Nations Unies : une « véhémence » bienvenue

Pour une fois qu’une Agence des Nations Unies ne produit pas du langage purement technique qui gomme les responsabilités (voir précédent billet de ce blog :  » Le sabir des Nations Unies« ) voici un rapport qui fait le lien entre un problème récurrent au niveau mondial et les risques et conséquences possibles de la grave crise économique actuelle.

Il faut s’en réjouir et citer des extraits de ce rapport de l’UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime),  publié le 24 juin 2009 et intitulé :  » Rapport mondial 2009 sur les drogues «  dans lequel on peut lire les extraits suivants de la préface signée de Mr Antonio Maria COSTA, directeur exécutif de l’UNODC, face au discours de ceux qui préconisent la légalisation des drogues :

(…) On fait valoir plusieurs arguments en faveur de l’abolition de contrôles visant les drogues, d’ordre économique, sanitaire et sécuritaire :

1 – L’argument économique en faveur de la légalisation des drogues se résume à ceci : dépénalisons les drogues et fiscalisons-les. Il séduit de plus en plus les gouvernements, qui souhaitent augmenter les recettes de l’Etat en cette période de crise économique.
Or la solution consistant à légaliser et fiscaliser est contraire à l’éthique et à la logique économique. Elle propose un impôt pervers, frappant de génération en génération un groupe marginal (les toxicomanes) pour relancer l’économie : les partisans de cette solution sont-ils favorables aussi à la légalisation et à la fiscalisation d’autres infractions apparemment irréductibles comme la traite de êtres humains ? Les esclaves modernes (et il y en a des millions) procureraient sans doute des recettes importantes qui permettraient de venir à la rescousse des banques en faillitte.
L’argument économique se fonde aussi sur une logique déficiente : toute économie réalisée dans le contrôle des drogues
(…) se traduirait par une augmentation beaucoup plus importante des dépenses de santé (en raison de l’explosion de la consommation qui en résulterait). (…)

2 – D’autres ont fait valoir qu’à la suite de la légalisation, l’Etat pourrait écarter la menace sanitaire (épidémies de drogue) en réglementant le marché des drogues.
Encore une fois, c’est faire montre de naïveté et de myopie. D’abord plus les contrôles se resserrent, plus le marché parallèle, clandestin, se développe rapidement. – ce qui vient discréditer cette idée.
Ensuite, seuls quelques pays (riches) peuvent se premettre des contrôles aussi sophistiqués.
Qu’en est-il du reste de l’humanité (qui représente la majorité) ?
Pourquoi déclencher une épidémie de drogues dans les pays en développement au nom d’arguments libertaires brandis par le lobby favorable aux drogues …qui a les moyens de faire traiter ses toxicomanes ?
Les drogues ne sont pas néfastes parce qu’elle sont placées sous contrôle : elle sont placées sous contrôle parce qu’elles sont néfastes, et elles causent des dommages au toxicomane, qu’il fasse partie du beau monde ou qu’il soit pauvre et marginalisé
.(…)

Un sous-marin bourré de cocaïne fait naufrage en Colombie (Source photo)

3 – Le dossier le plus grave concerne la criminalité organisée.
Toutes les activités assujetties au contrôle de l’Etat font naître des opérations parallèles, illicites.
(…) Par la force des choses,, les contrôles ont favorisé l’émergence d’un marché illicite de très grande envergure, où la violence et la corruption imprègnent le jeu de l’offre et de la demande.  Si on légalise les drogues, la criminalité organisée sera privée de son activité la plus lucrative, estiment les censeurs.(…)

Après avoir réflchi longuement à la question, nous avons conclu que les arguments concernant les liens entre drogue et criminalité organisée étaient valables.(Mais)  » D’abord, les services de détection et de répression devraient cibler les trafiquants plutôt que les consommateurs de drogue. La toxicomanie est une maladie : il faut apporter un soutien médical à ceux  qui se droguent et non les sanctionner.(…)
Ensuite, nous devons mettre fin au drame des villes livrées à l’anarchie. La revente de drogues, comme les autres infractions, ont lieu le plus souvent dans des milieux urbains qui se trouvent sous le contrôle de groupes criminels.. Ce problème s’aggravera dans les mégapoles de demain, si la gouvernance ne suit pas le rythme de l’urbanisation. Or, appréhender les individus et confisquer les drogues,
(…) c’est un peu comme désherber, il faut recommencer le lendemain. On ne peut y remédier qu’en luttant contre la prolifération des bidonvilles et le délabrement de nos villes, en renouvelant les équipements et en augmentant l’effort social (…).
Les ghettos ne produisent pas les toxicomanes et les chômeurs, c’est souvent l’inverse. Et les mafias de prospérer. »

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Et l’adresse se termine ainsi :

 » Nous pouvons affirmer que la légalisation des drogues n’arrêtera pas la criminalité organisée internationale. Les coffres des mafias sont également alimentés par le trafic d’armes, la traite des personnes, , le trafic d’organes, la contrefaçon et la contrebande, le racket et le prêt usuraire, les enèvements et la piraterie, la violence à l’encontre de l’environnement (exploitation forestière illégale, déversement de déchets toxiques, etc) L ‘argument sur le compromis entre drogue et cirminalité ne fait que s’inscrire dans l’ancien projet de légalisation des drogues, que ne cesse de soutenir le lobby favorable aux drogues (…) La politique de lutte contre la criminalité doit évoluer. Il ne suffit plus de dire non aux drogues, nous devons également dire non à la criminalité, avec autant de véhémence. »(…)

La véhémence n’étant pas la caractéristique habituelle des documents officiels des Nations Unies, il faut saluer cete clarté d’analyse et de discours, en se demandant cependant s’il n’est pas déjà trop tard…
Il faut entendre les paysans afghans ou ceux de la Bekaa (Liban) à qui on a promis des subventions pour des cultures alternatives aux cultures alimentant le marché mondial de la drogue, et qui n’ont rien reçu. On peut douter très sérieusement de la réelle volonté politique des Etats concernés pour éradiquer ce fléau, quand on sait le volume d’argent  en jeu – sans oublier ceux qui discutent le plus sérieusement du monde du lien entre la légalisation de la drogue et les perspectives de  ressources fiscales…

(PS : Rôle de la mafia dans le scandale des poubelles de Naples il y a six mois ???)

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