Kosovo : pourquoi pas l’impossible ?

Dans la lancinante question du Kosovo qui a occupé la mission onusienne de Mr Ahtisaari pendant des mois, on a le sentiment de se retrouver au point de départ d’il y a cinq ans…

La recommandation d’accorder une indépendance sous contrôle international ne signifie rien d’autre que de faire perdurer le conflit. Il y a aura toujours un blocage des Serbes sur le mot indépendance, et le même blocage, dans l’autre sens, sur le même mot du côté des Kosovars musulmans.

Or lorsqu’un problème semble désespérement bloqué, il faut se demander si la question est bien posée.

D’un côté, est-il pertinent de continuer à tenir compte de l’attachement des Serbes à la terre kosovar alors qu’elle est habitée depuis des lustres par des Kosovars musulmans ? L’intransigeance des Serbes reste ancrée dans les motifs qui les ont conduit à la guerre que l’on a connue il y a plus de dix ans. Malgré toutes les missions en tous genres, on est toujours au point mort.

De l’autre côté que signifie, chez les Kosovars, d’exiger l’indépendance immédiate pour ensuite, six mois après, demander l’ouverture de négociations pour une adhésion future à l’Union Européenne, alors que, simultanément, de son côté, le président serbe ne cesse de dire que « l’Union Européenne est le partenaire le plus important de la Serbie et que le pays n’a aucune autre perspective que celle de l’Europe » ?

Voilà deux entités au contentieux historique insoluble, mais qui ne cessent de soupirer ensemble devant la même Union Européenne
Pourquoi l’Union Européenne ne tiendrait-elle pas le discours suivant :

Aux Serbes :  » Vous n’aurez aucune perspective d’intégration progressive à l’Union Européenne si vous n’acceptez pas d’abord l’indépendance du Kosovo. »

Aux Kosovars :  » Vous n’aurez aucune perspective d’intégration dans l’Union Européenne si vous n’acceptez pas de vivre avec les Serbes et de respecter leurs droits sur votre territoire, comme tous les pays du monde qui doivent gérer et respecter leurs minorités. »

Evidemment ce discours est totalement naïf…

SAUF….

Sauf si l’Union Européenne assortit ses menaces/promesses de substantiels perspectives budgétaires à la clé.
Car lorsqu’on a la chance d’aller de temps en temps au Kosovo, on se dit qu’autant la présence militaire de la KFOR se justifiait le temps nécessaire pour cicatriser les conséquences des massacres et nettoyages ethniques, autant, dix ans plus tard, il serait temps de se dire que si on promettait aux deux côtés la valeur financière du coût du maintien de l’UNMIK et de toutes ces forces militaires convertis dans les investissements économiques, ils y réfléchiraient à deux fois.

Ce ne serait pas la première fois que les puissances mondiales mettent fin à un conflit en « arrosant » les belligérants pour les calmer et les contraindre à surmonter leurs perceptions et leurs haines respectives.

Et si l’Europe n’est pas une puissance mondiale capable de tenir un nouveau discours de développement économique plutôt que de continuer à « épiler les chenilles » dans des négociations sur la base de discours parallèles qui sont les mêmes depuis 10 ans et dont on sait qu’ils ne déboucheront sur rien d’autre qu’un statu quo ou une nouvelle guerre… c’est à déséspérer de l’Europe, qui a pourtant réussi à réconcilier la France et l’Allemagne, les pays de l’ouest et les pays de l’est, etc…

Le Kosovo est la région d’Europe où la population est la plus jeune : près de 50 % de moins de 20 ans... Il faut se promener dans les rues de Pristina ou de Mitrovica pour voir cette masse de jeunes oisifs dans les rues à fantasmer sur tous les formes possibles et imaginables de trafics en tous genres, et qui se demandent tous les matins comment quitter pays…
La moitié de la population n’a aucune perspective économique
, même à court terme, alors que des investissements économiques pourraient faire re-démarrer une économie de la taille de n’importe quelle petite région d’un pays de l’Union Européenne : ça coûterait quoi à l’Union Européenne de dire aux Kosovars :  » Vous acceptez des compromis et nous investirons des fonds de développement régional » et de dire aux Serbes :  » Vous acceptez de donner l’indépendance au Kosovo et l’aide financière européenne affluera – de toute façon une fois que vous serez dans l’UE, il y aura libre-circulation des biens et des personnes… »

Si vous allez à Mitrovica, et que vous vous vouliez passer de la zone kosovar à la zone serbe, vous devez franchir un pont sévèrement gardé par des soldats de la KFOR, mais – le croirez-vous ? – il suffit, en fait, de contourner la ville par ce qu’on pourrait appeler les boulevards extérieurs – ou les routes de campagne – pour vous retrouver de l’autre côté sans aucun contrôle d’aucune sorte… La haine est concentrée sur un pont… Cela en devient ridicule.

A quoi cela sert-il de continuer à vouloir négocier entre deux parties prêtes à s’entre-tuer pour des frontières, alors que le rêve des deux parties en conflit est d’adhérer à la même Union Européenne, ce qui aurait pour conséquence d’abolir les frontières ?

Advertisements

2 commentaires pour Kosovo : pourquoi pas l’impossible ?

  1. olivier dit :

    Cela vous renseigne aussi sur le sens de ces adhésions à l’U.E qui ne correspondent en rien à ce qui a animé De Gaulle et Adenauer, par exemple.

    Je parlerais d’adhésions brutales.

  2. […] (Voir billet précédent sur le Kosovo : “Kosovo : pourquoi pas l’impossible ?“) […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :