Europe : les spectateurs quittent le bal des faux-nez

Le NON des Irlandais au Traité de Lisbonne, contre l’avis de tous les pouvoirs et institutions du pays, est peut-être salutaire.
Il va y avoir du vent dans les voiles…

Le Traité de Lisbonne n’était pas une Constitution européenne, mais un Traité entre Etats souverains qui, depuis 50 ans, ont progressivement accepté de déléguer des pans de leurs souverainetés respectives pour, d’une part blinder les risques de guerres nationalistes (pléonasme), et d’autre part créer un espace économique d’échanges économiques et de libre circulation des personnes.

Jusque là, les peuples approuvent.

Mais la Commission Européenne se conduit comme un gouvernement édictant des circulaires, directives et autres injonctions qui font que le travail législatif national n’est plus que la chambre d’enregistrement des « décisions de Bruxelles ».
Et sous prétexte d' »ardente obligation » de se renforcer comme grande puissance dans le contexte de la mondialisation, elle multiplie les « règles de dérégulation » de l’économie, en annonçant un jour, que la pêche au thon est interdite, que les fromages au lait cru ne sont plus conformes, que la durée hebdomadaire du travail sera plafonnée à 65 heures, etc,… et que donc, sous prétexte d' »adaptation à la modernité » (et bla-bla-bla), il faut libéraliser l’économie au maximum, sabrer dans les budgets publics, etc…
La méthode est quasi-soviétique : n’oublions pas que la Chine est le pays du capitalisme le plus effréné tout en maintenant un régime politique de parti unique – tout cela va très bien ensemble, n’est-ce pas ?

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Il ne faut pas exclure que les procédures européennes de subsidiarité ne soient pas comprises (pourquoi une directive européenne sur la qualité des eaux de baignade ?) et que les peuples perçoivent, à tort ou à raison, un risque de perte d’indépendance nationale, mais outre que la Commission devrait se poser la question de sa communication auprès des peuples, ces derniers ont le sentiment qu’on leur fait avaler chaque semaine une potion supplémentaire de politiques économiques et sociales ultra-libérales, sous prétexte des avantages historiques acquis et des nécessités futures de la mondialisation.

Sans oublier les lobbies qui pullulent à Bruxelles. Un de ces lobbies mérite une attention particulière :  » L' »European Round Table » publie des documents très significatifs sur, par exemple, l’avenir des méthodes d’éducation en Europe mis en chantier par un Groupe de Travail, composé de représentants des multinationales Nokia, Lafarge et Petrofina.
Nul ne conteste aux multinationales – qu’il ne sert à rien de diaboliser – de faire valoir leur point de vue. Mais si, par exemple, l’éducation n’est à l’avenir que l’apprentissage des technologies (les ICT :  » Information Computer Technology« ) et non plus de savoirs et de compétences sociales, on imagine le potentiel de marché (1 610 000 ordinateurs vendus en un trimestre) que représente la population de millions d’étudiant-e-s (et d’enseignant-e-s), lesquels doivent renouveler leurs ordinateurs au minimum tous les 5 ans, et ces étudiants entrés dans la vie active, travailler sur ordinateurs « renouvelables », au bureau, à la maison, et continuer d’apprendre sur ordinateur « tout au long de la vie »,etc…
Le tout assaisonné de l’idéologie de la modernité, dont l’idée que les Chinois et les Indiens ne s’embarrassent pas de ces scrupules.

L’Europe qui rend les peuples sceptiques, c’est l’Europe qui sous prétexte de paix et de mondialisation, grignote, semaine après semaine, l’équilibre construit depuis un demi-siècle entre le secteur privé et le rôle régulateur de l’Etat. Avec le sentiment que les pouvoirs nationaux qu’ils élisent n’ont désormais plus de marges d’initiative, et qu’en réalité ceux qui décident, non élus, ne sont que les porte-valises d’une mondialisation que plus personne ne maîtrise, mais dont tout le monde voit bien à qui elle profite.

Si on ajoute à cela toutes les politiques de charabia, savamment entretenu et asséné à longueur de journaux télévisés, sur  » la guerre contre le terrorisme  » (on se souvient du rôle de « caniche de Bush » de l’actuel Président de la Commission européenne lorsqu’il dirigeait le gouvernement portugais, lors d’un mémorable « Conseil de guerre » des Açores en 2003), le soutien d’un partie des Etats à la guerre en Irak, la chasse aux immigrés, la pseudo-diminution du chômage (sans mentionner l’augmentation de la pauvreté des « working poors« ), cela fait pas mal de mécontents qui peuvent faire une majorité.

Mais les puissances politiques et économiques s’en moquent éperdument.
La mondialisation est là, la « guerre contre le terrorisme » aussi : on ne veut voir qu’une seule tête.
 » Haro sur les référendums, et faites voter les Parlements« .
Le peuple n’est qu’une bande d’ignares qui font de la résistance à la modernité, et bla-bla-bla.

P.S:
G.W. Bush est venu faire ses adieux à l’Europe : de passage en France, il a été reçu par Sarkozy, matin, midi et soir. Aucune apparition publique. La rue fait peur, n’est-ce pas ?
Qui d’autre que Sarkozy était intéressé de le rencontrer ? Alors que tout le monde pense :  » Bon débarras « .
Mais le spectacle de l’amitié franco-américaine a été assuré par les médias. Donc tout est en ordre.

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Or, de temps en temps, le peuple siffle la fin du Bal des Faux-Nez.

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3 Responses to Europe : les spectateurs quittent le bal des faux-nez

  1. sadys dit :

    Suis d’accord avec vous.

  2. mirabelle dit :

    Moi aussi – sur toute la ligne.
    Mais ensuite ?

    J’étais il n’y a pas si longtemps une européenne convaincue.
    Mon espérance qui était grande et la confiance qui va avec ont été profondément minées (et même achevées depuis l’arnaque de Versailles) – alors je crains l’enfant que notre président et ses pairs de l’Europe d’en haut vont encore nous faire dans le dos.

    La peur n’élimine pas le danger ?
    – certes, mais ensuite ? (je me pose juste la question, je ne vous demande pas d’être devin !)

  3. M a n u dit :

    L’Europe parvient seulement à se mobilier pour des broutilles …
    Un exemple tout chaud : Le Conseil de l’Europe part en guerre contre la fessée bla-bla-bla …

    http://www.europe1.fr/Decouverte/Tendances/Faits-de-societe/L-Europe-mobilisee-contre-la-fessee/(gid)/144154

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