Pour « France 24 » : lettre ouverte au Directoire

Messieurs,

Chittagong, deuxième ville du Bangladesh (9 millions d’habitants…), en mars 2003, c’est à dire quelques semaines avant le débarquement des troupes de la « Coalition » en Irak . En marge de l’animation d’une formation de juges, policiers et personnels pénitentiaires sur la justice des mineurs, rencontre fortuite, dans un restaurant, avec le Directeur de l’Alliance Française de la ville.

Question : «  Mais qui donc dans cette ville vient s’inscrire à l’Alliance française pour apprendre le français ? « 

Réponse :  » Détrompez-vous : nous croulons sous les demandes d’inscriptions… Depuis que la France a pris position contre l’intervention en Irak, tout le monde veut apprendre le français… Depuis le début de l’année, les gens qui ont la télévision ne regardent que TV5, parce qu’ils ont le sentiment que c’est sur cette chaîne, et non pas sur CNN ou sur la BBC, qu’ils apprennent vraiment ce qui se passe à propos de l’Irak… »

Question :  » Mais comment suivent-ils une chaîne francophone ?
Réponse :  » Mais non, TV5 diffuse partiellement en anglais – ou sous-titrée… »

OUI, il y a place pour une chaîne francophone internationale.

On dira : « La Voix de la France« , et donc propagande ? C’est se boucher les yeux devant la réalité de l’offre médiatique, où tout un chacun décide désormais de se brancher sur une grande diversité d’émetteurs, sur son écran comme sur Internet.
Illusion d’objectivité ? C’est à vos journalistes de faire la preuve de leur honnêteté devant l’actualité.
Budget ridicule, comparé à ceux de CNN ou de la BBC ? A vous de prouver qu’on peut faire une chaîne « low cost » de grande qualité.

Mais que serait la qualité, ou plus exactement la plus-value d’une telle chaîne d’information en continu pour susciter un intérêt et une fidélisation, sans innovations ?.
Qu’y aurait-il donc de propagandiste à mettre en valeur des initiatives ou des projets mis en oeuvre par des Français à l’étranger ?

Pourquoi – pour une fois … – ne pas, de temps à autre, donner la parole et faire porter témoignage à ces milliers de Français qui travaillent dans les organisations internationales ?
Ne trouvez-vous pas qu’il serait utile – mais vraiment utile – de collecter des témoignages de ces jeunes français-e-s travaillant dans les organisations humanitaires ?
Ne pensez-vous pas qu’ils auraient des choses fort pertinentes à dire sur les situations dans lesquelles ils vivent et travaillent, avec autant d’obstination que de modestie, dans un anonymat définitif – sans pour autant leur mettre des auréoles – tout en conservant une indépendance sourcilleuse des stratégies marketing des organisations qui les envoient ?
Ne croyez-vous pas qu’ils auraient des choses à dire, autres que celles des stratéges, politiciens, et autres babillages de Douste-Blazy, sur les enjeux de la guerre mondiale de la communication ?

Merci d’intituler cette future émission : « Microcosmos »... ou le monde, vu par la lorgnette de ceux qui accompagnent les gens sous les bombes, de ceux qui sortent les enfants des prisons-cloaques, ou de ceux qui montent des coopératives de paysans sans terres, etc, etc…

Tous ces peuples qui subissent l' »actualité » décidée dans les sous-sols de la Maison Blanche, tous ces peuples qui mériteraient le Prix Nobel de la Patience, mériteraient peut-être aussi – pour ceux qui ont l’électricité et un écran… – qu’une chaîne internationale tente de parler d’eux et dans leur langue.

Constantine (Algérie), novembre 2006. Après le travail, visite d’une ville nouvelle, Ali Mendjeli, à 15 kms.
Construite en moins de 8 ans, en partie par des Chinois (qui vivent dans des baraquements de type « après-guerre », et travaillent au rythme des  » 3 x 8 heures « ).
150 000 habitants, dans un alignement d’immeubles de 10 à 15 étages, le long de boulevards au tracé géométrique. Les rues sont goudronnées, mais les trottoirs et espaces libres pas encore complètement aménagés. Les bull-dozers sont toujours là.

Le plus frappant ? Chaque appartement à son antenne parabolique : il y a plus d’antennes que d’arbres dans cette ville. Aucun loisir collectif, malgré quelques espaces aménagés pour les jeunes amateurs de football de rue.

Travailler, manger, dormir. La seule chose à faire en famille ? Regarder la télévision…
On peut le regretter, mais quand on veut regarder des chaînes étrangères, ou bien elles sont anglophones et les gens ne comprennent rien, ou bien elles sont francophones (les chaînes traditionnelles françaises), avec soit des films américains, soit les bouillies de Jean-Pierre Pernaud qui, sur TF1, donne des nouvelles du gavage des oies dans le Périgord.

Il y aura toujours de la place pour la qualité et la créativité dans le monde des médias, si l’offre est intelligente et honnête. Si vous mettez les lunettes des publics auxquels vous vous adressez, il y a de l’espoir.
A condition cependant de laisser le sinistre LeLay patauger dans les méandres de son « cerveau disponible ».

Qui a dit qu’il y avait un seule monde sur cette terre ?
Alors, bon vent à France 24.

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