Encore la Françafrique, dans ses (basses) oeuvres

Mr Paul-Eric Kingué, jeune maire de la commune de Njombé-Penja, près de Douala (Cameroun), élu en juillet 2007, découvre, en prenant ses fonctions en septembre dernier, que les entreprises (PHP, Caplain, SPM), dirigées par des Français et exploitant sur le territoire de sa commune (bananeraies, plantations,etc…), ne paient aucun impôt, ni taxe d’aucune sorte depuis 30 ans.

Après avoir écrit au Premier Ministre, il reçoit de la Direction Générale des Impôts, le 3 décembre 2007, la confirmation du « bien-fondé de sa requête« . Laquelle Direction notifie aux entreprises concernées les rappels en conséquence.
En conséquence de quoi … les patrons français téléphonent au jeune maire pour le menacer, l’un « d’avoir(sa) tête à coups de millions », et l’autre « de le faire assassiner ou (sic) emprisonner, après l’avoir fait déposer de ses charges de maire. »

«  Mais curieusement, après le séjour des expatriés de la bananeraie à Yaoundé, je me suis surpris en train d’être appréhendé comme un chef de gang devant mes populations par des militaires et gendarmes, transportés dans six camions (Armée de terre) et 12 pick-up (de la Gendarmerie). »

Entendu par le Procureur de la République de Nkongsamba, il est suspecté de  » complicité de pillage en bande et incitation à la révolte « .
Pas d’avocat, pas de droit à la défense, pas de mise en examen… Sa maison a été perquisitionnée le 1er mars 2008 en son absence (ce qui est illégal), il a été incarcéré, sans droit de visites, et privé d’eau, de nourriture ainsi que de toute communication avec sa famille.

Il est vrai que ces évènements ont coïncidé avec les émeutes qui se sont déroulés dans le pays entre le 25 février et le 10 mars, troubles liés à l’augmentation du coût de la vie et qui ont entraîné des pillages.

Ce jeune maire, militant du « Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais » (parti gouvernemental) a donc dû affronter cette situation, 6 mois après sa prise de fonctions.
Il a réussi à calmer les groupes de jeunes révoltés, ce qui lui a valu les félicitations du GMI (Gendarmerie) de Douala,  » pour le courage et et le rôle que j’ai joué pour maîtriser la fureur des jeunes en colère » sur sa commune.
 » Je me vantais d’ailleurs d’avoir ramené le calme dans ma localité dès le 27 février, alors que les autres villes étaient encore au fort de la crise. »

Du fond de sa cellule, Mr Kingue écrit donc au Président de la République du Cameroun.

On peut lire l’intégralité de la lettre de Mr Kingue au Président de la République camerounaise (dont les citations ci-dessus sont extraites) sur les sites suivants :

20mai.net : « La tribune du peuple camerounais
allafrica.com
cameroon-one info

Sans prétendre – à 8 000 kms – connaître tous les éléments de la situation locale, mais connaissant – ô combien – l’attitude fréquente des Français résidant en Afrique «  pour affaires « , on pourrait fort bien se retrouver devant une situation assez analogue à l’attitude néo-coloniale des responsables de l’Arche de Zoé au Tchad :  » en tant que Français, on fait ce qu’on veut, quand on veut, en Afrique, et tous les moyens sont bons. »

Ces entreprises salarient leurs employés au tarif de 15 000 à 25 000 Fcfa par mois,
soit entre 25 et 40 euros par mois.
Sans payer d’impôts ni taxtes depuis 30 ans, bien entendu.
Et après on s’étonne :
– de l’absence de services publics de base dans les communes rurales africaines,
– de l’exode des jeunes vers les villes, puis sur des bateaux pourris où ils savent qu’ils risquent leur vie en essayant de rejoindre l’Europe.

Source photo

On ajoutera cette note, du 28 janvier 2008 (et donc sans lien possible avec les émeutes) publiée dans «  Libération Afrique  » :

 » La situation dans la zone de Njombe-Penja est préoccupante. Le coin, réputé autrefois pour la fertilité de ses sols, la richesse de son tissu économique, ploie aujourd’hui sous le joug de la pauvreté. Pire il est en passe de devenir un bastion de la pollution dans le paysage économique camerounais. Le  » mérite  » en revient à un géant industriel, la société des Plantations du Haut-Penja, ne abrégé PHP. Cette multinationale française se livre depuis le début des années 1990 à la culture intensive de la banane dans la région. Après plus d’une décennie d’exploitation, le bilan de l’entreprise se chiffre en pollution, malversations et exactions de toutes sortes. »

Franchement,
qui est vraiment auteur de « complicité de pillage en bande et d’incitation à la révolte  » ???

Sans oublier tous les discours sur la  » coopération « win-win« (gagnant-gagnant), la  » bonne gouvernance » , la transparence des investissements, la protection de l’environnement, et tout le charabia des leçons faites à la jeunesse africaine.

Un jour, ils nous foutront dehors
et on l’aura bien cherché.

Source photo

PS : Si les entreprises nominativement mentionnées dans ce billet – et qui sont explicitement citées dans le courrier du Maire au Président de la République camerounaise, courrier largement diffusé sur Internet – souhaitent réagir à ce billet, c’est bien volontiers que nous ajouterons leur point de vue à ce billet.
Argumentation solide, s.v.p.

Voir aussi les billets précédents de ce blog sur ce thème :

 » L’Afrique pillée de tous les côtés  »
ou encore :
« Arche de Zoé : la désobéissance civile par le mensonge ? »
ou encore :
 » Des rats dans la Françafrique « 
et enfin :
 » Loi africaine sur l’immigration des ressortissants français « 

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2 Responses to Encore la Françafrique, dans ses (basses) oeuvres

  1. delugio dit :

    Merci pour le passage sur mon blog http://delugio.blogs.nouvelobs.com/ et pour le lien.

  2. […] êtes peut-être aussi au courant de l’histoire de ce jeune maire d’une commune camerounaise, nouvellement élu en septembre dernier, arrêté devant ses administrés début mars de cette […]

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