Lettre ouverte à Mr José Bové

Monsieur,

En pleine campagne pour l’élection présidentielle, vous êtes probablement celui des candidat-e-s qui est le plus transparent et donc le plus crédible, car votre ambition n’est que celle de votre vision du monde.
Le paradoxe veut que dans une société dite de communication, vous êtes probablement celui qui a le moins de moyens, le moins de boutons où appuyer pour avoir les médias avec le doigt sur la couture du pantalon, mais en même temps celui qui est le plus en phase avec la réalité d’une campagne présidentielle, à savoir qu’elle se joue sur les plaques tectoniques d’une société dite « civile » (pléonasme).

Vos analyses radicales sont globalement justes, parce qu’elles sont mondialisées, et qu’elles expriment le mieux les enjeux et les risques d’une croissance néo-libérale dont les ravages ne sont probablement pas encore suffissament graves pour que le curseur de l’air du temps revienne au rôle de l’Etat, comme étant à la fois source et garant des droits humains universels : même le président Chirac assure (mais en fin de mandat, après 40 ans de vie politique à lutter contre « le front marxiste« …) que « la maison brûle, et nous regardons ailleurs » et que (si l’on en juge par les citations du livre que lui consacre Pierre Péan) « le néo-libéralisme est aussi grave et condamnable que le communisme » (citation de mémoire).

Au risque de surprendre, le chiffrage de votre programme à 135 milliards d’euros est plus crédible que celui des « grands candidats », engagés dans une « bataille de polochons » quotidienne pour nous convaincre que leur programme ne coûtera « que » 35 ou 38 milliards, chiffres auxquels personne ne croit, puisqu’ils dépendent de « la croissance » dont, par ailleurs, nous commençons sérieusement à douter qu’elle soit durable.

Effectivement, le coût des mesures qu’il faudrait prendre pour renverser la vapeur d’une possible destruction de l’humanité par les enjeux climatiques, s’ajoute aux coûts des probables conflits par désespoir de catégories entières de populations affamées et appauvries par la criminalité économique internationale, par l’engloutissement de sommes à dimension quasi-métaphysique dans des budgets sécuritaires , sans oublier le coût des « manques à gagner » des investissements durables qui ne sont pas réalisés dans la santé, dans l’éducation, etc…

Vous êtes le seul à incarner cette idée que si des catégories entières de populations des pays émergents sortent de la pauvreté, cela ne devrait pas être au prix d’un mode de croissance économique dont nos sociétés développées prennent conscience qu’en continuant ainsi, l’humanité va dans le mur de l’appauvrissement et d’une possible auto-destruction : si 300 millions d’Indiens ou de Chinois quittent la pauvreté pour entrer dans la catégorie des classes moyennes, est-ce pour acheter des voitures 4 X 4 qui consommeront 18 litres/100 kms ?

Vous êtes le seul à promouvoir une solidarité internationale entre les paysans européens et ceux du Burkina-Faso ou du Bangladesh : c’est effectivement cela, le réalisme.
Oui, le réalisme est de votre côté, et non du côté de ceux qui consacrent des centaines de milliards de dollars tous les 6 mois pour lutter c ontre le terrorisme au prix de 3 500 morts civils par mois en Irak, ou du côté de ceux qui, après 50 ans de coopération bilatérale, multilatérale, intergouvernementale ou internationale, conduisent un pays comme la Guinée vers l’état de décomposition sociale, de délabrement économique et de jungle où il se trouve, noyé depuis des décennies sous les tonnes de charabias de congrès, séminaires, colloques, et autres symposiums sur l’exigence de « bonne gouvernance ».

Oui, le réalisme est du côté de ceux qui comme vous, pensent que le tiers-monde n’est plus une notion géographique, et que la ligne de partage – si l’on peut dire – entre développement et sous-développement traverse tous les pays. Dans 30 ans, nos sociétés peuvent devenir des « tiers-monde de vieux »...

Mais si vous obtenez les 500 signatures pour présenter votre candidature officielle, vous ferez entre 0,5 et 3 % des voix exprimées, selon le nombre de candidat-e-s des « petits partis » qui ne veulent pas mourir écrasés sous les chars des « grands partis » et des cohortes médiatiques à leur solde.

Beaucoup de gens vous écoutent avec attention, et avec l’intuition qu’au fond, « très au fond », vous avez raison. Mais la mécanique électorale fait que, comme cela est bien connu, « au premier tour de l’élection on choisit, et au second tour, on élimine ». Or, même dans le premier vote, la peur d’avoir le F.N. – le « Furoncle National« – arriver au deuxième tour, en incitera beaucoup à « voter utile »… pour éliminer la honte et la haine dès le premier tour…

Pas grave… Avec le temps, tout le monde reconnaîtra que vous avez raison.
Comme disait J.F.Kennedy,  » le problème apparent est toujours en retard sur le problème réel. »

Car même si la vulgate médiatique ironise sur les « candidatures de témoignage », la vôtre en vaut la peine, même si, par incompétence technique, on n’est pas forcément sûrs que vous ayez raison sur chacun de vos arguments.

Mais on vous souhaite d’avoir vos 500 signatures pour que vos analyses ainsi officialisées soient dûment protocolées et ressortent au fur et à mesure que les désastres qui s’annoncent dans l’aveuglement général se réaliseront. Le jour où les puissances économiques et politiques comprendront que leur propre survie est en jeu, elle seront au pied du mur et elles sauront s’adapter. En espérant, pour nos propres enfants, qu’il ne sera pas trop tard.

Publicités

2 Responses to Lettre ouverte à Mr José Bové

  1. j-jour dit :

    Peut-être est-il encore temps de faire plus que simplement souhaiter que José Bové ait ses 500 signatures et de se mettre à écouter vraiment l’intuition de ce « très-fond » qui dit qu’il a raison, pour ne plus être le jouet de la « mécanique », rattrapper le « problème réel » et crever les apparences?

    Cordialement.

  2. cathy jeune dit :

    j’aspire a un autre monde…pour mes /nos enfants!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :