Une semaine de prison humaine…

Au cours de la semaine du 10 au 15 décembre, l’Abrincate a animé, dans un Centre Educatif fermé de Roumanie, à quelques dizaines de kilomètres de Timisoara, une formation de personnels de l’Administration Pénitentiaire roumaine sur la prévention de la violence et de la maltraitance dans les institutions s’occupant de mineurs.
Ouverte à une vingtaine de fonctionnaires de plusieurs régions du pays, cette formation s’est déroulée dans le Centre lui-même, entouré de palissades éclairées toute la nuit, avec quelques miradors au sol, pour surveiller les déplacements de 62 mineurs incarcérés après jugement pour un an au minimum.

Pour avoir fait la même formation il y a un an dans un Centre identique d’une autre région du pays, la différence est nette : l’atmosphère est saine, le personnel, plutôt jeune, est visiblement désireux d’élever les standards des pratiques professionnelles avec les mineurs en milieu carcéral. C’est toujours la même chose : dans une institution, quel que soit son standard, ce qui compte c’est la volonté des personnels d’améliorer leurs pratiques.

Exemples de questions traitées :
Faut-il promouvoir les caméras vidéos pour surveiller chaque centimètre du centre ?
– Faut-il confier une part de responsabilité de la discipline aux mineurs plus âgés sur les plus jeunes ?
– Comment prévenir la violence entre mineurs ? Ou la violence du personnel sur les mineurs ?
– Quelles sont les procédures de signalement interne ?
– Comment faire comprendre aux mineurs que c’est leur acte qui a été jugé et non leur personne ?
– Comment préparer les jeunes incarcérés à leur sortie ?

Autant de questions débattues avec sérieux – et parfois quelques tensions – mais toujours dans un souci, et dans l’esprit positif, de mieux respecter la sécurité des mineurs, celle du personnel et celle de l’institution.

Mais aussi :
Comment aussi sortir progressivement d’une gestion quasi-militaire, héritée de l’ancien régime communiste ?
– Comment convaincre l’opinion publique de la nécessité de donner des sanctions véritablement éducatives à des mineurs qui n’ont parfois jamais connu leurs familles et qui découvrent – dans un centre privatif de liberté – une vie quotidienne réglée, une vie communautaire avec d’autres jeunes qui ne se sont pas choisis,  les 3 repas chauds et le sommeil à heures fixes, alors que beaucoup d’entre eux vivaient dans le chaos de la rue ?

Interrogés individuellement, certains d’entre eux, à qui l’on a demandé ce dont ils souffraient le plus dans le Centre, répondaient : « je ne sais pas ce que je vais faire quand je vais sortir »

Toujours est-il que ces contacts, avec les jeunes comme avec le personnel, furent une expérience humaine et professionnelle très forte, d’autant plus que vivant toute la semaine dans une des cellules du centre, comme les participants, les pauses, les temps libres et les repas ont été l’occasion d’entretiens spontanés, parfois individuels, avec ceux-ci, à propos de telle ou telle situation qu’ils-elles affrontent dans leur travail quotidien : des situations douloureuses, des conflits de prérogatives au sein du personnel (est-ce le job du psychologue ou de l’éducateur ?), une hiérarchie souvent absente, et un contact permanent avec des mineurs qui refusent parfois toute autorité – mais parce qu’ils n’ont jamais connu de vie sociale où les contraintes sont compensées par des avantages – ce que personne ne leur a jamais expliqué avant 14 ou 15 ans…

Dans ce contexte professionnel, le travail éducatif est frustrant, en raison des affrontements verbaux et des multiples formes d’agressivité jamais bien graves, mais qui parfois désespèrent les travailleurs sociaux et les éducateurs.
On ne parle jamais de la souffrance professionnelle de ces personnels, qui, parfois, ne voient pas de résultat de leur travail quotidien avant plusieurs mois…

Au cours de la formation, plusieurs jeux de rôles ont été réalisés. Exemples :
– un jeune se plaint auprès d’un membre du personnel de la violence de ses compagnons de cellule ;
– un membre du personnel estime inacceptable le comportement d’un de ses collègues vis à vis des jeunes et décide de parler à la direction du Centre ;
– le Directeur du Centre est interpelé par un journaliste qui a reçu le témoignage d’un parent d’un des mineurs incarcérés qui se plaint d’avoir été abusé sexuellement par un membre du personnel de nuit ;

– etc,etc…

Ayant l’expérience de ces formations dans plusieurs pays, on ne peut que constater que les situations – et les questions – sont toujours les mêmes :
Comment organiser la prévention de la maltraitance et des abus de pouvoirs dans un milieu fermé ?
– Comment assurer la sécurité des mineurs, la présomption d’innocence d’un collègue accusé faussement d’avoir violenté un mineur ?
– Comment gérer les clans dans le personnel ?
– Comment répondre à un journaliste ?
– Qu’est-ce qu’un signalement ? Qu’est-ce qu’une plainte ? Qu’est-ce qu’une preuve ?

– etc,etc…

Le paradoxe est que ce type de problèmes ne peut être traité que comme si la vérité ne pouvait sortir que de la fiction d’un jeu de rôle…
 » La vérité de l’homme est ce qu’il cache. «  (A.Malraux)

C’est peut-être ainsi qu’est né le théâtre ???

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