« De partout, des gens se lèvent et parlent »

Pour une fois qu’un-e responsable international-e s’exprime au premier degré, sans que l’on devine ou soupçonne des arrières-pensées ou des agendas cachés, cela repose, cela motive, cela rassure, et cela mobilise….
Surtout lorsqu’on sait que d’autres acteurs ont des stratégies mondiales – précisément – destinées à effacer toute référence aux droits élémentaires que la communauté internationale a mis 60 ans à négocier et rendre crédibles comme objectifs.
Il n’est pas inutile de rappeler ces choses élémentaires, sachant que tous les petits roquets du néo-libéralisme , tous les escrocs du discours sur l’importance du « compassionnel », et bla-bla-bla, vont renaître, sans aucun scrupule, de plus belle, après s’être cachés pour pleurer des larmes de crocodiles dans les jupes de l’Etat…

Dans un éditorial de l' »Hebdo » (Suisse -13.04.09) , Jacques Pilet affirme :
La crise ?  » En Afrique, les populations ne la ressentent guère. Car elles sont de toute façon privées du bénéfice des exportations qui filent vers les compagnies étrangères et les élites locales corrompues. Les pauvres, que la conjoncture mondiale soit bonne ou mauvaise, en sont réduits à se débrouiller tant bien que mal dans les méandres de l’économie souteraine. »
Et de citer l’économiste péruvien Hermando De Soto, qui, dans Marianne, affirme que  » les chiffres officiels ignorent la part énorme de l’économie informelle. (…)  Le tissu insondable de la débrouillardise, peu mondialisé, résiste mieux à la crise que le grand business international… »

Alors quand on voit l’état humanitaire de dizaines de millions de gens en Corée du nord, en Somalie, en Irak, en Palestine, en Afghanistan, à l’est du Congo, au Zimbabwe, au Sri-Lanka et ailleurs… il est de simple bon sens de lire ces extraits de l’ interview dans  » Le Monde  » du 29 mai 2009, de  Mme Irene Khan (originaire du Bangladesh), Secrétaire Générale de l’organisation AMNESTY INTERNATIONAL, qui prend la défense des « prisonniers de la pauvreté ».

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Source photo

 » La crise mondiale changerait-elle la cause des droits de l’homme ?

– Les informations recueillies sur 157 pays renforcent notre conviction : la crise n’est pas seulement économique, c’est une crise des droits de l’homme. Les populations les plus pauvres sont les premières victimes . Des milliards de gens souffrent d’insécurité, d’injustice et d’indignité. Et lorsque certains protestent, les gouvernements les répriment : 100 morts au Cameroun, 2 morts et des centaines d’arrestations en Tunisie…
La crise met en cause les droits fondamentaux : elle se traduit en pertes d’emplois et de logements, en restriction d’eau et de nourriture, en discriminations. Elle attise le racisme, la xénophobie, fait monter l’insécurité. »
(…)

Vous écrivez que 2008 donne un avant-goût de ce qui nous attend. Quelles sont vos craintes ?

– Si on continue d’ignorer les questions de discrimination, de xénophobie, cela va empirer.
Regardez ce qui s’est passé en Afrique du Sud, quand les gens s’en sont pris aux étrangers accusés de prendre leurs emplois. On voit le même phénomène en Europe avec l’hostilité à l’égard des Roms et des migrants. En France, en Italie, en Espagne, regardez comment la police se comporte avec les étrangers ! En Pologne et en Hongrie, on voit l’intolérance monter. En Grèce, en Argentine, en Haïti, on constate un mécontentement grandissant et une répression accrue.
Les Etats affaiblis par la dérégulation peuvent-ils promouvoir les droits de l’homme ? Les Etats restent les premiers garants du respect des droits de l’homme.
Mais beaucoup ont abandonné certaines de leurs obligations, en privatisant la sécurité, les prisons, en réduisant leurs dépenses sociales.
Tout le monde voit aujourd’hui à quoi a mené le manque de régulation dans le domaine économique et réclame l’intention accrue de l’Etat. Il faut promouvoir la même exigence en matière de droits de l’homme.

