Ciel de plomb sur Lima; du fuel pour Managua

De passage pour 4 jours au Pérou, dans un déplacement prévu depuis longtemps, et donc sans savoir que, quelques jours avant d’atterrir, un tremblement de terre de force 8 mobiliserait les énergies et les esprits vers les villes de Pisco et Ica, à 250 kms au sud de Lima, détruites à 80 %.
Donc, changement de programme, réduit à quelques contacts fort intéressants, et plus de temps que prévu pour humer l’air du temps.

D’abord, du début à la fin du séjour, un froid humide (90% d’humidité) sous un ciel bas et lourd, et véritablement « de plomb », par ses nuances de gris et son immobilisme. Un poète péruvien décrit, paraît-il, ce ciel d’hiver comme étant de la couleur « du ventre d’un âne »…

Lima : une capitale de 8 millions d’habitants, dont la plupart des quartiers sont d’apparence totalement impersonnelle, traversés d’avenues interminables, saturés de panneaux publicitaires.
Mais comme dans toutes les grandes villes désormais, c’est en s’approchant du centre que l’air devient plus respirable, et que marcher redevient un plaisir élémentaire, l' »urbanisme » des siècles précédents ayant respecté un certain équilibre entre les parcs et espaces et monuments et bâtiments construits avec raffinement et, semble-t-il, avec une solidité éprouvée, lorsque l’on sait la récurrence des tremblements de terre dans la région.

Mais rien dans les formes publiques d’expression artistique ne suggère, rappelle ou met en valeur la période pré-hispanique ou pré-coloniale. Seuls les visages de la quasi-totalité des visages croisés dans les rues témoigne des origines indiennes de ce peuple des Andes.
A New York, vous buvez du Coca-Cola ; à Dubaï, vous buvez du Mecca-Cola, et à Lima, vous pouvez boire l’Inca-Cola

Visité les programmes d’une ONG qui travaille dans une banlieue de Lima, pour promouvoir la justice des mineurs, par des sanctions éducatives, comme alternatives à la détention. Un travail quotidien de fourmi, dont l’anonymat n’a d’égal que l’obstination, dans un océan de détresse économique et sociale. Visité quelques familles, dont certaines, très dignes, cultivent l’espoir de voir leurs adolescents s’en sortir. D’autres familles, comme cette mère seule avec huit enfants dans une seule pièce, dont l’aînée, vivant dans une pièce adjacente, a déjà trois enfants et en attend un quatrième. Un des garçons, âgé de 16 ans, déjà accoutumé à la « colle », allongé sur « le lit du dessus », soigne sa grippe et ne souhaite qu’une chose : « étudier »…
Repas avec le Commissaire en chef de la police des 5 commissariats de cette banlieue : convaincu que la pure et simple répression des mineurs délinquants par incarcération ne sert qu’à alimenter la récidive, et que « la prison est l’école du crime », il semble cependant bien seul, et doit d’ailleurs être bientôt muté…


Managua
(Nicaragua) :
Organisé par la Cour Suprême (système judiciaire largement inspiré des Etats-Unis), un séminaire international rassemble 120 acteurs de la justice des mineurs (dont les gardiens de la prison de Tipitapa, à 30 kms de Managua, où croupissent, entre autres, 42 mineurs chinois, immigrants illégaux – que fait l’ambassade de Chine ?). Des participants qui se révèlent très bien informés des normes internationales, au point qu’on se dit qu’il ne manque que la volonté politique. Que fait donc Ortega II ?
Question posée en fin de séminaire, et en catimini, par une fonctionnaire du Ministère de l’Education :  » Pourriez-vous nous aider à former nos personnels à la prévention des abus sexuels dans les institutions scolaires ?  »

Visité l’église de Santa Maria de Los Angeles, dont les peintures murales témoignent de toute l’histoire du pays, mais aussi de ce que le foi catholique a inspiré les révoltes sandinistes contre le régime de Somoza. « Somos cristianos, somos revolucionarios ».
L’évêque actuel a tenté de faire disparaître ces peintures murales, devenues lieu de pélerinage, àa la fois religieux, nationaliste et révolutionnaire… En vain, la révolte grondait. Le compromis a été trouvé : elles sont recouvertes d’une toile qui officiellement sert à les protéger de l’humidité…

Pays le plus pauvre de l’Amérique centrale : les pénuries réapparaissent. A la une de « La Prensa », grand quotidien de Managua, une grande photo du tanker qui vient livrer du fuel vénézuelien : il faut rassurer la population, car l’électricité est désormais coupée tous les jours, de 14 heures à 20 heures.
Du temps de « Ortega I », chaque personne avait droit à un demi-savon par mois…

C’était un petit morceau de notre chapitre :  » Comment vit l’autre moitié du monde ?« 

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