Multinationales et ONG : la danse du ventre ?

Une anecdote de l’actualité suisse récente mérite quelque attention.

Une multinationale, Nestlé, mandate une compagnie privée de sécurité, Securitas, pour engager une jeune femme dont le job consistait à infiltrer un groupe de travail de l’ONG ATTAC-Suisse, qui préparait un livre sur la multinationale.
L’infiltration, révélée par le magazine « Temps Présent » de la TV Romande, a duré un an (été 2003 – été 2004). L’espionne a participé à toutes les réunions, a eu accès à toutes les références des sources, en Suisse comme à l’étranger.
La Police Cantonale Vaudoise était au courant mais n’a rien fait pour signaler le forfait.
Pour le détail de cette invraisemblable histoire, voir le communiqué d’ATTAC-Suisse

Le journal « Le Matin-Dimanche » du 13.07.08 publie l’interview de l’espionne, qui requiert l’anonymat, pour les motifs suivants :

source photo

« J’ai une vie privée heureuse, un travail qui me plaît et je ne veux pas que les gens me harcèlent de questions en me reconnaissant. C’est surtout pour cela que je ne veux pas montrer mon visage ni donner mon vrai nom. J’espère que les gens comprendront. »

Question :  » Vous n’avez pas de remords d’avoir infiltré ATTAC ?  »

 » Savoir si j’ai aujourd’hui des remords ou pas n’apporte rien au débat. Cela dit je n’ai rien fait d’illégal. J’ai exécuté la mission que Securitas m’avait confiée. Je me suis inscrite comme membre d’ATTAC, puis j’ai intégré un groupe pour la rédaction d’un livre. Je n’ai fait que récolter des informations qui étaient à disposition du groupe. Mais je n’ai jamais fouillé la vie des membres, leurs sacs, leurs bureaux ou leurs appartements lors de nos rencontres. Je n’ai pas violé leur sphère intime. »

 » Vous comprenez que les personnes espionnées se sentent flouées ?  »

 » Bien sûr. Pour moi, il ne s’agissait pas de quelque chose d’émotionnel ou de politique. C’était mon travail. »(…)

 » Vous semblez dire que vous ne saviez rien du fonctionnement général de Sécuritas et quelles étaient les personnes au courant de cette affaire… »

 » J’avais un chef et c’est tout. Je ne sais même pas ce que devenaient les informations que je lui remettais. Je n’étais que le dernier maillon de la chaîne. « 

On aimerait dire à cette charmante personne que pour d’autres crimes autrement plus graves, les raisonnements furent exactement les mêmes, dans la défense des « lampistes », au cours de certaines audiences judiciaires.

On se dit qu’après tout, une entreprise privée peut confier un mandat à une autre entreprise privée, laquelle établit un contrat de travail pour un personne chargée d’une tâche purement technique. Point final. Où serait donc le problème ?
Et précisément, le journaliste commente l’interview en précisant qu’il n’est pas certain qu’un action pénale soit possible, car, comme dit l’avocat de la Mata Hari de Nestlé, elle  » s’est contentée d’exécuter les consignes de son employeur de l’époque ».(..) Elle  » n’a pas récolté, au sens de la loi, de données sensibles sur les membres d’ATTAC. De surcroît, elle n’avait aucune maîtrise sur les données collectées, une fois qu’elles étaient remises à son supérieur hiérarchique ». Elle  » n’a pris connaissance d’aucune information qui ne lui était pas destinée, ni enregistré des conversations ou pris de photos. »

source photo (Daumier, un avocat et sa cliente)

Elle ne se serait même pas préoccupée de savoir si la machine à café d’ATTAC servait de bons produits ?

