Haïti (1): séisme dans le monde du sous-sol…

A l’heure d’écrire ces lignes, combien de centaines  – combien de milliers ? – de personnes coincées sous les gravats attendent la mort en écoutant les bruits sourds de la rue, les valses d’hélicoptère, et, si la lucidité est encore vive, en espérant que la mort viendra avant l’arrivée des engins de terrassement et de déblayage, et en se disant que peut-être personne ne savait qu’ils étaient là où le séisme les a surpris, et que personne ne les réclamera, ni ne saura où ils auront été ensevelis ?….

Que dire de plus, quels mots faut-il encore ajouter à l’indicible souffrance d’un peuple ?

Qu’il est effarant qu’il faille une catastrophe naturelle pour ouvrir les rideaux sur l’état de jungle dans lequel ce peuple a été mis par les combinaisons d’élites corrompues et stupides et de puissances économiques et politiques étrangères…

Que notre monde vit dans sa bulle économique et politique, avec ses « crises de bulles », spéculatives ou non, tandis que la moitié de l’humanité vit dans une crise permanente qu’on ne nomme plus, dont on ne perçoit plus le paroxysme, dont on se fout complètement, sauf le jour où une catastrophe assimilable à l’impact d’une bombe atomique déclenche un déluge compassionnel universel…

Oui, il y a beaucoup de monde qui meurt dans le sous-sol de notre société dite « post-moderne »… Seule une catastrophe de cette ampleur nous oblige à soulever la paupière… et l’oeil pleure. La société internationale méritera vraiment l’adjectif « post-moderne » quand elle saura gérer des situations comme celles-là…
Qu’elle commence donc par reconstruire d’une manière post-moderne, qui ne soit plus une question d’aide compassionnelle mais de simple justice…

Séisme 19600445d1d6aeeb00 par agadirnet

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Si le monde devient un village, et si l’aide internationale est à la mesure de l’ampleur de la catastrophe, il faudra bien cependant que ladite communauté internationale prenne, un jour, les choses en mains pour la gestion des besoins et des droits élémentaires de populations entières, sans attendre qu’un ouragan ou un tremblement de terre nous arrache les larmes.

Il faut un Conseil de Sécurité Humanitaire capable de déclencher les alertes, sur la base de critères objectifs, techniques, professionnels et non plus stratégiques, géo-politiques, économiques ou purement cyniques. Il ne s’agit pas de doubler les prérogatives des Etats, bien au contraire, mais de développer une bonne gouvernance mondiale, face à des tragédies de ce genre. Les compétences techniques existent chez beaucoup d’ONG confirmées,et chez beaucoup d’agents des Nations Unies.

Quand par ailleurs tous nos politiciens décideront de mettre ne serait-ce 5 % des budgets militaires dans des forces multinationales capables d’intervenir en dehors de tout critère géopolitique ou idéologique, comme ils ont été capables de « lever « quelques centaines de milliards de dollars en 48 heures pour renflouer les banques, on commencera alors à croire à leurs larmes de crocodiles.

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Mais sans oublier une question lancinante : à quoi ont servi des décennies d’aide humanitaire et au développement, si c’est pour en arriver à cet état de la société haïtienne  ?

Where is this money ? La question ne sera pas posée.
Pas plus qu’elle ne sera posée en Guinée, en Somalie, au Bangladesh, au Zimbabwe, en Moldavie, en Afghanistan, au Honduras…

Relire  » Globalia  » de Jean-Christophe Rufin.

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