« Un si détestable petit livre » de Mme I. Saporta

Ce blog s’est suffisamment exprimé, dans ses billets précédents, sur les défauts, voire les perversions des ONG, pour se sentir libre de considérer l’ouvrage de Mme Isabelle Saporta comme détestable.

Ce livre intitulé «  Un si joli petit monde » (« Dans l’arrière-boutique de l’autre gauche et des altermondialistes« ) aux Editions La Table Ronde, fait partie de ces livres-« exercices de style », dont le caractère systématique tourne au dérisoire. En se focalisant, à répétition, quasi-obsessionnelle, sur deux ou trois associations françaises de défense des droits humains, l’auteur dénonce une série de comportements, de raisonnements, de faux-semblants, d’échecs parmi les dirigeants (fondateurs ou non) d’ONG, dont l’ego sur-dimensionné génère quantité de turpitudes au détriment des « sans-voix » qu’ils prétendent défendre.
Le ton particulièrement acerbe donne le sentiment, journalistiquement répandu, de dévoiler les « choses cachées » du militantisme, dans ce qui serait une gigantesque pagaille psychologique de manipulations, de postures/impostures, de contradictions entre le discours et la pratique, d’incohérences dans les slogans.

Mme Saporta sait pourtant fort bien que  » qui prétend vivre par les médias mourra par les médias« , que l’ego des journalistes n’a rien à envier à celui des animateurs de mouvements militants et que si on se lançait dans l’analyse psycho-machin des séances de rédaction, il y aurait de quoi se tordre de rire…

« Comme les formations totalitaires, les organisations alters doivent rester en mouvement pour perdurer.(…) On trouve également chez elles la référence à l’instinct, au vitalisme, à la supériorité de l’intuition sur la raison, de l’action sur le programme, qui correspond à une véritable apologie de la force. » N’importe quoi …Une association qui ne se donne pas un plan de travail, une organisation structurée, une réflexion stratégique, ne dure pas six mois.

Oui, au sein d’associations, il a des gens qui – heureusement – ont des intuitions, des coups de gueule, des colères, mais s’il n’y a pas des gestionnaires, des procédures collectives de consultation et de décision, des communicants, des spécialistes de la recherche de financements, ils se plantent avant même d’avoir fini la première conférence de presse…

Comment peut-elle affirmer » qu’il est rare que des militants fassent passer leur cause avant la visibilité de l’association » ? Ce risque est évidemment élémentaire, comme celui de faire passer les situations individuelles sous la hache des principes, et certaines associations tombent dans le panneau – en général à l’occasion de convulsions institutionnelles auxquelles elles n’échappent pas, comme toutes les institutions humaines.
Ce qui est arrivé au sein du mouvement « Attac » est effectivement pitoyable, mais à côté de cet « exemple », combien d’associations font un travail remarquable dans un certain anonymat, et avec un acharnement et une obstination dont il n’y a pas un seul mot dans son livre.

Mme Saporta est-elle sortie une fois au-delà du Boulevard Périphérique ?
A-t-elle une fois mis les pieds dans un Forum Social Mondial, avant de se répandre sur la psychologie des altermondialistes ? Elle y aurait certainement vu autre chose qu’une « pathologie de l’illusion transitant entre détresse et bouffonnerie« . Oserait-elle encore dire que « la seule vraie différence « (avec les militants des partis) « est que leurs associations n’ont aucune efficacité », (et se ) « fourvoient en abandonnant l’engagement, l’action, au profit de leurs dérives qui seraient tragi-comiques si elles n’étaient ubuesques » ? Etc, etc… 180 pages du même jus…

Remarquez, c’est un style comme un autre : se construire une image d’intello-psychologisante de la mouvance altermondialiste, ça donne un look solide, parfaitement calibré pour les talk-shows télévisés avec des confrères et consoeurs qui ne demandent que de la castagne entre deux pubs.
Au fond, cette démarche « intellectuelle » (100 % négative, qui suinte une sorte de nausée systématique) est une variante du style « bobo » : percer à tout prix dans les débats du « dernier chic » parisien.
La démolition au Kärcher, c’est très tendance, par les temps qui courent – c’est même d’un « chic fou »…

On proposera à Mme Saporta de se racheter de la – très modeste – pub que ce blog lui offre, en mettant sur le chantier un ouvrage qui tenterait d’analyser de manière si possible un peu honnête  » Le fourre-tout de ce que l’on demande aux ONG « .

Publicités

One Response to « Un si détestable petit livre » de Mme I. Saporta

  1. […] ” Un si détestable petit livre de Mme Saporta “ […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :