Babils de campagne : pour Ségolène Royal

D’abord, un sentiment :

En allant voter le 22 avril vers midi, dans une commune de la banlieue lausannoise, flottait une sympathique ambiance « bon enfant », par une belle et chaude journée, au milieu d’une affluence d’inconnu-e-s qui avaient plutôt l’air de venir à un pique-nique campagnard – ce qui tranchait avec l’enjeu dont chacun-e avait probablement conscience.
Un étrange mélange de forte appartenance communautaire et de secret individuel, pour un enjeu d’une certaine gravité, mal dissimulé – surtout chez les fameux « indécis » – derrière des plaisanteries et jeux de mots bien français entre des gens qui, pour la plupart, ne se connaissent pas.
La démocratie, à ce très court moment-là, avait un certain charme et on se dit qu’il y a tant de peuples dans le monde qui aimeraient pouvoir « remplir leur devoir » dans cette atmosphère.

Ensuite le taux exceptionnel de participation…
Comme disait Chirac dans son dernier discours télévisé « … d’une France qui n’a pas fini d’étonner le monde. »

Quant aux résultats, tout a été dit et répété à satiété.
Quelques impressions cependant :

N.Sarkozy a peut-être engrangé dès le premier tour le potentiel de voix d’extrême-droite « lepeniste » qu’il ambitionnait de prendre dans ses filets. Pas sûr que les 10% des votes exprimés pour Le Pen le rejoignent au deuxième tour.

S.Royal – quoiqu’on pense de sa personnalité et de son programme – a clairement montré sa capacité d’être à la hauteur de l’enjeu, sa résistance, son obstination et sa clarté. Mais curieusement, le ton de son discours de Melles, dès l’annonce des résultats, avait quelque chose d’anxiogène et de « dur », qui s’explique peut-être par la conscience spontanée de ce qui lui tombe sur les épaules et de ce qui se prépare pour le deuxième tour. Quelque chose du genre de ce que disait Mitterrand apprenant son élection en 1981 :  » Enfin, les problèmes commencent…« 

L’excellent score de F.Bayrou, outre les quelques « pourcents » de l’électorat centriste traditionnel, démocrate-chrétien (surtout dans l’Ouest de la France), montre qu’il a attiré de nombreux électeurs indécis, dont on peut distinguer probablement deux catégories : les indécis « de conviction » (devant la crise, il faut attirer les compétences des deux côtés) et les indécis « tactiques »(on vote dès le premier tour pour celui que les sondages disent garantir l’éviction de Sarkozy au deuxième tour).

Le Parti Communiste bouge encore, mais son suicide est interminable…

Quant aux candidat-e-s de l’extrême-gauche et aux anti-libéraux et altermondialistes, leur score est inversement proportionnel à l’importance de leurs analyses et de leurs alertes, très écoutées et probablement assez approuvées, y compris pour les écologistes, mais ce sont des discours de « société civile », autrement plus indispensables dans les débats et décisions de la vie politique permanente que pour prendre les manettes du pouvoir.
Il n’y a pas d' »éthique de la responsabilité«  sans « éthique de conviction« , celle-ci alimentant celle-là, à condition que, dans une véritable démocratie, leurs incarnations respectives ne soient pas les mêmes personnes.

Pour le second tour – et donc sans connaître le résultat final du 6 mai – le choix se fera essentiellement sur la personnalité et donc sur la pratique du pouvoir que l’on pressent chez les deux candidats : lequel des deux sera à l’écoute de la société civile ?

Il n’y a ni honte ni trahison à tenter pour le deuxième tour de rassembler une majorité de Français sur des valeurs fondamentales, notamment en matière institutionnelle – ce qui est malgré tout la première responsabilité d’un-e président-e.
L’objectif d’une élection est de gagner et donc il faut rassembler.
Ce serait une trahison sciemment organisée que d’assurer la victoire de la droite en se maintenant dans un discours de radicalité politique : avoir raison et être sûr de perdre…
Sans oublier que peut-être certaines représentations socialistes ont vieilli, comme leurs militants…
La mondialisation est une réalité qu’il faut affronter et non pas fuir : mieux vaut élire un-e président-e qui ouvre large une coalition gouvernementale dès lors qu’on a la certitude que la « société civile » saura se faire entendre, à partir du moment où la démarche de démocratie participative a été annoncée.
En face, à droite, le discours de la « mondialisation-chance » serait l’ouverture à quantité de décisions et de lois à la fois répressives et créant de l’injustice utilisant la mondialisation comme prétexte facile et « passe-partout ».

S. Royal a marqué un grand point psychologique en acceptant de dialoguer publiquement avec F.Bayrou, alors que le refus de N.Sarkozy traduit une rigidité qui en dit long sur son éventuel futur style d’exercice du pouvoir.
N.Sarkozy nous refera-t-il le coup du slogan de Chirac dans les années 70, dénonçant le « Front Marxiste«  de son adversaire ?

Dans une campagne de ce genre, ce ne sont pas les attaques et les critiques qui font la décision, c’est surtout la manière dont les candidat-e-s les encaissent et y répondent.

Incontestablement, Ségolène Royal a la vision et la perception juste et concrète de l’état de la France, l’ambition et l’assurance, le langage et le sens politique, le tempérament et les nerfs pour assumer la charge.
N.Sarkozy a l’arrogance de celui qui s’y croit déjà – et depuis toujours. Or  » ce ne sont pas les doutes qui rendent fou, mais les certitudes… » Sans oublier le marigot des affairistes de haut-vol (sic) qui s’engouffreront derrière lui, ni les grandes orgues de la mondialisation sauvage qui rugiront, s’il est élu.

Votez Ségolène Royal, sans hésitation.

Petite question anecdotique pour finir : que se passe-t-il dans la tête
– des 186 habitants de Tahiti qui ont mis un bulletin « Schivardi » dans l’urne ?
– des 25 électeurs qui ont choisi « Nihous » à Wallis-et-Futuna ?
– des 17 électeurs de « De Villiers » à St Pierre-et-Miquelon ?

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4 Responses to Babils de campagne : pour Ségolène Royal

  1. Posuto dit :

    Excellent résumé ! Ne pourrait-on pas distribuer ce billet dans las boîtes aux lettres ?
    Mais, je doute, je doute… J’ai trouvé la prestation de Royal à A vous de Juger parfaite, un sans faute, une stature de chef d’état, innovant…mais j’ai lu ça et là que nombres d’internautes l’avaient trouvée soporifique…C’est désespérant. Mais, on ne doit pas désespérer ! 🙂

  2. M a n u dit :

    A lire aussi :
    – Sur le blog Jean Zin : L’amour du maître ou de la démocratie ?
    http://jeanzin.free.fr/index.php?2007/04/26/87-l-amour-du-maitre-ou-de-la-democratie

    svp BB … ne surchargez pas vos articles de mots en caractères gras.
    Dans l’écriture web, le fond et … la forme sont importants.

    Bonne continuation.

  3. bernard dit :

    J’ai toujours un immense plaisir à vous lire. Je rejoins une remarque précédente, elle est cosmétique : vous d’abusez de caractères gras
    C’est la preuve que vous voulez convaincre
    félicitations pour vos analyses

  4. Kamizole dit :

    hélas, trois fois hélas, nous connaissons aujourd’hui la suite…
    mais à lire divers articles du Monde.fr il semble bien que Ségolène Royal n’ait pas du tout envie d’abdiquer. Cela va rendre les éléphants fous furieux ! ils pensaient qu’en l’enfonçant suffisamment elle disparaitrait de la surface. Raté…

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