Vaclav Havel, ou l’authenticité au pouvoir (1)

Dans la pétaudière politico-économique actuelle, il y a malgré tout quelques éclaircies, comme celles qui figurent dans le livre de mémoires, sous forme d’interview, de l’ancien président tchèque Vaclav Havel :  » A vrai dire… Livre de l’après-pouvoir », paru en août 2008 , aux Editions de l’Aube (diffusion : Seuil).

Extraits libres :

La politique ?

 » Dans un essai consacré à l’impact politique des positions morales dans des régimes totalitaires, (j’ai écrit qu’) une parole courageuse de Soljenitsyne peut avoir une retombée politique plus grande que les voix d’un million d’électeurs dans un système démocratique. Mais cela est secondaire : ce qui est le plus important, c’est que je pourrais l’affirmer encore aujourd’hui. (Il est important), dans un système démocratique, de concevoir la politique comme un réel service aux citoyens et non comme une technologie de pouvoir.
Ce service doit être dans la mesure du possible, désintéressé, basé sur certains idéaux, il doit respecter le principe moral qui est au-dessus de nous et doit prendre en considération les besoins récurrents du genre humain. Donc il ne doit pas être un pouvoir qui veut plaire à un moment donné aux citoyens et qui n’est qu’un jeu d’intérêts particuliers ou de buts pragmatiques ne cachant en fin de compte qu’une seule chose : le désir de rester accroché à son fauteuil. »
(p.22 et 23)

 » Il faut dire que la politique est une activité particulière : il arrive rarement qu’on réussisse à atteindre un objectif clairement identifiable et qu’on puisse le faire reconnaître comme un succès définitif. C’est plutôt l’inverse : la politique est comme une pâte que l’on étire sans fin, et qui ne permet presque jamais d’affirmer qu’un but soit atteint et que l’on puisse s’occuper d’autre chose. «  (p.25)

Le Prix Nobel ?

 » A l’époque du communisme, un tel Prix (Nobel) aurait considérablement renforcé notre lutte, cela va de soi. Mais devenu président, je l’aurais accepté avec embarras. Je suis d’avis que les hommes politiques en activité sont tenus de se battre pour la paix, pour un monde meilleur et plus juste et qu’ils sont, pour ainsi dire, payés pour cela.
Il vaut donc mieux le donner à quelqu’un qui travaille pour ces valeurs sans que ce soit son devoir, et qui souvent prend un risque considérable. »
(p.40)

Renvoyer une loi au Parlement ?

 » Si le Parlement vote des lois dans leur présentation originale, disons que je ne le conçois pas comme une défaite, car le droit (pour un Président)  de renvoyer des lois n’est pas pour moi une espèce de match de tennis. Je me comporte en accord avec ma conscience et avec mon sens de la justice, et je dois exprimer les opinions d’un chef d’Etat. Si on vote autrement que je ne le suggère, j’accepte la raison collective du Parlement en tant que reflétant la raison collective de la société. Cependant, mon devoir est d’agir, si je le considère comme nécessaire, à l’encontre de cette raison collective, tout en acceptant, en tant que démocrate, sa victoire. » (p.51)

Les partis politiques ?

 » Je pense que les partis politiques sont l’un des instruments importants de la politique démocratique, et non  pas son aboutissement ou son sens. Ils devraient constituer le milieu qui rapproche les gens, là où on peut préciser ses opinions et connaître la position de certains spécialistes, bref où se forment les personnalités politiques pour ensuite définir une volonté politique.
Cependant ils ne devraient pas être plus importants que les institutions officielles de l’Etat, comme le Gouvernement ou le Parlement; ils ne devraient pas leur être supérieurs, mais au contraire les servir. Ils ne devraient pas être un lieu où se forment des sortes d’amicales destinées à prendre le pouvoir, des méta-structures semi-légitimes de l’Etat, mais plutôt représenter la crème sur le gâteau de la société civile. Ils devraient être un espace qui puise de l’énergie afin de donner à cette société civile une forme politique qu’exige la concurrence de la vie publique.
(…)
Là où la société civile dépérit et où la vie associative s’appauvrit, là dépérissent aussi les partis politiques, qui finissent par devenir des ghettos pourrissants destinés uniquement à propulser certains de leurs membres vers le pouvoir.
(…)
La loyauté à l’égard de l’Etat, de l’administration publique, des intérêts sociaux et de la conscience de chaque individu doit toujours dominer la loyauté à l’égard d’un parti.
Dans le cas contraire, les partis produiront des non-personnalités s’exprimant uniquement dans leur propre anti-langage, contre lesquels les gens éprouveront progressivement une profonde aversion. »
(p.169)

Vaclav Havel par wottalottapixels

Le droit de grâce ?

