Si la justice ne passe pas, l’économie ne décollera pas…

Extrait d’un article de Emmanuelle Auriol (Ecole d’économie de Toulouse)
dans  » Le Monde – Economie  » du 10 juin 2009 :

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(…)  » La justice pénale internationale, née à la fin de la seconde guerre mondiale, est toujours contestée et fragile :  » justice des vainqueurs « , «  néocolonialiste « , les critiques ne manquent pas.
Et on ignore souvent le rôle qu’elle joue dans le développement économique.

A l’issue de conflits violents, la réconciliation est une  étape décisive de la reconstruction économique. Sans les procès de Nuremberg et de Tokyo, qui, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ont permis de designer, juger et châtier les plus hauts responsables, l’Allemagne et le Japon n’auraient pu se reconstruire aussi vite.
Au Cambodge en revanche, pendant plus de trente ans, et jusqu’à ces derniers mois, les anciens Khmers Rouges n’ont pas été inquiétés. Coupables de tortures,  d’exactions et de génocide, les responsables ont continué à inspirer la terreur au sein d’une population traumatisée. Impossible de reconstruire un pays lorsque victimes et anciens bourreaux, qui ne manifestent ni honte ni peur, se côtoient au quotidien.

Tout comme les Tribunaux nationaux, la justice pénale internationale est un bien public essentiel.
En poursuivant les responsables de crimes internationaux, elle supprime le sentiment d’impunité. Elle a ainsi un rôle de dissuasion, crucial pour le maintien de la paix, et contribue à limiter l’occurrence d’exactions au cours des guerres civiles qui, depuis la fin de la guerre froide, sont la forme dominante de conflits sur notre planète.

Elle joue aussi un rôle déterminant dans la consolidation de l’Etat de droit.(…) Ce renforcement de l’Etat de droit est une nécessité pour le développement économique.  Lui seul peut garantir les droits individuels, notamment de propriété et de respect des contrats.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les pays riches sont tous dotés de puissants systèmes judiciaires. »
(…)

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Quelques remarques :

1 – N’étant pas du  » milieu « , il est d’abord rassurant de savoir que des professeurs d’économie savent parler à leurs étudiants des liens  – jusqu’aux plus inattendus – entre l’économie et la vie collective dans ses aspects les moins mesurables.

2 – Après un conflit, la réconciliation n’est pas la justice, mais il n’y a pas de réconciliation au niveau d’une collectivité –  d’une  » volonté de vivre ensemble « , ce qui définit une nation – sans que la justice soit passée.

3 – A celles et ceux qui pensent que ce sont toujours les pays africains et les plus pauvres qui sont concernés par les procédures de la Cour Pénale Internationale, il faut dire que 3 des 4 procédures ont été initiées par les gouvernements africains seux-mêmes, à l’exception de la poursuite en cours contre le président soudanais.
Il est vrai qu’on attend toujours la poursuite de fauteurs de guerre aussi responsables que d’autres de crimnes de guerre et crimes contre l’humanité : patience… La Justice repasse parfois les plats que l’Histoire ne repasse pas.

4 – A celles et ceux qui craignent qu’une procédure en Cour Pénale Internationale ne constitue un obstacle au rétablissement de la paix dans un conflit, se reporter au billet précédent de ce blog sur le sujet , ave cdes extraits d’une interview de Madame Louise Arbour, ex-procureure du Tribunal Pénal International et ex-Haut Commissaire aux Droits de l’homme des Nations Unies.


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