« Guinée, le drame ignoré » (Mr Tierno Monénembo)

Voici, pour celles et ceux qui auraient échappé au courrier des lecteurs de « Libération », le texte (court) envoyé par Mr Tierno Monénembo, écrivain guinéen, sur la situation désespérante en Guinée (Conakry).

Il y a ainsi des pays où l’Etat disparaît progressivement, par incompétence et corruption des dirigeants, par mépris du peuple, par indifférence des médias internationaux.

A quoi ont donc servi les 50 dernières années de coopération bi-latérale, multilatérale, les centaines d’organisations internationales, inter-gouvernementales et non-gouvernementales qui y ont travaillé … si c’est pour en arriver aux témoignages directs suivants :

 » 22.01.07 :
Au CHU de Donka, à 16 h 30, 104 blessés avaient été enregistrés (jeunes pour la plupart et essentiellement blessés par balle) ; 12 morts (dont 6 décédés de leurs blessures à l’hôpital) ; 5 autres morts n’ont pas été enregistrés à l’hôpital mais ont été vus portés par les manifestants.
Une coupure d’électricité de 45 minutes a retardé la prise en charge au bloc opératoire. A 14 h 10 , les forces de sécurité (police et militaires) ont envoyé des gaz lacrymogènes et quelques tirs en direction de l’entrée de l’hôpital. »

23.01.07 :
Ce mardi, on constate : 18 blessés admis aux urgences ; 2 corps déposés à la morgue ; 10 blessés admis la veille sont décédés dans la nuit. On note les difficultés suivantes : nombreux blessés en attente de chirurgie ; difficultés de renouvellement des équipes médicales (notamment des chirurgiens) ; manque de carburant pour l’ambulance assurant le ramassage du personnel médical ; manque de nourriture, d’eau et de sang pour les malades. »

24.01.07 :
« Le Directeur a refusé qu’on l’aide à lister les blessés hospitalisés. On a fait le tour des salles où l’on note un assez fort taux d’abandon, parce qu’il n’y a pas à manger. Jusqu’à ce matin, il était aussi demandé aux patients de se procurer les médicaments, alors que d’importantes donations ont été faites hier ! Le « classique » habituel … Mais les agences donatrices s’en tiennent au discours habituel : responsabiliser le système… Comme si elles n’avaient pas compris les raisons pour lesquelles les gens vomissent ce système …
(…)
Alors que 125 patients étaient bel et bien présents hier, on ne trouve aujourd’hui que
7 patients en chirurgie thoracique ; 6 patients en neuro-chirurgie ; 22 en traumatologie et en chirurgie viscérale ; 1 en chirurgie pédiatrique (2 autres enfants sont décédés) ; les 8 patients qui étaient en réanimation sont décédés ; 3 nouveaux cas sont arrivés aujourd’hui aux urgences mais n’ont pas été hospitalisés.
Tous les autres seraient sortis, faute de nourriture et de médicaments. »

Dans l’hypothèse où quelqu’un serait intéressé de savoir sur la base de quel accord la grève générale a pris fin ce 28 janvier, voici le texte intégral du communiqué de presse.

Mise à jour (04.02.07) : En réponse au commentaire de « Roméo » (ci-dessous), il faut préciser que face au spectacle de désastre de certaines régions qui s’enfoncent dans le sous-développement et la misère, il existe pourtant désormais dans tous les pays, des personnes formées, compétentes et honnêtes, en mesure de porter un diagnostic sur leur propre pays et les pistes de travail pour en sortir. Il faut avoir fréquenté les Forums Sociaux Mondiaux pour s’en convaincre – à condition de ne pas se satisfaire des échos médiatiques lointains de soi-disant « chaos » de ces Forums.
Et ce « vrai développement » que constitue l’émergence d’une classe d’individus capables est aussi dû au travail des ONG depuis 30 ou 40 ans sur le terrain, dans les villages, dans un travail obscur, anonyme (le travail de formation d’acteurs nationaux n’intéresse aucun média), mais réel.

L’étape suivante sera désormais de leur donner la parole et de faire en sorte que ces  » nouvelles élites « , ces « acteurs du futur  » aient la possibilité de concevoir ce qui est un vrai développement pour leurs pays et de disposer des moyens de le mettre en oeuvre. Ce n’est plus au  » Nord  » de dicter au  » Sud  » les voies du développement à l’occidentale, selon une conception qui est par ailleurs largement remise en cause au sein même des pays du Nord.

Saviez-vous qu’on « célèbre » cette année le 10 ème anniversaire de la disparition du Ministère français de la Coopération ?

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One Response to « Guinée, le drame ignoré » (Mr Tierno Monénembo)

  1. Roméo dit :

    Est-ce la suite, 50 ans après, de l’indépendance unilatérale décidée par Sékou Touré?
    Doit-on regretter le chemin pris par la Guinée par rapport à la Côte d’Ivoire? Les choses vont-elles mieux à Abidjan, grâce à la Françafrique?
    Questions…Interrogations…et aussi de la tristesse et de la lassitude face à ce type de constat!

    Amitiés
    Roméo

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