Une journée des droits de l’enfant (- roi ?)

Traditionnellement désormais, le 20 novembre est la Journée Internationale des Droits de l’enfant, en référence au 20 novembre 1989, date de l’adoption de la Convention du même nom par l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Il existe environ 90 Conventions internationales sur tous les sujets possibles et imaginables, dont plus des deux tiers ont été négociés, adoptés, signés (par les gouvernements), et ratifiés (par les parlements) depuis 1945. La Convention des Nations Unies relative aux droits d’enfant est la Convention la plus ratifiée au monde, et de loin, puisque 192 pays en ont fait, par leur ratification, le cadre de leurs lois nationales concernant les droits de l’enfant.

La Convention se définit par la « Règle des 3 P » : elle énumère les PRESTATIONS (droit à l’éducation, à la santé, etc), elle fixe le cadre de la PROTECTION de l’enfant (contre toutes formes d’exploitation, dans les situations de conflits, etc), et enfin elle préconise des modialités de PARTICIPATION de l’enfant aux décisions qui le concernent, ou qui l’affectent, pour le présent comme pour son avenir, selon son âge et sa maturité.
En réalité , la Convention des Droits de l’enfant est, pour l’immense majorité de ses articles, la Convention des obligations de l’Etat, de la société et de la communauté dans lesquelles les enfants (moins de 18 ans) vivent et se développent.

Toutes les discussions concernant l’enfance sont plus ou moins émotionnelles : les débats parlementaires, lors des ratifications, ont fait apparaître des craintes totalement injustifiées (ou inutilement polémiques), comme celles de voir des enfants refuser d’aller à l’école, s’opposer aux décisions des parents, de refuser de se faire vacciner,etc,etc…

La Convention stipule explicitement :
– que les droits de l’enfant ne sont pas opposables aux droits de la famille, de l’école ou de la société en général ;
– que les parents sont les premiers responsables de l’éducation des enfants, et que l’Etat n’intervient lorsque les parents sont défaillants – ou disparus ;
– que l’enfant doit être éduqué dans le respect de sa culture, de son identité et de son pays.

Pour quantité d’acteurs professionnels ou militants, la Convention des droits de l’enfant est un outil indispensable, et ce ne sont pas toujours les initiatives les plus bruyantes qui sont les plus efficaces : quantité d’élus locaux, d’enseignants et d’associations ont pris des initiatives permettant d’écouter et d’associer les enfants aux décisions qui les concernent. Lorsque ces initiatives sont institutionnalisées (Parlements d’enfants, etc…), elles ne sont pas toujours durables, et pour cause, puisque par définition les enfants grandissent – et une réussite ne dure parfois qu’un ou deux ans.

Mais d’une manière plus générale, il faut faire attention aux risques d’ interprétations erronées de l’esprit de cette Convention. Quelques critiques ont été émises, qui méritent attention et réflexion par celles et ceux qui ont pour métier de travailler avec des enfants.

Par exemple :

« (Dans nos sociétés…) l’enfant est à la fois idéalisé et diabolisé. Notre société oscille entre indulgence et autoritarisme, entre laisser-faire et maison de correction, entre jouet et fouet. Le risque aujourd’hui n’est plus de considérer l’enfant comme irresponsable, mais de lui donner trop de responsabilité, de le traiter comme un alter ego, faillissant ainsi à notre devoir d’éducation. La Convention est d’ailleurs révélatrice de la manière dont les adultes se projettent sur les petits, en les accablant, pour mieux s’en décharger, d’une responsabilité qui les écrase. L’enfant est devenu source de vérité, au point qu’il sait mieux que l’adulte et que les rôles souvent s’inversent. Il est presque habilité à devenir le parent de ses parents. Il a, dès lors, tous les droits. Au nom de son bonheur – que l’idéal collectif a coulé en règle contraignante – c’est lui qui dicte la loi familiale. (…)

On n’a jamais autant parlé des enfants, et en même temps on n’a jamais aussi peu parlé aux enfants. La société donne énormément à l’enfant consommateur. Elle lui fabrique des produits, une protection juridique sur mesure. (…) L’enfant reçoit avant même de pouvoir exprimer ses désirs. On le ballotte comme un paquet qu’on ne cherche qu’à occuper. C’est le propre d’une société qui vante les valeurs du plaisir immédiat et de l’avidité sans borne.

La logique consumériste est une logique infantile. L’enfant ne se voit rien refuser, alors qu’il a nécessairement besoin d’être limité dans son expression narcissique pour apprendre à tenir compte de l’autre. En croyant que tout est possible, il est réduit à l’impuissance, maintenu dans une passivité débilitante.

Ces enfants victimes, que la société marchande aura bien préparés au rôle de consommateur, deviennent eux-mêmes des adultes infantiles, irresponsables, infirmes sur le plan affectif.(…) Bien traiter un enfant, c’est justement l’aider à devenir adulte, autonome, à s’arracher à l’immédiateté et à l’ignorance, même si le processus est douloureux. L’objectif final de toute éducation est de voir son enfant se séparer de soi. »

Catherine Marneffe, pédopsychiatre
(extraits d’un article publié dans le magazine « Le Vif/L’Expresse » – Belgique – 2002)

« La violence faite de façon croissante par les adultes aux enfants (…) s’inscrit sous le signe d’un paradoxe assez parfait poetre durablement irréductible :
– jamais l’industrie de la communication ne fut si florissant,
– et jamais le langage ne fut si vide et si désert,
– la notion d’altérité si trompeuse et si globalement commercialisée sur les marchés de la politique et des médias,
– les comportements de solidarité si spéculatifs et si massivement rentabilisés sur le mode publicitaire,
– les gestes de fraternité si distants de l’échange affectif véridique.
(…)

Les enfants font aujourd’hui l’objet d’un écrasement général et subtil, méthodiquement efficace et méthodiquement camouflé. En apparence, ils sont cajolés et comblés. Ils croulent sous les avalanches de jouets perfectionnés, s’égaillent en bataillons forcenés dans les réseaux du jeu planétaire informatique, cinglent au cap des antipodes aussitôt qu’ils le veulent, disposent de programmes radiophoniques et télévisés façonnés tout exprès pour leur usage, prospérent sous l’égide de services pédagogique et sanitaire peuplés d’experts sur-diplômés, se transmettent leur expérience à l’abri de verlans innombrables, et se fortifient dans des eldorados ruisselants de vitamines, de sport, de films énergétiques et de littérature en format de poche.

En réalité, les enfants sont détestés par le pouvoir en général, et par les adultes qui l’incarnent en particulier, méprisés et volés à soi, en manifestation d’une haine qui se déploie dans tous les domaines et par degrés. (…) Cette haine s’exalte dans des actes et dans des faits malignement « divers », dans ces forfaits insensés de pédophiles tarés, dans ces collections de prostitués juvéniles qu’on violente sur cassettes avant de faire circuler celles-ci par les frontières poreuses en dessous de manteaux suspects, dans ces taux records d’enfants battus et brisés (…), dans ce tourisme suiffeux qui drague les trottoirs de Marrakech ou de Manille (…)

Si les enfants sont colonisés à ce point par les adultes, c’est que ceux -ci sont eux-mêmes immergés dans une terreur prodigieuse et ne savent comment la conjurer : ils peuvent faire des enfants leur moyen de dérivation suprême (…) en user comme d’un incomprable exutoire à leur désarroi. C’est qu’après avoir dévasté les terres et les mers du globe par incapacité de s’explorer eux-mêmes, ou chassé l’étranger au-delà de leur horizon par incapacité de s’apercevoir dans le miroir qu’il leur tendait, ou démultiplié leur mise en image photographique ou cinématographique par incapacité de se regarder en réalité, ou mis leur parole en circuit perpétuel par incapacité d’habiter le silence, ou placé dans leurs mégalopoles dans le stand-by permanent des éclairages électriques par incapacité de voir le jour et la nuit se succéder en les faisant vieillir, ils peuvent terrasser leurs enfants par incapacité de savoir ce qu’ils sont eux-mêmes, ce qu’ils pensent, ce qu’ils aiment, ce qu’ils deviennent.(…)

Christophe Gallaz – Extraits de « Les enfants, icônes et martyrs de l’effroi collectif » – Le Monde – 26.11.1996)

On aurait presque envie de dire :
« Pitié pour nos enfants à Noël »
….

Advertisements

2 commentaires pour Une journée des droits de l’enfant (- roi ?)

  1. Juliette dit :

    Bonne et utile réflexion à soumettre aux lecteurs de votre blog. Les adultes de notre époque manque cruellement d’intériorité pour résister aux manipulations dans tous les domaines… C’est pourquoi ceux qui ont encore un peu la liberté de penser par eux-mêmes ne doivent pas se décourager…dénoncer ne suffit pas. Agissons dans notre sphère d’influence déjà envers nos enfants et petits-enfants!
    amitiés, juliette

  2. argoul dit :

    Intéressant.
    Mais rien à voir avec ma note qui porte sur la citoyenneté (pas celle des enfants) mais celle des adultes qui l’aprennent AUPRES de leurs enfants – sans le savoir.
    La citoyenneté consiste à apprendre ce qui « importe » aux gens : la sécurité, l’économie, le savoir. Dans cet ordre.
    Rien à voir avec le « pédagogisme » ou la « démission parentale », ni avec les « pôvres petits ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :