Merci, Madame Louise Arbour

Dans une interview accordée au « Monde » (07.02.07), Mme Louise ARBOUR, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme, mais aussi ancienne Procureure des Tribunaux Pénaux Internationaux (Ex-Yougoslavie et Rwanda) apporte – enfin – quelque clarté sur l’éternelle et délicate question de savoir s’il faut attendre la fin de négociations dans un conflit armé avant de poursuivre les auteurs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Autrement dit, la Justice internationale doit-elle attendre que la paix soit rétablie pour engager des poursuites, puisque dans un conflit, l’urgence de toutes les urgences, c’est la fin des combats et des souffrances des populations civiles ?

SWITZERLAND UN

Extraits :
« Certains disent : la paix d’abord, la justice ensuite. (…) Or, « asservir la justice à des processus politiques, c’est la compromettre. Quand on commence à dire que « la justice doit intervenir au bon moment », par définition, on l’instrumentalise. »

« Quand j’ai inculpé Milosevic, la majorité des opinions de l’OTAN était qu’un acte d’accusation serait catastrophique, que Milosevic allait se braquer. Moi, j’ai décidé que je porterais des accusations au moment approprié sur le plan de la justice. Huit jours plus tard, le conflit était terminé.
Je ne veux pas suggérer que c’est l’acte d’accusation qui a mis fin au conflit, mais on ne doit pas présumer des conséquences d’un geste de justice, surtout si c’est un geste qui a sa propre intégrité.
LA JUSTICE A SES RAISONS QUE LA RAISON POLITIQUE NE CONNAÎT PAS. »

Question : « Vous suggérez que des inculpations pourraient faciliter un réglement de la crise au Darfour ?
Réponse :  » Non. Je ne spéculerais ni dans un sens ni dans l’autre. Porter des accusations de génocide, de crimes contre l’humanité est un geste très solennel, qui a des conséquences importantes pour les victimes, pour l’accusé, et pour l’environnement international. Je me fais l’avocate de cette position extrême parce que personne d’autre ne le fait. Tout le monde parle de compromis, mais moi je pense qu’on doit dissocier les agendas.
Quels sont donc les résultats politiques actuellement au Darfour
pour nous dire d’y aller doucement avec la justice ? »

Le contexte afghan ?
« Dans ce pays, le premier geste de justice, important, c’est la « vérification » : empêcher que des personnes contre lesquelles il y a des preuves sérieuses puissent accéder à des postes importants dans le domaine politique, dans la fonction publique, dans la police.
Certains répondent qu’alors, ils continuent leurs activités de « seigneurs de la guerre ». C’est spéculatif. Et même si c’était le cas, que va-t-on faire ? Légitimer leur pouvoir ? Cela non plus n’est pas acceptable. »

Voilà qui est lumineux – et qui devrait moucher un certain nombre de sceptiques grincheux sur l’existence et le fonctionnement de la Cour Pénale Internationale, mais aussi l’administration américaine sur le risque politique du fonctionnement et des actes de cette Cour.
Tant qu’il y aura des juges internationaux qui auront la perspective et la conscience – pas seulement professionnelle – de Mme Arbour, et qui porteront l’exigence de justice à l’abri des toutes les compléxités géo-stratégiques, diplomatiques et politiques, il y a tout lieu d’espérer des progrès, lents, peut-être millimétriques, mais irréversibles, de la justice pénale internationale – qui, après tout, est aussi une forme de mondialisation.

L’administration Bush passera,
Ben Laden et les Talibans passeront.

La Justice passera aussi ,
mais dans l’autre sens…

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2 Responses to Merci, Madame Louise Arbour

  1. Juliette dit :

    Mme Arbour voilà encore une femme à féliciter! Les femmes dans le monde sont vraiment l’avenir de l’Homme!
    amitiés,
    Juliette

  2. […] du Président du Soudan, Omar-El-Béchir, par la Cour Pénale Internationale ? Se reporter à un billet précédent de ce blog, avec une interview (07.02.07, “Le Monde”) de Louise Arbour, Haut-Commissaire aux […]

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