Noël approche : pitié pour nos enfants !

Pour une minorité de personnes, Noël est une fête sincèrement religieuse qui célèbre de manière cyclique la naissance du fondateur d’une religion, comme dans toutes les religions du monde. Là n’est pas notre propos, à cette seule réserve que puisqu’il s’agit de naissance, c’est aussi, en famille, d’abord la fête de – et pour – les enfants, ceux que nous « avons » ou ceux qui sommeillent en nous et que nous sommes restés. Le sapin illuminé n’est qu’une tradition qui symbolise la lumière dont nous avons besoin pour passer la plus longue nuit d’hiver. Quant au Père Noël, peu importe…

Mais dans nos sociétés, Noël est devenu une orgie de consommation irrationnelle à un degré tel qu’il faut s’interroger sur l’attitude qu’elle révèle sur la manière de considérer nos propres enfants. Enfant idéalisé, peut-être au point d’être insidieusement méprisé ? Prétendre leur faire plaisir avec un amoncellement de cadeaux qu’ils n’ont pas demandé, quoique notre société sait parfaitement créer la demande, et avec lesquels on leur envoie le message de … rester enfants, et de ne pas nous importuner ?

Insensiblement, le type de cadeau et la manière de le donner traduisent une représentation – et un rapport – de pouvoir sur lequel il faut s’interroger. Aux filles, la poupée, aux garçons, la voiture électrique. Et derrière le cadeau dont la publicité vante la caractère pédagogique, et donc utile et rassurant (l’enfant se construit lui-même en construisant, etc), quel est le message d’humanisation, sinon celui de s’isoler ?

La débauche d’énergie consommée, le déluge de cantiques sirupeux, de lumière artificielle, de bouffe et de cadeaux – y compris les signaux d’appartenance socio-économiques (« qu’est-ce que tu as reçu pour Noël ? ») – quelle image de l’enfant véhiculons-nous ? L’enfant qui va se construire lui-même ? qui doit relever des défis ? L’illusion que, par les cadeaux électroniques, de conquérir son autonomie et de se rapprocher de l’âge adulte en le mimant ? La confusion entre ce dont il a envie et ce dont il a besoin ?

La question n’est pas celle d’idéaliser de manière stupide une société de pauvreté, mais de s’interroger sur les valeurs que ces actes véhiculent. Il y a trois générations, les enfants étaient heureux d’avoir une orange dans leur chaussure le matin de Noël, et aujourd’hui, dans quantité de pays, la fête religieuse annuelle est une des occasions annuelles de manger de la viande…

Il ne s’agit pas non plus de cultiver une mauvaise conscience face à l’océan de misère qui nous entoure, mais de poser la question de la relation familiale et simplement humaine véhiculée dans cette fête dont la signification profonde serait plutôt exactement le contraire de nos comportements à cette occasion.

Il faudrait re-diffuser « La Grande Bouffe », avec Philippe Noiret… Non pas tant par simple analogie du repas, mais par son discours sur le nihilisme que génère l’abondance.

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5 Responses to Noël approche : pitié pour nos enfants !

  1. parad is yack dit :

    D’accord sur votre juste combat : halte à la violence faite aux dindes à l’occasion de ce sacrifice rituel !
    Pour autant, votre conclusion, « le nihilisme que génère l’abondance », me semble plutôt dangereuse. Si noël a un sens, dans nos sociétés, c’est bien plutôt comme fête du commerce, l’enfant en étant ici le prétexte un peu culpabilisant ( dans le genre : « si vous ne donnez pas pour vos enfants, vous êtes proche de la maltraitance, passible d’une dénonciation, suivie d’une visite des services sociaux, avec possible retrait prochain d’enfant afin que celui-ci, ou celle-ci, aille couler des jours meilleurs dans un foyer entouré de spécialistes compatissants avant prochaine famille « d’accueil » normalisée …. bref !), mais aussi, incidemment, un spectacle, destiné, avant tout, à SIMULER l’abondance, à faire comme si on y était.

  2. juliette dit :

    Bien d’accord avec vous. Vous soulevez un problème bien essentiel que Roméo et moi nous nous sommes posés, et nous ne sommes pas les seuls tellement c’est « criant »! Il est possible, si on est un tant soit peu conscients, de se comporter différemment à l’occasion des fêtes de Noël. Nous n’avons jamais voulu que nos enfants « commandent » (société de consommation) des cadeaux au Père Noël… Nous leur offrions une « surprise » modeste et chacun d’eux faisait de même une « surprise » aux autres. Nous fêtions Noël sobrement, c’est un choix.
    amitiés, Juliette

  3. Roméo dit :

    Quant à moi, j’essaye tout simplement de me laisser faire désormais, par la magie des marchés de Noël à Colmar, en Alsace! Le côté commercial y est forcément, mais l’ambiance générale y est à la gentillesse, à l’accueil et au véritable émerveillement. Je retrouve une âme d’enfant au moment où je deviens grand-père! Mes Noëls en tant qu’enfant ont souvent été tristes et mélancoliques, suite de la guerre, peut-être, en tout cas pas de magie. Je me laisse faire par cette magie, maintenant, et aimerais voir quand il sera plus grand, les yeux de mon petit-fils grand ouverts d’émerveillement, à Colmar. A nous de ne pas nous laisser entraîner par la vague de publicité et de consommation destructrice, à nous de témoigner en cette période ‘délicate’, de la simplicité et de la pauvreté intérieurs!
    Amitiés. Roméo.

  4. Mim dit :

    Trackback manuel:

     » Cadeaux de Noël dans la société de consommation »

    http://www.creatie.ch/blog/index.php/2006/12/11/136-cadeaux-de-noel-dans-la-societe-de-consommation

  5. […] Voir aussi un billet précédent de ce blog sur Noël : ” Noël approche : pitié pour nos enfants !”  […]

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