UBS : qui imaginerait une bande dessinée pareille ?

C’est l’histoire d’une banque,  » grenouille devenue aussi grosse que le boeuf  » (fusion UBS-SBS), qui ne perdait jamais une occasion de dire qu’elle pouvait déménager n’importe où dans le monde et que le nom de « Suisse » n’était qu’un vernis de sérieux – et qui, finalement, en octobre 2008, se résout à supplier le gouvernement suisse de la recapitaliser. Ce qui fût fait à raison de 6 milliards de francs suisses (4 milliards d’euros)…

Puis on apprend ceci :

«  Les 6 milliards de francs de la Confédération servant à la recapitalisation de l’UBS iront sur les comptes de la filiale de la banque sur l’île anglo-normande de Jersey, apprend-on ce vendredi.
Le Parti Socialiste en est vert de rage. UBS a confirmé l’information parue vendredi dans la presse : « L’emprunt à conversion obligatoire a été émis à Jersey, indique la porte-parole. La raison en est qu’ainsi, aucun impôt anticipé ne sera prélevé sur le coupon, ce qui est dans l’intérêt de la Confédération. »

Autrement dit, le gouvernement suisse recapitalise sa plus grande banque en plaçant l’argent dans le paradis fiscal de Jersey à seule fin d’échapper à «  ses propres impôts « .
Le Président de la Confédération, qui se trouve être cette année le Ministre des Finances, Mr Hans-Rudolf Merz (et non pas Jurg-Georg Schlumpf, ni un quelconque Luzius-Heini Akchteubleuch) a vanté les mérites de cette décision à la télévision pour  « épargner l’argent des contribuables« . Donc, le bon peuple doit s’estimer satisfait. Plus c’est gros, plus ça passe.

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Attendez, il y a encore mieux :

La banque livre alors aux autorités des Etats-Unis une liste de 250 noms d’Américains ayant ouvert des comptes à l’UBS en Suisse pour échapper au fisc américain, en escomptant ainsi provoquer l’indulgence et la clémence des autorités quant aux dizaines de milliers d’autres comptes.

On apprend alors que les directeurs actuels savaient parfaitement, et depuis des années, que ces démarches utilisaient des pratiques illégales en regard  du droit américain. Ils le savaient d’autant plus que 32 conseillers sont allées au USA, par exemple en 2004 (en classe  » Business  » ?), et chacun restait en moyenne un mois sur place pour rencontrer environ 4 clients par jour. Environ 3 800 contacts étaient donc établis chaque année : ces conseillers proposaient à leurs clients de créer des sociétés-écrans pour ne pas être imposés aux USA, de planquer une partie de l’argent liquide dans des coffres en Suisse, et de faire des achats à partir d’une carte de crédit UBS.  Les « conseillers de l’UBS » transportaient des diamants dans des tubes de dentifrice…

Pour approcher les riches contribuables américains, rien de tel que de fréquenter les tournois de tennis, les compétitions de voile, les grandes expositions internationales d’art contemporain (parfois sponsorisées par l’UBS).

Toutes les communications internes se faisaient par codes de langage, dignes des Pieds Nickelés (« orange » = euro; « vert » = dollar ; 250 000, c’est une « noix » et 1 million un « cygne« ,etc,…).

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D’ où le grand débat – et la grande peur – sur l’épée de Damoclès qui flotte au dessus du «  secret bancaire « , notion aussi identitaire pour la Suisse que le chocolat et la Croix-Rouge, et dont il faudrait peut-être changer le nom
Dans un esprit constructif, on proposera :

 » arcane fiduciaire  »
 » flouze labyrinthique  »
 » ficelle monétaire »
 » artifice boutiquier »
 » blé furtif  »
 » fortune pudique  »
 » espèces latentes  »
 » tango argent-in  »
 » grisbi occulte  »
 » dédale d’oseille  »
 » pognon subreptice  »
 » pépètes chafouines  »
 » oseille cabalistique  »
 » radis somnolent « 

 » dédale profond  »
 » écheveau mystique  »
 » maquis intimes  »
 » méandres ténébreux « 

etc…

On terminera ce billet par une réflexion qui se veut aussi sérieuse que possible  :

Etant de la génération des littéraires issus de 1968, on a (allégrement – rassurez-vous) porté le poids des insultes selon lesquelles on ne comprenait rien aux mécanismes de l’économie, tout en lisant d’innombrables journaux, magazines et alertes d’associations, d’ONG, de groupes militants dénonçant cette économie comme étant l’organisation sophistiquée de la légalisation de la corruption mondiale, etc…

Nous découvrons aujourd’hui que ce que nous pensions, ce que nous disions de tout cet univers, était vrai. Nous aurions dû penser effectivement que l’effondrement du système n’était possible que miné par ses propres escrocs.
Le système se détruit au sein de ses propres chiottes à l’architecture bancaire, dans un nihilisme de millionnaires affouragés de bonus pompés sur l’argent des contribuables.
Qui plus est – n’est-ce pas –  ils trouveront bien le moyen de nous faire payer plusieurs fois, par les recapitalisations à perpetuité, par le chômage, par l’inflation, etc…

Alors, bravo ! et bon appétit
au Chief Executive Officer de l’UBS,
un certain Rohner, prénommé Marcel.

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Source photo

Si ce n’était le (sincérement) triste spectacle des leaders politiques suisses, toutes tendances confondues, obligés, à l’intérieur de la même phrase, de cracher sur les patrons criminels de l’UBS, fleuron de la banque suisse depuis des décennies, tout en défendant le secret bancaire comme un Saint-Sacrement, raisonnement périlleux par les temps qui courent, on ajouterait ce commentaire spontané d’un journaliste du matin à la Radio Suisse Romande cette semaine :
 » Ne plus voir confiance en Dieu, c’est une chose,
mais ne plus avoir confiance dans la plus grande banque suisse,
voilà qui est insupportable… »

Sans oublier le (toujours excellent) dessin de Chappatte dans  » Le Temps  » de ce jour :

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