Crise financière : ce que nous avons tous bien compris

Devant la litanie des mauvalises nouvelles financières, le défilé médiatique des experts économiques a quelque chose d’aussi surréaliste que celui des experts militaires dans les deux guerres du Golfe : ils avaient tous prédit la crise et ils savent tous ce qu’il faudrait faire.

Paris LG Action Sports World Tour 2006 par sam*source photo

Dans la jungle du charabia des économistes, on a cependant compris :

– que le principe des crédits immobiliers américains consistait à faire miroiter à des gens non solvables une propriété dont la valeur était sujette aux risques des chefs-d’oeuvre d’ingéniérie financière (!), visant à dédouaner les banques prêteuses de tout risque pour elles-mêmes, et bien sûr, tout cela sans le leur dire. On sait par aileurs qu’avec cet argent, les petits roquets de la Société Générale faisaient des bulles sur leurs écrans d’ordinateurs (1 milliard d’euros par bulle) : et un de ces petits roquets de bande dessinée a, comme disaient tous les médias,  » fait perdre 5 milliards d’euros à sa banque  » (pas aux déposants directement, mais c’est eux qui payeront si le trader a perdu à la loterie mondiale)

– que si les Etats n’intervenaient pas pour éviter la faillitte des banques, c’était la perte garantie pour des millions d’épargnants et le chômage massif dans les banques : on sait donc désormais que les Etats savent trouver des dizaines de milliards dans les 12 heures, y compris la nuit. Devant l’incendie, il fallait bien un pompier. Mais ces milliards sont des emprunts, rendus possibles parce que les Etats ne peuvent disparaître comme une banque, mais dont les intérêts seront payés par les contribuables. Autrement dit, une fois de plus, les gens payeront deux fois :
1 – en perdant leurs maisons, leurs économies ou leur retraite à cause des banques
2 – en payant la facture des emprunts pour renflouer les banques.

Comme on l’a déjà mentionné dans d’autres billets de ce blog :

« L’argent , c’est comme la fumée de cigarettes, ça monte toujours et ne redescend jamais. » (Nicolas Bouvier)
 » Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est à dire chez les pauvres. Bon, d’accord… ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres. » (Alphonse Allais)

A quoi on peut ajouter ce que Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie 2001, disait dans « 24 Heures » (quotidien suisse) le 7.09.08 :

Joseph Stiglitz par A child in the nightsource photo

 » Pendant que l’on cherchait des armes de destruction massive en Irak, on ne voyait pas que c’était à Wall Street qu’elles étaient en train de se fabriquer.(Georges Bush serait-il encore capable de nous dire que c’est la faute à Ben Laden ?). Les 700 milliards de dollars approuvés par le Congrès américain, «  c’est comme faire une transfusion sanguine à une personne qui soufffre d’hémorragie interne. Tant que l’on aidera pas les petits emprunteurs à faire face à leurs dettes, les banques n’auront aucune chance de rétablir leurs comptes – il est là, le vrai problème. Cette crise financière menace de se transformer en une grave crise économique. »

Puisqu’on est dans les Prix Nobel, le dessin humoristique de Chappatte dans « Le Temps »(quotidien suisse – 07.09.08) est irrésistible (on ne peut malheureusement pas le reproduire ici) :

Le porte-parole du Comité Nobel annonce, au micro sur une scène, devant une brave grand-mère au visage ébahi tenant une tire-lire dans ses mains :« Le Prix Nobel d’Economie 2008 est décerné à Madame Bruchon qui a gardé ses économies. »

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7 Responses to Crise financière : ce que nous avons tous bien compris

  1. M a n u dit :

    2 articles :

    – Bonne nouvelle : le capitalisme financier mondial s’est écroulé
    Riccardo Petrella Professeur émérite de l’UCL

    http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/carte-blanche-bonne-nouvelle-2008-10-08-647056.shtml#forums_reactions_wrapper

    – Hyper-crise et hypo-crisie : les dessous d’un sauvetage.
    Christian Arnsperger Professeur à l’UCL, chercheur à la chaire Hoover d’Ethique économique et sociale.
    http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/carte-blanche-hyper-crise-et-2008-10-03-645237.shtml

  2. Citoyen dit :

    Bien vu …

  3. argoul dit :

    Sauf qu’Alfred Nobel n’a jamais instauré de Prix pour l’économie, c’est la Banque de Suède (une affreuse banque privée capitaliste) qui l’a fait.

    Et que le plan Paulson n’est pas de la dette d’Etat engouffrée dans un tonneau des danaïdes mais une tentative de « fixer » les prix pour les actifs non-évaluables désormais tant leur sous-jacent (immobilier) est mouvant et leur levier (titrisé) répandu un peu partout.

