Commissions … corruption…

Dans l’édition du « Monde » du 26.09.2010, page 14, et sous le titre « Le cancer de la corruption », l’historien américain Arnold J.Meyer affirme :

(…) « Méfions-nous de ces parangons de vertu qui promettent d’épurer une fois pour toutes les écuries d’Augias. Bertold Brecht, grand dramaturge de la corruption, remarquait : «  Trouvez-moi un fonctionnaire qui accepte un pot-de-vin, vous aurez trouvé l’humanité « . Brecht fuyait alors les régimes fascistes qui, du fait même de leur inhumanité, prétendaient venir à bout de la corruption. Or, pour bon nombre de réfugiés à cette époque comme pour Mère Courage et ses enfants, « la vénalité des hommes, c’est notre seule sauvegarde. » (…)

« A la fin des années 1870, ses obscures manœuvres destinées à gonfler la Standard Oil vont faire de John D. Rockefeller un illustre hors-la-loi. Plus tard, soucieux de redorer son blason, le magnat du pétrole choisit de faire don d’une partie de sa fortune douteuse à des œuvres de bienfaisance, ce qui lui vaudra cette saillie de Mark Twain : « Les bonnes œuvres rachètent les mauvaises consciences. »(…)

Au XX ème siècle, alors que l’Amérique s’impose comme une puissance incontestée, la corruption atteint son apogée. Dépourvu de la structure fortement centralisé de l’empire romain, l’empire américain distendu engendre un complexe militaro-industriel qui engloutit des fonds publics dans des contrats militaires colossaux(…).
Le déploiement de ce système tentaculaire de défense, qui peut compter sur des bases militaires et des alliés subalternes dans le monde entier, accompagne la mainmise de l’Amérique sur les matières premières, impliquant des contrats aussi lucratifs que corruptibles.(…) La corruption est devenue systémique aux Etats-Unis et elle ne concerne pas seulement des conglomérats, mais des agences de notation et d’audit.(…) Pour la plupart, les suborneurs sont des hommes en gris, employés à promouvoir la fortune de l’entreprise qui, en retour, décidera de la leur.(…)
Le symptôme le plus manifeste de l’enkystement des affaires dans la politique  est la porosité des frontières entre secteur public et secteur privé. (…)

Entre deux mandats, sans cesser d’entretenir leurs relations au Capitole, les initiés ne s’interdisent pas quelques incartades pour le compte d’intérêts privés, en attendant un éventuel retour au pouvoir. Et pour étoffer son CV, il est de bon ton de se greffer sur une université ou un think tank. Le plus hauts fonctionnaires s’en vont monnayer leur expérience et leur réseau au sein deu gouvernement, de l’entreprise et de la haute société. Les anciens présidents ouvrent le bal, empochant des sommes faramineuses pour baratiner  des parterres d’hommes d’affaires.(…)

Le XXI ème siècle s’éveille au son d’un nouveau concert de nations, qui bientôt tomberont sous la coupe de plusieurs grandes puissances. Leurs systèmes politiques ont beau être différents, elles sont toutes arrimées à un même capitalisme étatique. Les rivalités ordinaires seront exacerbées par la ruée vers les ressources toujours plus rares que sont l’énergie, les denrées et l’eau, tandis que l’explosion démographique restera le fait de pays en proie à l’instabilité chronique et à la misère, dont certains sont dotés de ressources naturelles très prisées, sous contrôle de petites élites locales.

Ce meilleur des mondes suscite les convoitises et offre un terrain propice à la corruption endémique. L’hydre increvable promet de s’acclimater à toutes les latitudes. Face à la débandade de l’Occident, il sied mal aux dirigeants hypocrites d’un monde opulent de dénoncer la corruption comme le stigmate du tiers-monde.
Faut-il leur rappeler que, sans la complicité de leurs intermédiaires occidentaux, les prédateurs financiers des régions non-occidentales n’auraient pu transférer, blanchir et investir leur butin à l’étranger, ni s’imposer comme les maîtres de la corruption dans des Etats embryonnaires ou vacillants, terrains de chasse des chevaliers d’industrie et autres canailles de tous horizons. »

  
On ne saurait mieux présenter – et en aussi peu de mots-  l’ampleur et les mécanismes de la corruption au niveau international, qui est le plus souvent recouverte du voile de la « grande complexité », face à laquelle il n’y aurait que des solutions techniques et aucun responsable identifiable, chaque rouage ayant ses « bonnes raisons ».

On se souviendra d’un haut-fonctionnaire d’un pays asiatique qui nous disait : «  Quand on voit tout ce que vous nommez corruption dans nos pays et que chez vous, en Occident, vous appelez : émoluments, pourcentages, commissions, etc… «  et il ajoutait : « La grande différence entre la corruption dans les pays pauvres et celle des pays riches, c’est que l’argent volé dans les pays pauvres part à l’étranger, tandis que chez vous, il est, d’une manière ou d’une autre, réinvesti dans l’économie nationale. » (ex : le haut-fonctionnaire des carrefours giratoires qui s’offre un mas provençal…)

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 Sur quoi, on pourrait terminer ce billet en rappelant la célèbre blague sur la différence entre la corruption en Italie et la corruption en France : « la corruption est la même, mais en France, l’autoroute est terminée… »

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