Babils de campagne (2)

Entendu ce matin dans l’excellente émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut, sur France-Culture, à propos du rugby, la citation d’un joueur qui disait :

« Au rugby, il y a deux catégories de joueurs :
ceux qui déménagent les pianos
et ceux qui jouent du piano ».

Dans une campagne électorale, cela doit être à peu près la même chose :

Il y a, de chaque côté, les déménageurs, les « officines d’argumentaires », à la recherche de la phrase qui cogne pour aller dans le sens des propos du « Café du commerce », mais le-la candidat-e ne se permettra jamais de descendre à ce niveau : il y a assez de sbires et d’exécuteurs de basses oeuvres pour en rajouter dans le zèle, en espérant le retour d’ascenseur après l’élection.

Il y a aussi les joueurs de piano, celles et ceux qui réfléchissent, qui formulent, qui argumentent et débattent sur le fond des analyses et des propositions, qui construisent et entretiennent les réseaux, et qui ont parfois de l’humour.

Dans le paysage, à ce jour, de cette campagne présidentielle, laquelle occulte les élections législatives qui suivront, les deux candidats actuellement en tête des perspectives du second tour, il y a cependant un certain décalage :

Sarkozy dispose de toutes les manettes des officines par son poste de Ministre de l’Intérieur, avec une longue tradition de basses oeuvres héritées de la plus mauvaise part du gaullisme (avec les rats qui ont bouffé la statue du gaullisme par les pieds), tout en ayant les moyens d’information de ce poste-clé que constitue ce Ministère, en tant qu’organisateur logistique des deux élections à venir. (Aussi pour empêcher que ses propres casseroles ne soient exposées sur la place publique ?

Royal doit – comme toute aspirante à une fonction importante dans ce pays machiste – apporter la double preuve de sa compétence : en tant que femme d’abord, mais aussi du fait qu’elle ne dispose pas des effets d’annonce des milliards promis aux uns et aux autres.
Avec un autre handicap pour l’instant : les éléphants qu’elle a battu dans les primaires se taisent et ne manifestent aucun soutien public, alors que du côté de Sarkozy, toutes les haines accumulées dans les boudoirs se sont tues et désormais tous les acteurs chantent en choeur :  » Sarkozy est le seul capable de nous sortir de là« …
Et sur la base du principe bien connu :  » Plus c’est gros, plus ça passe…« , Sarkozy tient le manche pour l’instant.

Pourtant, dans ses discours, Royal – si on veut bien l’écouter – est parfaitement à la hauteur du rôle de Présidence de la République : cette fonction étant « en charge de l’essentiel », elle n’a pas à s’expliquer sur le différentiel d’inflation entre la France et tel autre pays. Elle doit s’exprimer sur les grands équilibres – joli mot qui comprend les deux mots : équité et liberté.
Le reste dépendra des élections législatives – d’où viendront les lois qui s’imposent à tous, même si la majorité n’est pas celle du Président. Les législatives sont, au fond, plus importantes que la présidentielle, dont la campagne consiste pour l’instant, les médias aidant abondamment, à « épiler les chenilles » des petites phrases des uns et des autres.

De toute façon, la décision se fera sur le degré et le contenu de la colère qui gronde dans le silence des chaumières.

On se risquera à dire qu’en réalité, les Français rêvent d’une formule idéale :

Un Président de droite, qui s’occupe des relations internationales et de la sécurité du pays
Un Parlement socialiste, qui vote des lois de liberté et d’équité au niveau national
Des mairies communistes, qui s’occupent vraiment des gens dans les quartiers.

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3 Responses to Babils de campagne (2)

  1. Briavel dit :

    Votre formule idéale me laisse perplexe …

    Ces équilibres sont incompatibles les uns avec les autres. De plus, il ne suffit pas d’être « de gauche » pour avoir une conscience sociale et il faut aussi que le « welfare state » soit tout de même équitable.

    Il faut rompre avec la politique d’assistanat dans laquelle la France est plongée. Le RMA, le CPE, le CNE et tous les autres contrats doivent permettrent à chacun de s’inscrire dans la société, créé les conditions de la croissance et permettre d’offrir des aides à ceux qui en ont besoin à un moment donné. Il ne faut pas que l’assitanat reste une mode d’existence source des plus grandes rancoeurs.

  2. H.Timoumi dit :

    Bonsoir,

    Pour reprendre la source des plus grandes rancœurs, je pense personnellement qu’il me paraît difficile, même si je fais un effort, d’accepter que des dirigeants de sociétés profitent largement de la productivité de leurs entreprises en oubliant seulement qu’il s’agit là d’un travail d’équipe, de toute l’équipe. C’est pour moi très choquant de voir combien les dirigeants des sociétés s’empifrent seuls et de façon très individualiste tandis que leurs cadres et leurs employés s’attèlent à la tâche sans partager les fruits de la labeur commune. Comptez-vous vraiment nous faire croire longtemps que les dirigeants des sociétés privées ou publics naviguent en solitaire.
    Je reste encore profondément perplexe au regard des différences de salaire entre un employé et un dirigeant.

    Cordialement.

  3. Réponse à Briavel (commentaire ci-dessus) :

    Entre la répression et les insultes d’une part et l’assistanat d’autre part, il y a place pour une politique sécuritaire de proximité et de prévention dont les gouvernements Raffarin et Villepin ont sabré les budgets.
    On a vu le résultat dans les banlieues wn novembre dernier.

    Réponse à H.Timouni (commentaire ci-dessus) :

    On n’imagine pas la légèreté et l’arrogance d’une bonne partie de ces dirigeants qui font mine de s’intéresser à l’avenir du monde, par exemple à Davos (qui n’est qu ‘un « loft » ou une « Star Académie » des leaders mondiaux politiques et économiques), et qu’indiffère complétement le sort quotidien de la moitié de l’humanité.
    Il y aura un retour de bâton, mais sous quelle forme ?

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