Petits diamants de lecture (1)

Extraits de « La fascination du pire » de Florian Zeller
( Ed. »J’ai lu » – Prix Interallié 2004) :

A propos du TELEPHONE PORTABLE :

(Page 51 …)  » C’est le téléphone, et notamment le portable, qui a définitivement assassiné la pratique de la correspondance. Je pense souvent à ces femmes qui vivaient dans l’espérance, sur le gage d’une seule lettre d’amour, quand l’autre, par exemple, partait à la guerre. Les mots avaient alors une force redoutable puisqu’ils décidaient des vies. On attendait, et on faisait confiance même sans nouvelle de l’autre pendant des périodes infinies.

Aujourd’hui , on commence à paniquer dès qu’on ne parvient pas à le joindre sur son portable. Que fait-il ? Pourquoi ne répond-elle pas ? Avec qui est-il ? L’angoisse a gagné du terrain. Nous sommes entrés dans une période sans retour qui signe la fin de l’attente, c’est à dire de la confiance et du silence »

A propos de la naissance et de la  » NECESSITE » du ROMAN :

(Pages 99 et 100 …)  » D’une voix assez hésitante, je me suis contenté d’évoquer une réflexion qu’avait menée Husserl au milieu des années trente sur la crise de l’humanité européenne. Les racines de cette crise (…) il les voyait au début des Temps Modernes, c’est à dire au moment où, après Descartes et Galilée, la science avait commencé à réduire le monde à un simple objet d’exploration technique. C’était selon lui à partir de là que l’homme, projeté dans les disciplines spécialisées du savoir, avait commencé à se perdre peu à peu de vue, jusqu’à sombrer dans ce que Heidegger appelait l' »oubli de l’être« .

Dans un de ses livres, Kundera revenait sur cette analyse (…) Il y avait selon lui, un lien étroit entre les racines de cette crise et l’art européen du roman (…). Car pour Kundera, le fondateur des Temps Modernes, ce n’est pas seulement Descartes, c’est aussi Cervantès :  » S’il est vrai que la philosophie et les sciences ont oublié l’être de l’homme, il apparaît d’autant plus nettement qu’avec Cervantès un grand art européen s’est formé, qui n’est rien d’autre que l’exploration de cet être oublié « .

Autrement dit, la raison d’être du roman serait précisément de nous protéger de cet oubli de l’être en tenant la vie sous un éclairage perpétuel. L’art du roman serait ainsi une déduction positive d’un malaise commençant avec les Temps Modernes. (…) Si le monde islamique avait généralement du mal avec le roman, c’était parce qu’il vivait, dans une grande partie, à une époque d’avant les Temps Modernes, englué dans les archaïsmes incompatibles par essence avec ce qui fonde le roman : la liberté, la fantaisie, la complexité, l’ambiguïté de toutes les vérités, et la supension du jugement moral. A cet égard, le roman pouvait facilement devenir le terrain d’opposition entre deux civilisations. »

D’où la « fatwah » contre Salman Rushdie ?

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