» Avancer contre le vent par la force du vent « 

Dans la perspective de vacances dans un lieu que ce blog permet de deviner,
voici des extraits libres d’un joyau de petit livre sur le voyage vers la mer :

 » Philosophie légère de la mer « , de Cécile Guérard
(Edition des Equateurs) :

 » L’arrivée sur une plage suscite toujours dans notre esprit
une impression unique :
(…)
prendre place devant un spectacle fabuleux
sans rien devoir à personne. »

« Quand nous ne sommes qu’une mouche dans les grandes villes,
ici, face à la solitude de l’océan, nous avons l’impression
de nous démultiplier, de nous accroître. »

 » Le grand air dégonfle l’esprit de sérieux,
déploie l’âme qui se ratatine sur son sort,
rallume l’imagination que tout emploie à éteindre. »

« La mer et les vents d’ouest chassent toutes les dépressions
quand les forêts semblent des couvercles sur les âmes. »

 » La promenade réconcilie avec le temps qui passe. »
 » Un temps pur : entièrement à soi
et qui ne rentre pas dans un agenda.
La promenade maritime est subversive !
Une absence d’ordre,
au double sens de rangement et d’autorité. »

 » Mettre les voiles…
Commencer par se perdre est la condition première.
Suspension provisoire de notre faculté de penser !
Notre errance maritime pratique le vide par dissolution. »
 » Liquéfiée, notre conscience est alors
purement et simplement liquidée.  »

 » Le moi est soluble dans l’eau de mer. »
 » Contrairement à une nuit d’insomnie,
la mer possède un pouvoir hypnotique
qui nous laisse sans voix, sans paroles
comme si nous étions revenus à l’âge des balbutiements :
c’est que nous ne récitons plus. »
(…)
« Après avoir été dissoute, notre pensée se reforme
par intuitions, fragments, fulgurances.
Des sources souterraines alimentent ces inspirations, ces découvertes.
Les mots refont surface avec leur cortège d’images, de réminiscences. »

 » Oublier pour mieux se souvenir,
apprendre à lâcher prise,
pour que nos pensées nous reviennent,
affinées, vives et enrichies, libérées de tout dogmatisme.
Revenus de ce « grand lessivage », nous sommes régénérés.

Un continent poétique relie l’homme à la mer :
l’homme en exil transforme l’océan en asile. »

 » L’eau ne soigne pas seulement nos artères et notre tension :
elle désintègre notre histoire, harponne nos angoisses,
dissout nos peurs.
Elle a un pouvoir de purification. »

 » La mer n’a pas d’âge,
couverte de rides, elle les perd aussitôt,
elle a une turbulence enfantine,
se précipite pour aller nulle part. »
(Paul Morand)
L’océan brasse les siècles et les saisons
sans tenir compte de leur chronologie,
nulle trace de l’oeuvre du temps à sa surface. »

 » Du passé nous confectionnons des matelas
en oubliant qu’il faut savoir oublier
pour continuer à vivre.
La mer dispense une sagesse : on n’agit pas
sur ce qui ne dépend pas de nous, ni sur ce qui n’est plus ;
délivrons-nous de ces vaines pensées,
vivons l’instant ici et maintenant.

 » Lorsque l’ensablement guette nos vies,
l’appel du large retentit comme une alarme.
La mer s’ébroue pour faire tomber les bateaux sur son dos.
Il nous prend aussi l’envie de secouer nos attaches,
liens, relations, réseaux, connexions.
C’est notre avis de tempête.
Nous ne voulons plus être l’araignée
au centre de sa toile archi-tissée,
mais un poisson vif-argent filant à l’anglaise
dans les eaux extraterritoriales.
Devenir inaccessible. »

 » La pensée clarifiée, l’horizon sur la mer s’éclaircit.
On apprend à connaître les lois invariables de la nature.
On peut en déduire notre action :
la mer replace l’homme face à son destin, il y est seul.
Mais l’indifférence de la nature,
son absence de sentiments et d’intentions
ouvre à l’homme le champ de l’action.

Tel un navigateur
« avançant contre le vent par la force du vent »,
luttant avec et contre les flots.
Par la volonté. »

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2 commentaires pour  » Avancer contre le vent par la force du vent « 

  1. dava dit :

    J’aime beaucoup ces textes, je me demandais si le livre était commercialisé dans toute bonne librairie. merci de ta visite
    Claire

  2. argoul dit :

    Ajoutons de Stendhal (Voyages en France) : « La mer par ses hasards guérit le bourgeois des petites villes d’une bonne moitié de ses petitesses. » Langres, 5 mai 1837, Pléiade p.51
    N’y voyez rien de personnel, il s’agit d’un « type psychologique » très France profonde.

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