondent celles portées.
Les « anti-terroristes », plus terroristes que jamais, se sont jurés de traquer et éliminer les « terroristes » du monde entier, tandis que les kamikazes n’ont plus de limites ni dans leurs méthodes ni dans leurs cibles.
La situation semble inextricable. Une médiation est indispensable.

Aux uns de comprendre que la liberté à des limites et que la richesse et la force ne permettent pas de tout obtenir car, pour qu’elles soient efficaces, elles doivent se joindre à la justice et à la vérité. Leurs propres religions leur interdisent de commettre le mal. En s’y référant (…) ils finiront par s’y soumettre.

Aux autres de comprendre que le sacrifice de la vie d’un homme, par suicide ou meurtre, est un don ultime que l’on ne doit pas faire tant qu’il existe d’autres moyens de résoudre les problèmes. La guerre sainte n’et qu’un dernier recours ultime que le Prophète n’a utilisé que de façon défensive.(…)

Au seuil de ce second millénaire, l’Islam est à nouveau victime d’une crise de croissance. (…) La population musulmane augmente à une vitesse effarante pour plusieurs raisons : la plupart des pays musulmans font partie des pays les plus pauvres au monde, or ceux-ci ont les taux de croissance démographiques les plus élevés ; ensuite c’est la religion qui enregistre le nombre le plus élevé de conversions. (…) Malheureusement, c’est à la vitesse de son expansion que se multiplient également les subdivisions, que se raffermissent les positions sectaires, que s’ancrent les différences, en somme que la quantité se substitue à la qualité.

Devant cette rapide expansion, la Umma (Communauté) Islamique a besoin de se retrouver autour de points communs indiscutables. (…) Ce minimum existe (qui) permettrait :

– de restaurer l’Islam originel avec tous ses avantages (…) en corrigeant les déformations et autres déviations enregistrées;

– d’agir en conformité avec l’Islam et donc d’assurer un meilleur partage des richesses entre pays musulmans par une solidarité agissante à l’extérieur et à l’intérieur des pays musulmans (…) C’est là d’ailleurs l’unique solution (divine) pour réduire les inégalités et de façon concomitante la criminalité et les exodes massifs de populations ;

– de parler d’une seule et même voix ( formation d’un puissant lobby interétatique) sur un grand nombre de problèmes jusqu là sans solutions.

(…) L’imam Jaafar Sadiq a dit : le prophète d’Allah envoya un contingent et à leur retour dit : « Bénis soient ceux qui ont accomplis la petite Djihad et qui doivent maintenant s’atteler à la grande Djihad. » On lui demanda : « Qu’est-ce que la grande Djihad ? » Il a répondu que c’est le combat contre soi-même.
La Djhiad qui étymologoiquement indique la notion d’effort, est l’un des plus nobles concepts de l’Islam originel, mais qui, malheureusement a subi et continue à subir les déformations des uns et le détournement des autres, selon les intérêts du moment. Ainsi donc, entend-on souvent ce concept assimilé au terrorisme par les actes de certains et qui sont tout de suite relayés par les médias contrôlés par les lobbyistes qui n’attendent que cette occasion pour dénigrer l’Islam. La défense militaire constitue la plus petite forme de Djihad.
(…) Le prophète d’Allah n’a jamais initié une bataille et le fait que la plupart des batailles qu’il a menées se soient déroulées autour de Médine montre que c’est l’ennemi qui venait attaquer.

Une des déformations consiste à accuser des peuples opprimés et qui veulent se défendre, d’être des terroristes et tout cela ajoute à la confusion. Le combat contre soi-même (…) est la plus haute forme de Djihad. Elle est même le pré-requis des autres formes de Djihad car (son) objectif est d’atteindre la justice sur les plans internes et externes. Parmi les effets pervers de la mauvaise succession du Prophète est la déviation de la Djihad vers des objectifs de conquête et qui a été le fait de Rois musulmans qui ont conquis des territoires et détruit des cultures.

Aujourd’hui encore, au nom de la Djihad, on tue des innocents partout dans le monde, alors que les véritables ennemis de l’humanité sont l’ignorance, la pauvreté et la maladie contre lesquels les énergies doivent être mobilisées. »
Quel média occidental accepterait d’aller interviewer l’auteur de cet article, pour diffusion à heure de grande écoute ?

