Ils n’ont qu’à bouffer leur pognon (leur blé…)

Diffusé en plein contexte d’émeutes de la faim dans le monde,

photo

la publicité d’une banque d’investissements à la télévision belge titrait récemment :

 » TIREZ AVANTAGE
DE LA HAUSSE DES PRODUITS ALIMENTAIRES « 

Le Parti Socialiste belge réagit donc par une proposition de loi stipulant :

 » Sont interdits l’offre, la diffusion ou la promotion en Belgique d’instruments financiers (…), y compris les assurances, placements et notamment les produits d’assurance liés à des fonds d’investissement, lorsque leur rendement est directement lié, en tout ou en partie, à une spéculation sur la hausse des cours des matières premières alimentaires. »

Puis il envoie une lettre à J.M.Barroso, Président de la Commission Européenne :

 » Comme vous le savez, la crise alimentaire actuelle trouve en partie sa source dans la crise financière qui encourage les fonds d’investissement à placer leurs capitaux spéculatifs sur les marchés des matières premières agricoles qui deviennent de véritables valeurs refuges. Une crise qui n’épargne pas non plus les pays développés, puisqu’au sein de l’Union Européenne aussi, les ménages aux faibles et moyens revenus subissent de plein fouet l’envolée des prix des denrées alimentaires.

(…) Il apparaît en effet qu’existent sur le marché européen, des produits de placement dont le rendement est lié à l’évolution d’un panier de matières premières agricoles(…) Plus le prix de ces matières premières augmente, plus l’investissement s’avère rentable.

(…) Il ne s’agit pas ici d’empêcher le financement d’investissements réels et directs dans le secteur agricole, ni des opérations de couverture conte l’évolution des prix que pourraient contracter certains opérateurs économiques qui voudraient se prémunir contre une évolution des prix des matières premières alimentaires (par exemple au moment de la récolte et au moment de la vente).
Il s’agit tout simplement d’interdire ce qui apparaît comme le comble du cynisme assassin : l’offre et la diffusion de produits de placements financiers dont le seul objectif est de spéculer sur la hausse des prix des produits alimentaires pour en tirer profit.

(…) Certains supports promotionnels avancent même que  » les changements climatiques et la pénurie d’eau et de terres agricoles exploitables constituent une opportunité  » ! En somme, il est proposé aux épargnants européens de s’enrichir en affamant encore un peu plus les personnes les plus pauvres de la planète.(…)

« Nous vous demandons de prendre publiquement une position forte et claire sur cette question ».(…)

En effet, ou bien l’alimentation de la planète restera aux mains de l’OMC, comme une marchandise indifférente, ou bien la survie de populations entières obligera à restaurer le principe de la souveraineté alimentaire.

Le pire dans tout cela, c’est qu’à force d’abandonner toutes les matières premières vitales aux lois de la spéculation internationale, on se rend compte que  » le système  » fonctionne sur des règles élémentaires de profit à court terme. L’expression « loi du marché » est en elle-même une contradiction.
La seule loi, dans le marché, c’est l’opportunité de rentabilité par trimestre…
Et les responsabilités sont diffuses et impossibles à cibler de manière claire.
Aucun complot là-dedans : la machine roule toute seule.
Et tous les intervenants ont, sur le segment du mécanisme de bonnes raisons de faire ce qu’ils font.

Garden of Cosmic Speculation« Garden of Cosmic Speculation »

Plusieurs multinationales, face à des questions « sociétales », comme on dit aujourd’hui, ont multiplié les  » Codes de conduite « , les « Chartes éthiques », pour nous faire croire que leur « soft law » suffira…
Foutaises !

La banque incriminée avait signé la déclaration appelée «  The Equator Principle » (juillet 2006) , spécifiquement adressé aux « industries financières » concernant « les risques environnementaux et sociaux dans le financement des projets »…
La même banque a signé et publié, en date du 3 novembre 2005, une « Déclaration en matière de droits de l’homme » : (… Le Groupe) » respecte pleinement, soutient et a mis en oeuvre au sein du groupe les principes fondamentaux des droits universels de l’homme(…), le respect de la souveraineté nationale(…) et les obligations en matière de protection du consommateur et de l’environnement. »(…)
Il va falloir leur expliquer ce qu’est la souveraineté alimentaire.

Dans ses « Principes régissant l’entreprise dans un contexte social », la banque mentionne :
(…) « Pour répondre à tous les choix possibles en matière de placements, la banque développe des produits de placements aux profils de risques et aux caractéristiques très variés. En particulier, elle développe aussi des produits et conseils de placement qui tiennent compte des principes d’investissement durable et à caractère éthique.(…)
Notez bien que c’est l’investissement qui est durable… mais, comme le mot durable est casé dans le texte, ça passe…
 » Dans ce domaine, (le Groupe) a constitué sa propre équipe de chercheurs qui analyse la mesure dans laquelle les entreprises et pays mènent une politique durable.(…)
Les résultats de l’enquête sont utilisé pour la gestion des « fonds éthiques »
(…)
 » En matière d’assurances, (le Groupe) veillera à ce que ses produits stimulent un comportement socialement acceptable ou une exposition au risque raisonnable. »
Les limites du raisonnable, c’est donc pour les clients, pas pour la banque elle-même ?

Intercultural CommunicationCirconlocutions de la communication bancaire

Devant le scandale de la publicité pour « investir dans l’alimentaire », la banque incriminée a publié sur son site un communiqué de presse, dit de « clarification » :

…)  » En commercialisant un fonds lié à la hausse des matières premières agricoles, (le Groupe) offrait aux investisseurs privés une la possibilité de se couvrir (hedging) contre la hausse des dépenses alimentaires (en bénéficiant de la protection du capital) et de placer un accent(!) dans ce sens dans leurs portefeuilles d’investissement diversifiés.(…) Ce fonds s’adressait dès lors à un groupe spécifique et restreint d’investisseurs désireux de se couvrir(…) contre le risque de hausse des prix. »
Clients potentiellement victimes ? C’était donc quasiment une publicité humanitaire ?
Si ces messages étaient destinés à un public restreint , pourquoi alors diffuser ce spot sur une chaîne de TV grand public ?
Et le communiqué se termine ainsi :
«  Il ne faut pas non plus oublier que la hausse des prix de produits agricoles peut également représenter un important levier pour le développement durable des campagnes/zones rurales dans le tiers monde. »
Autrement dit, on maintient l’offre de ces produits financiers sur les produits alimentaires, car c’est une opération « win-win » – c’est d’un chic fou !
Les spéculateurs y gagneraient autant que les producteurs du tiers monde…
 » Enfin, (le Groupe) souhaite présenter ses excuses pour les slogans malencontreux utilisés dans la publicité relative à ce produit. Jamais son intention n’a été de choquer qui que ce soit. »
Un peu de courtoisie pour terminer… ça ne mange pas de pain.

Sorry - On Australia Dayphoto

Le « produit financier » proposé par la banque, c’était une assurance-vie…
Les moyens de s’enrichir justifient-ils la faim ?
Qu’ils bouffent leur pognon…

assurance vieAu carnaval de la Camarde…

Autres billets de ce blog :
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