Lettre ouverte à Mr Bernard Kouchner

Monsieur le Ministre,

La polémique dont vous êtes la cible, à partir du livre de Pierre Péan, a cette caractéristique – typique de notre époque – que tout le monde a une opinion bien arrêtée alors que le livre … n’est pas encore, à ce jour, disponible.

Mais ce que l’on ne peut s’empêcher d’écouter des deux côtés nous incite à ne pas acheter le livre, ni à contribuer au lynchage politico-médiatique.

D’avoir milité pendant des décennies pour les droits de l’homme et de s’instaurer consultant privé est une chose. Mais se faire affourager par des dictateurs pourris pour des mandats rémunérés est indigne. Entrer dans la logique, largement dénoncée par tant d’ONG, d’exploitation de la misère de l’Afrique, via le marché hyper-lucratif de consultants, est profondément affligeant.

Vous nous faites penser – la comparaison n’est pas déshonorante – aux débats qui ont accompagné l’engagement d’André Malraux aux côtès  du De Gaulle de la V ème République. On se souvient du dessin humoristique, paru à son décès, à la « une » du « Monde », qui représentait deux tombes. Sur la première était inscrit :  » André Malraux : 1901-1958  » et sur la deuxième :  » André Malraux : 1958-1975 « .

On gardera de vous, Monsieur Kouchner, le souvenir du fondateur d’organisations humanitaires.

On mettra le reste sur le compte de l’âge. D’avoir notamment dit, en décembre dernier, de votre Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, qu’en réalité ce poste était incompatible avec les responsabilités d’un ministère politique, on mettra cela sur le compte des paroles verbales, car il est impossible que vous ne vous en soyez pas rendu compte dans vos décennies de missions humanitaires de par le vaste monde.

Et – si l’on ose – on se permettra de vous rappeler le contenu de la lettre que vous aviez reçue, en avril 1990, d’un autre fondateur d’organisation humanitaire, avec qui vous aviez effectué quelques missions périlleuses au tout début de votre carrière, notamment au Biafra, et à qui, lorsque vous étiez Ministre de la Santé , vous aviez proposé de recevoir la Légion d’Honneur.
Il vous avait répondu comme suit :

 » Excellence et très cher Bernard,

kaiser_boy1Ta présence affectueuse et constante m’est précieuse et je t’en remercie.
Mais pour nous être souvent découverts semblables au secours du pire, tu comprendras que je ne puisse me revêtir des honneurs auxquels tu me convies.
En effet, planté parmi les enfants biafrais à l’agonie ou morts, au milieu des enfants du Vietnam épluchés au napalm ou sans tête, c’est comme si je trouvais naturel et dû d’être couronné de leur martyre.
Si bien qu’il ne m’est vraiment pas possible, Bernard, d’accueillir une « distinction » si profondément étrangère à ce qu’ils ont souffert et au tout petit peu que nous avons tenté.
Je t’en demande pardon et je t’embrasse fraternellement. »


On vous accordera, Monsieur Kouchner, que nul  n’est tenu d’être un saint.

Et comme ce fondateur finissait souvent ses lettres,  » Soyez assuré, Monsieur, de la sincérité de nos sentiments. »

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2 Responses to Lettre ouverte à Mr Bernard Kouchner

  1. mirabelle dit :

    Merci.
    J’espère bien que le destinataire de cette lettre ouverte aura l’occasion de la lire.

  2. […] Bon, la liberté des gens est libre, mais on ne peut s’empêcher de se souvenir d’un Glucksmann autrement plus inspiré, du temps du président Giscard d’Estaing … et idem pour Kouchner. […]

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