 » Toute grâce accordée est dans son principe ambiguë, car vous l’accordez, par principe, à quelqu’un de coupable : on peut donc toujours la critiquer.(…) Il va de soi qu’il est facile de ne jamais accorder de grâce : j’aurais été incomparablement plus populaire. Mais je n’ai pas été président pour être populaire. »(… p.134)

La volonté d’indépendance des Slovaques ?

«  Il eût été contraire à mes principes d’imposer à la population slovaque la manière dont elle pouvait exprimer ou non son identité. Je devais prêter serment sur la Constitution Fédérale et devais défendre l’intégrité de l’Etat(…) mais en même temps je ne pouvais pas ne pas prendre en considération le mouvement d’émancipation en Slovaquie, voire le réprimer. Les peuples ont le droit de passer – si cela correspond à la volonté de la majorité – par la phase de leur indépendance nationale.(…)

A propos des excuses adressées aux Allemands des Sudètes pour leur expulsion de la Tchéchoslovaquie après la guerre :

 » Je n’aime pas trop le rituel par lequel on demande le pardon. Je préfère une réflexion concrète et sans aucun a priori sur les faits, éventuellement des actes qui permettent de réparer, tant qu’on peut, le mal. En tant que chef d’Etat, j’ai souvent souligné dans mes discours que le mal produit le mal, et que nous avons attrapé la même maladie : nous aussi, nous avons tranféré des populations et purifié ethniquement notre pays.
Les conséquences ont été plus graves pour nous que pour les Allemands : non seulement morales – l’expulsion des Allemands a facilité la prise de pouvoir par les communistes – mais même matérielles : dans la région des Sudètes ont disparu des milliers de propriétés agricoles, d’ateliers, d’usines, ainsi que tout un paysage culturel.
(…)
Je peux être fier des bonnes relations que nous avons avec l’Allemagne depuis le début de notre démocratie, meilleures que jamais dans notre histoire commune. Et si certains nous considèrent comme une colonie allemande, ce n’est que notre faute : nous dévastons nos campagnes pour en faire des zones industrielles absurdes, espérant qu’un riche étranger les remarquera un jour et décidera d’y bâtir une entreprise, qu’il délocalisera dans cinq ans au Pakistan…(…p.198)

Au terme de son mandat présidentiel, et redevenu simple citoyen, Vaclav Havel écrit en juillet 2005 :

 » Nous vivons dans un monde d’intermédiaires, et d’intermédiaires qui servent d’intermédiaires, dans un monde de lobbyistes, de consultants, d’agents de public relations. Les gens se font payer parce qu’ils donnent un nom et une adresse utiles, ils touchent de l’argent parce qu’ils vous font rencontrer la personne qui sait comment gagner de l’argent sur le dos de celui qui, lui, a travaillé. Comment se fait-il que nous soyons toujours le même nombre et que nous ayons, pourtant, besoin de toujours plus d’intermédiaires ?(…)

Quand on revient après une longue absence, on se sent comme dans un pays de parvenus et d’escrocs post-communistes. Mais il y a toujours de l’espoir : les nouvelles générations de gens libres qui ne sont pas déformés par le communisme et les privatisations. Il existe des initiatives privées, des associations et des petits partis qui ne sont pas représentés au Parlement et qui ont envie de faire bouger les choses. Non seulement en critiquant la situation présente et l’invraisemblable aliénation de la politique par rapport aux citoyens, mais en participant aux élections, en faisant de la politique pragmatique et en agissant. »(…p.326)

Liberté pour la Birmanie - Freedom for Burma par Anne*°

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