Petits diamants de lecture : Albert Camus

Extraits de  » Noces, suivi de L’été « , d’Albert Camus (Edition Folio-Gallimard) :

 » Au plus noir de notre nihilisme, j’ai cherché seulement des raisons de dépasser ce nihilisme. Et non point d’ailleurs par vertu, ni par une rare élévation de l’âme, mais par fidélité instinctive à une lumière où je suis né et où, depuis des millénaires, les hommes ont appris à saluer la vie jusque dans la souffrance. «  (p. 149)

(…)  » Je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer. Car il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer. (…) La longue revendication de la justice épuise l’amour qui pourtant lui a donné naissance. » (p. 163 et 164)

Ecrit en 1940, au début de la Deuxième Guerre Mondiale :
(…)  » Si l’on veut sauver l’esprit, il faut ignorer ses vertus gémissantes et exalter sa force et ses prestiges. Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s’y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur. N’y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer sur l’esprit, il suffit de travailler pour lui. « (…)
Devant l’énormité de la partie engagée, qu’on n’oublie pas en tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui s’accompagne, sur les estrades électorales, de froncements de sourcils et de menaces. Mais de celle qui résiste à tous le vents de la mer par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit. » (p. 114)

A propos du Mythe de Prométhée:
 » Les mythes n’ont pas de vie par eux-mêmes. Ils attendent que nous les incarnions. Qu’un seul homme au monde réponde à leur appel, et ils nous offrent leur sève intacte.(…) Le héros enchaîné maintient dans la foudre et le tonnerre divins sa foi tranquille en l’homme. C’est ainsi qu’il est plus dur que son rocher et plus patient que son vautour. Mieux que la révolte contre les dieux, c’est cette longue obstination qui a du sens pour nous. « 

 » Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu’il est un lieu où le coeur trouvera son accord, voici déjà beaucoup de certitudes pour une seule vie d’homme. «  (p. 47)

 » Une intelligence sans dieu qui l’achève cherche un dieu dans ce qui la nie. « (p. 64)

«  Je sais des heures et des lieux où le bonheur peut paraître si amer qu’on lui préfère sa promesse. «  (p. 66)

« J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé,
au coeur d’un bonheur royal. »

(p. 153, dernière phrase du livre)

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