André Malraux, avec émotion

Voilà 30 ans qu’André Malraux a quitté ce monde : il l’a parcouru et survolé avec l’altitude et l’acuité du regard d’un aigle, percevant par intuitions géniales l’essence même de l’humanité, dont il détectait les chefs-d’oeuvre immortels et dont il était le « compagnon de route » des combats toujours répétés pour la dignité et contre la mort.

Lui qui n’avait pas son baccalauréat, il fut de tous les combats du XX ème siècle ; dans les années 20 contre la colonisation de ce qu’on appelait l’Indochine ; aux côtés des Républicains, dans l’aviation, pendant la Guerre d’Espagne ; et au cours de la Seconde Guerre Mondiale, dans les maquis de la Résistance française où il fut soustrait à la dernière minute au peloton d’exécution pour s’engager ensuite dans la Brigade « Alsace-Lorraine« .

Lorsque l’Abrincate demandait dans les années 1980 à des étudiants du Bangladesh ce qu’ils connaissaient de la littérature française :  » Les « Misérables » de Victor Hugo et André Malraux« . Il était en effet venu à Dacca, la capitale, en 1971, pour soutenir l’indépendance du Bangladesh contre le Pakistan qui voulait imposer, à 2000 kilomètres d’Islamabad, une langue, l’ourdou, à 120 millions de Bengalis.

Mais entendre Malraux, devenu, par fascination historique, Ministre de la Culture de De Gaulle, virer Jean-Louis Barrault du Théatre de l’Odéon, ne manquait pas de choquer. Affaire de génération, sans doute. On préférait de beaucoup l’écouter commenter les « Ménines«  de Velasquez, quelque chef-d’oeuvre de Goya, ou les correspondances entre les statuettes cambodgiennes et celles de l’art pré-colombien… qui ne se connaissaient pas.

Ses incomparables ouvrages d’esthétique, comme le « Musée Imaginaire« , sont une fête pour l’intelligence, même si beaucoup d’intuitions et d’analogies (« on a le sentiment que« …. « c’est comme si« …) se prenaient parfois les pieds dans des phrases un peu grandiloquentes…

Mais commencer sa vie en écrivant les  » Lunes en papier «  ou le «  Royaume farfelu «  pour finir avec le fameux discours lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon est un parcours peu commun.

Sa deuxième épouse, Josette Clotis, écrasée accidentellement sous un train, et ses deux fils morts dans un accident de voiture…

C’était une vie du XX ème siècle, qu’on pourrait résumer d’une de ses phrases d’introduction aux « Antimémoires » :

 » La vie, semblable aux dieux des religions disparues,
m’apparaît comme le livret d’une musique inconnue « .

Ce que Régis Debray a compris ainsi :
« Cet agnostique fut le dernier religieux dans un monde d’incrédules. »
(« Le Siècle ou sa légende » – 1976)

Consulter l’exposition virtuelle (avec textes et vidéos) sur le site de l’Assemblée Nationale,
à l’occasion de l’anniversaire de la disparition d’André Malraux .

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