Les « Notices », nos maîtres impitoyables …

Reçu ce jour la complainte suivante :

LES NOTICES

Elles veulent me rendre service. En fait, elles m’énervent.
Quelles notices ? Celles qui m’ont été confiées avec la gazinière, le réfrigérateur, le téléviseur, le fer à repasser, la bouilloire, la machinerie informatique et la cafetière …
En faisant ces achats, je voulais gagner de la liberté et du temps et j’ai découvert que ma vie était grignotée, bouffée, asphyxiée par les notices. Je ne peux plus faire quoi que ce soit sans consulter une notice.
Je croyais avoir acheté des esclaves dociles : on m’a servi des maîtres impitoyables.

Quand je dis  » notices « … notez qu’il ne faut pas oublier les variantes : le  » carnet d’entretien  » de la voiture, les  » conseils pour la cuisson  » sur les boîtes de conserve, les  » recommandations importantes  » sur les produits d’entretien, sans parler du  » code de la route  » avec ses vitesses règlementées, des petites notes en bas des contrats d’assurance, des conseils que donnent les banques, des propositions qui encombrent l’écran informatique et de la marche à suivre pour remplir la « déclaration d’impôts », ou n’importe quel dossier.

Même le médecin me donne me donne sa notice pour le bon emploi de ce qui me reste de santé. Et le pharmacien en rajoute :  » Lisez attentivement l’intégralité de cette notice avant de prendre ce médicament « .
Quand un livreur vient chez moi pour installer n’importe quoi, il me donne la notice. Si je pose une question, il me répond :  » Tout est expliqué dans la notice. » Si un dépanneur doit venir, il me demandera :  » Où est la notice ? « . Evidemment, je ne sais où je l’aurai mise. C’est la faute aux architectes d’intérieur : ils devraient prévoir, dans chaque appartement, un rayon de bibliothèque  » Spécial Notices « , avec – évidemment – une notice pour faciliter un classement esthétique et rationnel.
En fait, il m’en manquera toujours une, celle qui donnera à l’ignorant que je suis la traduction des mots barbares qui me découragent de toute lecture. Vienne le jour où un Prix Littéraire récompensera l’auteur d’une notice que tout citoyen ordinaire comprendrait du premier coup.
La notice c’est comme le péché originel de notre société technique. Désirable, le produit devient indispensable : la notice vient tout gâcher.

La nuit, les notices me donnent des cauchemars. J’ai rêvé qu’un jour, après avoir souri à l’hôtesse de caisse de la Grande Surface, près de chez moi, un agent du service de sécurité, coiffé d’une casquette de garde-côtes, interceptait mon caddy et le déroutait pour l’amarrer au quai du SCCN ( » Service Contrôle Connaissances Notices « ). Il y prenait quelque chose au hasard et me disait :  » S’il vous plaît, récitez-moi la notice. » Comme je restais bouche bée,il continuait :  » Pour votre sécurité, allez l’apprendre. »
Et il me confiait au Maître des Novices de la Notice, qui m’expliquait gentiment que les malheurs du monde disparaîtraient le jour où tous et chacun observeraient scrupuleusement les consignes de toutes et chacune des notices.
Il me faisait entrer dans une pièce où régnait une vague atmosphère de Purgatoire. Les uns apprenaient tête baissée, les autres attendaient leur tour pour réciter et recevoir le billet de sortie. Le responsable m’installait sur le bout du dernier banc des recalés de la notice.

Sur le mur, en face, il y avait une inscription :  » Chaque notice, une fois l’an, tu reliras dévotement. »
Devenu dévot de la notice, je lisais et relisais les  » valeurs nutritionnelles  » de ma boîte de flageolets, mais, incapable de rien retenir, je me suis réveillé.

Maintenant, je sais quand même dire que mes yaourts sont à consommer avant le 5 novembre, qu’il faut nettoyer le réfrigérateur le 6, faire la vidange de la voiture le 7 et détratrer la cafetière le 8 … Voilà les rendez-vous de mon agenda.
Mes esclaves disposent de mon emploi du temps.

Courage, il faut garder le moral et prendre de la hauteur. Un jour, après avoir débroussaillé mon sentier dans la sombre forêt des notices de ce bas-monde, j’arriverai devant Saint-Pierre à la porte du Paradis.
Avant de l’entr’ouvrir , il me dira avec un sourire encourageant : «  Alors, mon brave, comment as-tu observé la notice ?  » (Horreur ! L’épidémie de la notice a infecté le Paradis!).  » Euh … quelle notice ?  » –  » Les Béatitudes, bien sûr !!! »
Dans mon regard, il lira mon trouble :  » De fait, j’ai entendu parler de ces choses-là, mais où pourrais-je bien retrouver cette notice ?  » Avec un mélange de surprise et de pitié, il récitera :  » Evangile de Mathieu, chapitre 5, versets 1 à 12. Tout le monde sait ça, voyons ! Pour passer du temps des travaux forcés à la liberté de l’éternité, il faut suivre la notice !  »
Et comme il saura qu’il s’adresse à un Mayennais, il ponctuera sa déclaration d’un sonore :  » Ben dame ! »
Et je comprendrai alors une chose toute simple. S’il y a des notices qui prétendent rendre la vie plus facile, il y en a d’autre qui veulent m’aider à la construire.

Au Purgatoire, sur le banc des recalés de la notice, j’irai alors dépoussiérer les Béatitudes :

 » Vous toutes, Saintes et Bienheureuses Notices,
ayez pitié de nous…« 

Père Daniel Boëton
Entrammes – Mayenne – France

Dans le désespoir… consulter le site des notices perdues

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Un commentaire pour Les « Notices », nos maîtres impitoyables …

  1. sarah boëton dit :

    Si vous avez besoin de quelque chose, appelez-moi. Je vous dirai comment vous en passer.

    Coluche

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