On pourrait par ailleurs souhaiter que des philosophes occidentaux s’attachent à dénicher des discours de ce genre, plutôt que d’en rajouter – sciemment ou non – dans l’appel aux croisades.
Voir, dans ce blog, les billets précédents :
« Qui a peur de Tariq Ramadan ?
et « Paris-Dakar (1560-2000)« 

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5 commentaires pour Pour Robert Redeker et contre sa vision de l’Islam

  1. grellety dit :

    Evidemment, le texte de Robert Redeker est le sien. Le « doux Jésus », « maître d’amour », fait sourire, au moins. Mais l’appel au meurtre est une preuve de plus des dérives de ceux qui prétendent vivre dans et pour cette supposée « foi pure ». Le texte que vous signalez est intéressant, mais il y a un écueil majeur. Lorsque son auteur écrit, affirme,  » Devant cette rapide expansion, la Umma (Communauté) Islamique a besoin de se retrouver autour de points communs indiscutables. (…) Ce minimum existe (qui) permettrait :

    – de restaurer l’Islam originel avec tous ses avantages (…) en corrigeant les déformations et autres déviations enregistrées; »

    est-il précis ? Dans ce texte, je ne trouve pas. Bien sur, dans la foulée, il insiste, me semble t-il, à juste titre, sur la solidarité, ou l’égalité réelle, à faire, entre les sujets, à travers un partage des richesses qui ne soit pas seulement un voeu, pieux. Mais il n’empêche qu’il n’est pas précis sur les « fondements » de cet « Islam originel » – à l’égard duquel les plus fanatiques et criminels prétendent être les meilleurs fidèles. Or il faudrait rappeler que, à l’égard de deux principes fondamentaux du Coran, de la parole supposée de Dieu-l’Inconnu, l’immense majorité des musulmans ne sont même pas sérieux, ne sont même pas… musulmans :

    1 – aucun homme n’est Dieu et aucun homme ne peut prétendre parler « au nom de Dieu »; car la séparation ontologique est radicale, et « le Coran » est censé être la parole de Dieu à l’égard de laquelle aucun homme ne peut prétendre ajouter, ou même interpréter, ou expliquer. La conclusion radicale est que la parole de Dieu doit s’écouter – et c’est tout…
    2 – L’idôlatrie ! Car tant d’hommes sont regardés comme des demi-dieux ! Dans le chiisme, Ben Laden, etc

    Enfin, il y a un problème essentiel à l’égard du Coran, c’est qu’il n’est pas possible de savoir si et lesquelles les sourates sont authentiques, ce que le prophète a pu énoncé et n’a pas énoncé… Car il est bien possible que parmi ses prétendus fidèles et scribes, il y ait eu des maîtres de poésie… , et de « trahison »…

  2. Ibrahima Sakho dit :

    . Sakho Directeur I.M.I

  3. Ibrahima Sakho dit :

    Je vou écrit de la part de l’uteur de l’article sur le jihad.Il ‘agit de Chérif Mohammed Aly Aïdara président fondateur de l’Institut Mozdahir International.
    Ce dernier voudrait vous convier au colloque international qui se tiendra le samedi 27 Janvier 2007 à Dakar au CICES.En effet Achoura dixième jour du premier mois du calendrier lunaire est une date mémorable dans l’histoire de l’islam car il marque l’anniversaire du massacre de Kerbela en l’an 61 de l’hégire de l’imam Hussein – petit fils du Prophète (PSE).
    Fidèle à sa philosophie basée sur un islam de paix, de partage et d’ouverture, de tolérance et d’amour par une stratégie de dialogue et concertation, l’IMI a éprouvé la nécessité d’organiser ce colloque dont le but est de corriger les pratiques non-conformes à l’esprit et au symbole de ce jour mémorable
    pour tout contact écrire à colloqueachoura@aol.fr Ibrahima Sakho Directeur IMI

  4. […] Voir d’autres billets de ce blog sur l’Islam: ici, ici, et là […]

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