On consultera utilement le document publié par Nestlé, intitulé  » Principes de conduite des affaires du Groupe Nestlé » où l’on peut lire (page 16) :

 » Nestlé insiste sur l’honnêteté, l’intégrité et la loyauté dans tous les aspects de ses activités et attend la réciprocité dans ses relations avec l’ensemble de ses partenaires d’affaires »(…)
 » Nestlé exige de ses dirigeants et de ses collaborateurs qu’ils évitent tout comportement contestable dans les relations d’affaires qu’ils effectuent au nom de la Société. »

Quant a la compagnie Sécuritas, elle a  » promis de ne plus pratiquer l’espionnage politique. »
Le pardon d’une faute avouée – avec les mots qui s’imposent – ne peut venir que des victimes…

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Au même moment, on apprend que le Directeur de Nestlé-Suisse entre au Conseil de Fondation de l’Entraide Protestante Suisse, une des plus grandes ONG suisses de développement international.
On suppose que ce directeur militera hardiment au Conseil de Fondation pour que l’eau soit considérée comme un bien public, pour faire cesser les distributions de lait en poudre dans les maternités du tiers monde et pour que les paysans de pays pauvres soient correctement rémunérés, etc,etc…

Finalement, on aurait presque envie de mandater la compagnie Securitas pour mettre des micros dans les réunions de mise au point du plan stratégique de la cellule de Nestlé « chargée des relations avec les organisations non-gouvernementales » : ça mériterait certainement un bon livre.
Il faut dire que Nestlé a fort à faire avec les ONG internationales, comme OXFAM, ou certaines ONG indiennes particulièrement actives pour la sauvegarde des droits de fournisseurs de matière premières agricoles.

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On ajoutera, en guise de conclusion, que le spectacle des ONG qui ne cessent d’en appeler au  » Secteur Privé  » comme partenaire  » vital, déterminant, essentiel«  d’une part, et d’autre part le discours des multinationales qui vantent le même caractère « vital, déterminant, essentiel » – et toujours « admirable » – des ONG, est aussi un spectacle toujours renouvelé.

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5 Responses to Multinationales et ONG : la danse du ventre ?

  1. M a n u dit :

    Dans Courrier International. 25 juil. 2008.

    SUISSE • Quand Nestlé espionnait ATTAC

    En 2003, le mouvement altermondialiste, qui préparait un livre sur le géant de l’agroalimentaire, a été infiltré par une taupe. Aujourd’hui jugée, l’entreprise persiste et signe : si elle se sentait menacée, elle n’hésiterait pas à surveiller de nouveau une ONG.

    « Olivier, env. 1,80 m, cheveux et barbe très touffus, frisés, attachés. Déjà vu à Coord. Attac-VD. S’investit bcp. Enseigne à 50 % aux requérants d’asile et indépendant à 50 % (musique). Env. 40 ans. » La dénommée Sara Meylan était minutieuse. Une douzaine de profils de ce type sont décrits sur un plan qui représente une table et des chaises. Chaque personne est à sa place. Parfois, la description est plus détaillée encore : « Teint mat, cheveux bruns ondulés, mi-longs, visage assez rond, yeux bruns. »

    Mercredi [23 juillet], pour la première fois depuis l’éclatement du « Nestlégate », les parties se sont retrouvées face à face au palais de justice, à Lausanne, pour une première audience consacrée à des mesures provisionnelles demandées par le mouvement altermondialiste ATTAC. Me Fischer, avocat de Nestlé, a remis au Tribunal une liasse de documents censés être l’intégralité des rapports rédigés par Sara Meylan pour le compte du groupe veveysan. C’est l’émission Temps présent de la Télévision suisse-romande qui a récemment révélé qu’une employée de Securitas avait infiltré en 2003, pour le compte de Nestlé, un groupe d’ATTAC-Vaud qui rédigeait un livre sur la multinationale suisse [ATTAC contre l’empire Nestlé, 2004].

    Nestlé, par la voix de son directeur juridique, Hans Peter Frick, a confirmé à la sortie de l’audience que Sara Meylan travaillait bien pour le géant veveysan et ajouté qu’il n’excluait pas d’avoir un jour à nouveau recours à Securitas pour obtenir des informations sur une ONG, si une menace l’exigeait. Mais non par infiltration, a précisé un porte-parole de Nestlé, car ce genre de pratiques « ne fait pas partie des habitudes du groupe ».

