Que dirait Voltaire aujourd’hui ?

Lu dans  » Le Monde des livres  » du 13.11.09 :

Voltaire à propos de l’affaire Calas
(un père torturé à mort … et à tort,
pour le meurtre de son fils) :

 » Il est de l’intérêt de tous les hommes
d’approfondir cette affaire qui est
le comble du plus horrible fanatisme.
C’est renoncer à l’humanité que de traiter
cette aventure avec indifférence. »

Et lorsqu’on demande à Jean-Marie Goulemot, historien :
Source photo

 » Ces textes de Voltaire sur l’affaire Calas vous paraissent-ils encore d’actualité ?  »

 »
(…) C’est parce que Sartre avait fait de Voltaire l’ancêtre de Zola que j’ai commencé à m’intéresser au XVIII ème siècle.(…)
Pendant la guerre d’Algérie, c’était très important pour les jeunes de ma génération de pouvoir montrer à ceux qui nous appelaient « l’anti-France« , qu’il y avait eu, dans ce pays, des hommes comme Voltaire, ayant eu le courage de s’élever contre la torture.
Voltaire, comme l’ensemble des philosophes des Lumières, fut d’abord pour nous un garant culturel de nos engagements.
(…)
Quand je vois qu’on profane des cimetières juifs ou musulmans,
qu’il y a des pays où on lapide des femmes pour adultère,
où on coupe la main des voleurs,
où on exécute des gens en place publique,
alors je pense à Voltaire, aux pages superbes du Traité sur la tolérance,
en me disant, avec la chair de poule,
qu’elles n’ont malheureusement rien perdu
de leur force ni de leur pertinence. »

Extraits libres duTraité sur la tolérance » de Voltaire :

 » On dirait qu’on a fait voeu de haïr ses frères,
car nous avons assez de religion pour haïr et persécuter,
et nous n’en avons pas assez pour aimer et pour secourir. »

SI L’INTOLÉRANCE EST DE DROIT NATUREL
ET DE DROIT HUMAIN

 Le droit naturel est celui que la nature indique à tous les hommes. Vous avez élevé votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de la terre que vous avez cultivée par vos mains. Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit être tenue.

Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature; et le grand principe, le principe universel de l’un et de l’autre, est, dans toute la terre: « Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît. » Or on ne voit pas comment, suivant ce principe, un homme pourrait dire à un autre: « Crois ce que je crois, et ce que tu ne peux croire, ou tu périras. » C’est ce qu’on dit en Portugal, en Espagne, à Goa. « (…)

S’il était de droit humain de se conduire ainsi, il faudrait donc que le Japonais détestât le Chinois, qui aurait en exécration le Siamois; celui-ci poursuivrait les Gangarides, qui tomberaient sur les habitants de l’Indus; un Mogol arracherait le coeur au premier Malabare qu’il trouverait; le Malabare pourrait égorger le Persan, qui pourrait massacrer le Turc: et tous ensemble se jetteraient sur les chrétiens, qui se sont si longtemps dévorés les uns les autres.
Le droit de l’intolérance est donc absurde et barbare: c’est le droit des tigres, et il est bien horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommes exterminés pour des paragraphes. »

Sommaire
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