Dans beaucoup de pays pauvres, les ONG assument les missions abandonnées par les Etats.
Ont-elles une part de responsabilité dans leur affaiblissement ?

– Le retrait des Etats a créé un vide qui a été comblé par des sociétés privées et par des ONG.
Celles-ci peuvent fournir des services, mais non garantir les droits de l’homme.
Ce ne sont pas des entités démocratiques : leurs responsables ne sont pas élus et ne sont pas responsables devant la population même si certaines ont été créées localement.
Ce n’est pas leur faute : elles sont là parce qu’on s’est défaussé sur elles.

Le mépris affiché par Pékin et Moscou pour les droits de l’homme met-il en cause leur universalité ?

– Il serait très dangereux que des pays appelés à dominer le monde ne prennent aucun engagement en la matière. Reconstruire l’économie mondiale sans vision commune des droits de l’homme augmenterait les risques d’inégalités, de marginalisations et donc de conflits et d’insécurité.
Mais la reconnaissance doit être réciproque :
à la Chine de reconnaître les droits civils et politiques ;
aux Etats-Unis de reconnaître les droits sociaux et économiques.

Est-il possible d’ouvrir ce débat en période de crise économique ?

– Mais c’est au contraire une opportunité ! Les Etats se concertent sur la manière de juguler la crise.
C’est aussi le moment pour eux de remettre les gens au centre, de fonder un nouveau leadership tenant compte des droits de l’homme. Mais les Etats ne suffisent pas.
Les sociétés multinationales, parfois plus puissantes qu’eux, doivent être soumises à des règles universelles de respect des droits humains et à un système de sanctions qu’il serait possible d’actionner partout dans le monde.

Les droits de l’homme passent-ils par l’abolition des frontières ?

– Nous sommes pour que les sociétés, et non les frontières, soient ouvertes.
La question des migrations ne peut être traitée que par une coopération multilatérale.
Ni le verrouillage des législations nationales ni les accords bilatéraux ne sont efficaces parce qu’ils oublient que le phénomène est planétaire. Il faut mettre autour de la table tous les pays, ceux de départ, ceux de transit et ceux d’accueil dans le cadre de la convention des Nations unies sur les migrations.

Barack Obama est-il un allié ?

– Nous sommes heureux qu’il ait décidé la fermeture de Guantanamo que nous réclamons depuis 2003. Il apporte beaucoup d’espoir. Mais nous sommes inquiets du fait qu’il use du même langage de guerre que l’administration Bush à propos d’Al-Qaida. Il faut laisser la justice décider si les gens sont coupables et ne laisser personne en prison sans jugement.

Dans ce monde troublé, percevez-vous des signes d’espoir ?

– Qui pouvait imaginer voici quelques mois que Guantanamo, le Goulag de notre temps, serait fermé ?
La campagne pour le contrôle des armes a été un succès aux Nations Unies, de même que le vote d’un moratoire sur les exécutions capitales. Les débuts effectifs de la Cour pénale internationale constituent un autre sujet de satisfaction. Mais le premier signe d’espoir reste la manière dont, partout dans le monde, émergent les sociétés civiles, y compris sous les régimes les plus durs.
Sur tous les continents, des gens se lèvent et parlent. »

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Il naît environ 125 millions d’enfants par an dans le monde.
Compte tenu de la baisse relative du taux de croissance démographique ,
cela fera 3 milliards de naissances dans les 50 ans à venir.

SO WHAT ?

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One Response to « De partout, des gens se lèvent et parlent »

  1. […] «   » Martin Hirsch : le réalisme renforce la conviction «   » De partout, des gens se lèvent et parlent «   » Humanitaire, idéologie et… humanité «   » […]

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