Somalie : qui sont donc les pirates ?

Dans moins de deux ans, en 2011, la Somalie sera la seule région du monde où il n’y aura pas eu d’Etat pendant 20 ans.
Le retour progressif, silencieux à l’état de jungle, de cohabitation de clans, de tribus et de groupes qui se font la guerre dans un dénuement et une misère effroyables, et surtout dans un abandon total, et durable, de la part de la commnuauté internationale, dont la capacité d’indifférence est effarante.

Retour à la jungle ? Retour ou préfiguration de la description – prophétique – qu’en faisait Jean-Christophe Ruffin dans son roman « Globalia » ?

Il ne manque pas d’analystes pour faire le rapprochement entre cette situation de vide juridique et les attaques de bateaux par des pirates le long des côtes somaliennes – et il n’est pas question de justifier en quelque manière ce genre d’action illégale, mais simplement de faire le rapprochement entre ces actes de piraterie et d’autres réalités dont personne ne parle avec le même impact médiatique…

Il y a cependant un envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la Somalie , Mr Ahmedou Ould Abdallah qui a tiré maintes fois la sonnette d’alarme…

Lors d’une réunion du Conseil de Sécurité  qui s’est tenu spécialement sur la Somalie en septembre 2008, une Somalienne s’est exprimée ainsi :

 » Depuis 1991, la Somalie est impliquée dans une guerre civile attisée et incitée par l’extérieur.
Il n’y a plus guère d’infrastructure étatique, et toute personne qui en a la possibilité, quitte le pays, très souvent dans des conditions extrêmement dangereuses.
Les souffrances des Somaliens sont immenses, mais l’opinion mondiale, y compris l’ONU, ne s’y intéresse pas vraiment. Selon Leyla Kanyare, il semble qu’il y ait des hommes qui n’ont pas droit au respect de leurs droits humains, comme notamment en Somalie.
Personne ne s’engage pour ce pays et pour les populations en détresse qui y vivent.
Tout au contraire, on l’utilise pour tester de nouvelles armes, et pour se décharger à bon marché ou même gratuitement des déchets nucléaires. Des maladies nouvelles et horribles en sont la conséquence. Comme il n’y a plus guère de médecins et qu’il n’y a pas de médicaments, les gens sont tout à fait désemparés et abandonnés.
Leyla Kanyare a terminé son intervention en lançant un appel d’urgence à la communauté des Etats, pour qu’on soutienne son pays de manière honnête. »
(…)

On trouve aussi dans un article de URB Magazine Los Angeles (USA) un article (traduit dans « Courrier International » No 963 d’avril 2009) d’un poète et chanteur somalien, K’Naan, exilé au Canada, affirmant ceci :

 » La Somalie n’a plus de gouvernement en état de marche depuis 1991.
Après le renversement de Siyad Barre, le dictateur qui a dirigé le pays pendant une vingtaine d’années, deux grandes forces du clan Hawiye sont arrivées au pouvoir.
Ali Mahdi et le général Mohamed Farah Aidid, les deux chefs des rebelles Hawiye, ont à l’époque été considérés comme des libérateurs. Leur unité et celle de leurs clans respectifs n’ont cependant duré que très peu de temps : un désaccord sur le fait de savoir qui allait passer du statut de chef de milice à celui de président a provoqué l’une des guerres les plus dévastatrices de l’histoire somalienne et a fait des millions de réfugiés et des centaines de milliers de morts.
Or la guerre coûte cher et les milices ont besoin de nourriture pour leur famille et de jaad (un stimulant à base d’amphétamines) pour les combats.
Les hommes d’Aidid ont alors commencé à piller les camions de l’aide internationale qui apportaient des vivres aux masses affamées et à en revendre le contenu pour continuer leur guerre. Ali Mahdi avait pour sa part les yeux rivés sur une ressource plus vaste et moins exploitée : l’océan Indien. 

A cette époque, les pêcheurs locaux dénonçaient déjà ces bateaux qui entraient illégalement dans les eaux somaliennes et volaient tout le poisson, mais ils n’étaient pas entendus.
Au même moment, une pratique plus sinistre et plus méprisante fut lancée.
Une société suisse du nom d’Achair Partners et une entreprise italienne appelée Progresso conclurent avec Ali Mahdi un accord qui les autorisait à déposer des conteneurs de déchets dans les eaux somaliennes.
Ces sociétés européennes versaient, dit-on, dans les 3 dollars la tonne [8 dollars selon un article de
Times de mars 2005] aux seigneurs de la guerre, alors qu’en Europe se débarrasser d’une tonne de déchets coûte dans les 1 000 dollars. 

Le tsunami de 2004 a fracassé plusieurs conteneurs qui se sont répandus sur la côte et des milliers de personnes de la région du Puntland ont commencé à se plaindre de troubles graves et sans précédent : hémorragies abdominales, ulcères cutanés et plusieurs symptômes similaires à ceux du cancer. Selon Nick Nuttall, un porte-parole du Programme des Nations unies pour l’environnement, les conteneurs renfermaient différents types de déchets, parmi lesquels
“de l’uranium, d’autres déchets radioactifs, des métaux lourds, comme du plomb, du cadmium, du mercure, et des déchets chimiques”. Et cette pratique continue de nos jours, selon les Nations unies.
Ce n’est que plusieurs mois plus tard que les pêcheurs locaux, accompagnés de milices terrestres, se sont lancés sur les eaux pour empêcher les Occidentaux de détruire complètement et en toute impunité la vie marine somalienne.
Aujourd’hui, leurs objectifs sont moins nobles et les anciens pêcheurs et leurs milices se sont mis à rançonner les navires.
Cette forme de piraterie représente un élément important de l’économie somalienne, en particulier dans la région où les sociétés privées de traitement des déchets ont enterré leurs pièges mortels pour notre pays. »

On laissera chacun déterminer qui est pirate (le bon , la brute et le truand) dans ce contexte…
La Bourse reconnaîtra les siens parmi les sociétés de gestion de déchets…

PS : dans un article de « Libération » du 28 avril 2009, l’activiste écologiste  et Capitaine canadien Paul Watson, controversé pour ses méthodes d’intervention dans la protection des animaux marins, se définit ainsi :


 » Nous sommes des pirates inspirés par la compassion,
qui luttons contre des pirates motivés par le profit.
(…)

De toute façon, ils peuvent nous donner
tous les surnoms qu’ils veulent,
nous , on fait le job. »
(…)

 » Nous avons la loi pour nous,
nous agissons au nom des règlementations internationales.
Le jour où les Etats les feront respecter, nous arrêterons. »
(…)

 » Personne n’accepterait que des braconniers
sillonnent l’Afrique en tuant tous les lions et les éléphants.
C’est pourtant ce qui se passe en mer. »
(…)

On me traite de Cassandre.
On oublie que Cassandre avait raison. »

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One Response to Somalie : qui sont donc les pirates ?

  1. Cesco dit :

    La piraterie a une longue histoire, et pas seulement une histoire romanesque aux Antilles dans le sillage de l’ « Ile au Trésor » et de Barbe-Noire. A propos de piraterie barbaresque, par exemple, voici le récit d’une attaque perpétrée au large du Liban actuel, rapportée par le chevalier d’Arvieux en 1660 :

    http://www.villemagne.net/site_fr/jerusalem-chevalier-d-arvieux.php#010

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