    L’argent ainsi « investi » est à la fois une opération de sécurité (comme une guerre, mais à l’intérieur – ça coûte mais la survie n’a pas de prix) + une prise de participation dans les établissements avec clause de retour à meilleure fortune (captation des dividendes, interdiction des bonus, portage des titres avant revente ultérieure).

    Quant aux économistes qui n’avaient rien vu, vous parlez sans doute des plus médiatiques, toujours dans le sens du vent… Stiglitz en avait écrit plusieurs livres, tout comme Artus, Daniel Cohen et j’en passe. Jusqu’à Alain Sueur, qui écrit parfois dans Fugues et qui en avait fait un chapitre de son livre de 2007, ‘Les outils de la stratégie boursière’.

    Ce sera long et difficile, prendra des années, et le modèle culturel dans lequel a vécu la génération des années 1980 en sera bouleversé. Sans doute pas pour un « retour » à la pensée d’avant. Mais pour inventer du neuf mieux adapté et tenant compte probablement plus du reste du monde et de ce qu’ils pensent aussi.

    Et c’est là que – pardonnez mon ire ! – « la gauche » tant française qu’européenne est d’une indigence crasse. La droite est préoccopuée avant tout des intérêts; elle reste pragmatique en toutes choses; ce n’est pas si mal en temps de crise. mais pour inventer le nouveau format, il ne faut pas compter sur elle.

  4. jcdurbant dit :

    « ” Pendant que l’on cherchait des armes de destruction massive en Irak, on ne voyait pas que c’était à Wall Street qu’elles étaient en train de se fabriquer. »

    Sauf que ce que dit pas notre cher prix Nobel, c’est que les maitres d’oeuvre desdites ADM, c’était surtout du côté de ses amis qu’ils étaient!

    Les « FDR », les Sandlers, les Soros, le Black caucus, issus pour la plupart de la bande à Clinton et que certains s’en sont pas si mal tirés que ça, ayant vendu à temps et se permettant de jouer les philanthropes avec l’argent des autres (Sandler encore!) et s’apprêtant, avec leur candidat pour la prochaine élection dans moins d’un mois, au hold up du siècle !!!

    http://jcdurbant.wordpress.com/2008/10/08/crise-financiere-il-faut-debusquer-le-nouvel-enron-investigate-the-new-enron-get-the-bastards/

  5. […] Dhimmi du mois: Anti-bushistes du monde, unissez-vous! (Fukuyama: Bush-bashers of the world, unite!) Pendant que l’on cherchait des armes de destruction massive en Irak, on ne voyait pas que c’était à Wall Street qu’elles étaient en train de se fabriquer. Charles Stiglitz […]

  6. sopadeajo dit :

    Souvent l´humour n´est qu´un prétexte que l´on doit utiliser quand on veut dire la vérité, mais cette vérité est trop évidente à dire: A ces salauds qui peuplent Wall Street;

  7. rachid dit :

    Capitalisme et Pornographie !

    Il y a beaucoup de ressemblances entre le capitalisme et la pornographie. Même gros plans bâclés et répétitifs sur la Bourse ou les bourses, même pauvreté de langage qui confine à la répétition de phrases minimalistes : « La Bourse chute », « La Bourse est en hausse » ou « Oui, oui c’est bon », « Non, non, c’est pas bon ». Regardez bien : les visages qui annoncent les cours du plaisir ou de l’argent ont les mêmes mimiques stéréotypées, la même hébétude. D’ailleurs, un cinéaste amateur pourrait très bien s’amuser à plaquer une bande-son porno sur des images de la Bourse, et inversement commenter par des sons empruntés à la Bourse des plans pornographiques, sans que personne n’y remarque rien. Dans les deux cas, on méprise les corps. Corps des citoyens ou des travailleurs interchangeables : corps des acteurs, hommes ou femmes, au creux de leur forme. Peu importent les humains pourvu que ça passe par tous les trous des paradis buccaux, vaginaux, anaux et fiscaux. Les corps deviennent des marchandises épuisables et donc jetables. Quant aux décideurs pornographiques ou capitalistes, ce sont à s’y méprendre des maquereaux, à la différence près qu’un maquereau à l’ancienne pouvait être sentimental avec sa gagneuse. Est-ce un hasard si le premier visage qu’a pris le capitalisme dans les ex-républiques soviétiques, c’est le recyclage d’ouvrières en hordes de putes blondes lâchées sur les trottoirs de l’ancienne Europe ? Face à ce film pornographique (ou bordel géant) qu’est devenue l’économie planétaire, on entend des indignations. Madame Parisot, nouvelle Madame Claude du Medef, les UMPistes puceaux de l’horreur économique, les libéro-socialistes qui commençaient à se faire aux partouzes avec le capital, tous demandent la bouche en cœur ( ! !) que l’on atténue la brutalité des plans du film. Un capitalisme régulé, avec photos floutées et cache-sexe, serait tellement plus acceptable. Plus moral en somme…

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