Petits flashes de Khartoum

Quelques impressions, à l’occasion d’un déplacement professionnel au Soudan (ce qui explique le silence de ce blog depuis trois semaines).

Petit préambule marginal (hors-sujet) : le voyage commençant très tôt le matin au départ de Genève, une nuit d’hôtel près de l’aéroport, coûte 140 francs suisses, c’est-à dire l’équivalent – rien pour dormir quelques heures – du salaire mensuel d’un salarié ou d’un fonctionnaire, diplômé de l’université et qui fait vivre 5 à 10 personnes, dans quantité de pays dans le monde. Lequel monde ne devrait pas très longtemps continuer ainsi à marcher sur la tête.
C’est un point de vue qui en vaut un autre.

Partir de Suisse et atterrir en Afrique, c’est sentir son cerveau se dilater, respirer, et prendre le temps d’écouter ses propres sensations, en prenant le temps de regarder, d’écouter et de faire taire ce cerveau occidental qui se croit toujours au centre du monde. Comme dit le proverbe :  » Les Africains disent aux Suisses : vous avez les montres, mais nous, on a le temps. »

Arrivée à Khartoum, dont l’aéroport est situé en plein centre ville. Si on loge dans le centre, on est donc réveillé chaque matin par ces 4 instruments d’un orchestre improbable : les premiers décollages (les Antonov et Ilyouchine russes sont comme d’habitude les plus bruyants), le muezzin qui lance son premier appel à la prière, les ânes qui s’ébrouent au coin de la rue, sans oublier les coqs qui aiment visiblement jouer les violons solo…

Le Soudan est un pays grand comme 4 fois la France, avec 30 millions d’habitants. A une guerre interminable, qui a pourtant l’air de se terminer au Sud du pays, succède un conflit à l’ouest au Darfour, depuis 2003, dont on ne voit pas la fin : les enjeux et les stratégies plus ou moins occultes attisent en permanence les acteurs du conflit et comme toujours les populations civiles payent le prix fort, en dizaines de milliers de morts et en millions de personnes déplacées.

L’épisode de l' »Arche de Zoé » est toujours très présent – et très chaud – dans les esprits, comme nous l’ont prouvé un certain nombre de contacts avec différentes personnes, dont des officiels de la Justice et de la Police.
La « Commission de l’Aide Humanitaire », qui a rang de Ministère, mène la vie dure aux ONG étrangères, par une sorte de harcèlement administratif, sur des petites choses comme sur des grandes, comme les autorisations de circuler, même dans les alentours immédiats de la capitale.
Les ambassades informent, quasiment en temps réel, leurs ressortissants, par SMS, des incidents, ou des risques pour les déplacements d’étrangers.
Comme, par exemple, l’annonce d’une manifestation d’islamistes vers le quartier des Ambassades et des Nations Unies pour protester contre les caricatures de Mahomet dans la presse danoise : manifestation, sinon suscitée en tout cas autorisée par le gouvernement. (une plaisanterie qui circule : la différence entre une démocratie et une dictature ? en démocratie : «  20 000 manifestants selon les organisateurs, et 2 000 selon la police« . Un dictature ?  » 2 000 selon les organisateurs, et 20 000 selon la police« …)
Ou encore ce message envoyé par l’ambassade de France sur les téléphones portables des ressortissants français, le 3 mars dernier : « Jeudi dernier, l’un de nos compatriotes a été arrêté par les autorités locales pour avoir pris des photographies dans Khartoum alors qu’il était dépourvu d’autorisation de photographier. Après plusieurs heures il a été relâché grâce à l’intervention de l’Ambassade de France. Les services consulaires vous recommandent de veiller au respect de la législation soudanaise et vous conseillent également de respecter les us et coutumes du pays. Bien cordialement. »

Après plusieurs jours de rendez-vous de travail, le vendredi, jour de prière, sortie autour d’une mosquée vers Omdurman, ville proche, de l’autre côté du Nil. Tous les vendredi, une cérémonie soufi (le soufisme est une branche mystique et ascétique de l’Islam) a lieu, où plusieurs centaines de musulmans viennent chanter et psalmodier le nom d’Allah, en s’exprimant progressivement par des danses proches des « derviches tourneurs »:

Source

Ambiance très chaleureuse, accueillante aux étrangers qui peuvent prendre des photos librement, le seul risque étant d’être invité à se convertir…

La ville de Khartoum ne présente pas de caractéristique particulière, si ce n’est d’être au confluent du Nil Bleu et Nil Blanc, d’où partent et où aboutissent de grandes artères commerçantes :

Les mosquées de Khartoum mériteraient cependant un safari-photo, comme la mosquée Hamed-an-Nil, (dont les bulbes suggèrent étrangement le style des églises orthodoxes…) devant laquelle se déroulent les cérémonies soufi mentionnées plus haut (à gauche de la photo) :

http://www.asmat.cz/img/fotky_velke/3202_v.jpg

On vous parlera des prisons de Khartoum une autre fois.

En attendant, ne manquez pas ce site de photos des plus belles mosquées du monde,
et surtout ce site-là.

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Un commentaire pour Petits flashes de Khartoum

  1. oumarou asmaou dit :

    je viens auprés de vous pour que vous puissiez m’aidée a me trouver l’adresse de votre musicien Mohammed el Wardi ou de son fils M Abdelwahab Mohammed j’ai une recompense pour cette grand homme pére qui etais chez nous en 1981 au cameroun svp svp svp veuillez m’envoyer son numero de telephone ou son adresse e-mail je vous seriez reconnaissente merçi infiniment de votre comprehension

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