    Pour Nestlé et Securitas, il n’y a pas matière à s’offusquer de l’infiltration réalisée par Sara Meylan. Les avocats des deux entreprises ont rappelé le contexte de l’année 2003. « Nous sommes à l’apogée des mouvements altermondialistes qui croient encore à un avenir », a souligné Me Robert-Nicoud, avocat de Securitas. Et d’évoquer le climat « extrêmement désagréable », les échauffourées provoquées par le G8 à Genève et à Lausanne, même si ATTAC n’en est pas directement responsable. « En 2003, ATTAC a encore une forte capacité de mobilisation », a dit Me Robert-Nicoud. « Attac a mené une campagne, un combat, et passe son temps à attaquer Nestlé. Nous étions suivis à la trace, c’est une forme d’obsession », a déclaré Me Fischer, qui estime qu’il y avait un « but légitime » à récolter des données provenant de l’intérieur du mouvement.

    De fait, c’est bien Securitas qui va proposer à Nestlé les renseignements fournis par leur employée infiltrée. De septembre 2003 à juin 2004, celle qui emprunte le nom de Sara Meylan et qui s’est inscrite normalement comme membre du groupe vaudois d’ATTAC va suivre réunions et séances de travail et rédiger des rapports qu’elle transmettra via son supérieur hiérarchique à Nestlé. Pour les avocats de Nestlé et de Securitas, à aucun moment Sara Meylan n’a enfreint la loi sur la protection des données. « Les atteintes à la personnalité sont modestes », a poursuivi Me Fischer, qui estime que les descriptions physiques présentes dans les rapports ont une utilité s’il y a ensuite « des pépins ».

    Pour l’avocat du mouvement altermondialiste, les documents produits par Sara Meylan sont de nature à mettre en danger les membres d’ATTAC qui travaillent dans des pays comme le Brésil ou la Colombie. « Ce ne sont pas que des rapports mais de véritables fiches qui ont été réalisées. Si Nestlé avait accepté sous un faux nom quelqu’un à son conseil d’administration, elle se serait aussi sentie attaquée », a clamé Me Dolivo.

    Dans le cadre de cette procédure civile, ATTAC réclame 27 000 francs suisses [16 600 euros] de dommages et intérêts pour neuf personnes lésées. De son côté, le juge d’instruction cantonal, Jacques Antenen, a ouvert une procédure pénale sur le même dossier.

    http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=88017

  2. Mufunga dit :

    une grande salutation
    je suis un jeune congolais j’habite au Rwanda kigaki cela où je sui entrain de passe mes étude. ce pour cela je vu votre adresse .
    je vous écri cette lettre pour vous demande un aide d’étude par votre soucie je termine sixième sécndaire et pui je manque la posibilité de continue mes études acause de perdre mes parents dans la geurre du congo .j’ai eu mes deux frère et un soeur.
    Après je vous souhaite d’avoir une grande comprehension.

    Mufunga

  3. […] et parlent «   » Humanitaire, idéologie et… humanité «   » Multinationales et ONG : la danse du ventre ? «   » Des ONG pataugent dans l’économie-fumier «   » La chute […]

  4. Marnie dit :

    She was a wonderful woman, Lenore, and she left behind a great legacy in her children and grandchildren. My thoughts are with you and your family. I know that even though she is in a better place, it is always difficult for those mourning the loss of her presence here on earth.You are right, she loved her Skip-Bo! 🙂 Rest in peace Bilehe!Lovl,Racielle

  5. Olá Eduardo costa sou á Flaviane sou apaixonada por voce nunca te vi pessoalmente mas sonho em conhece-ló.pra mim voce é um pecado de amor um pecado que eu gostaria de comete, Pecado de amor que jamais mem arependerei….

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