Propos lycéens

Extraits d’interviews  de lycéens (1) :

 » Je trouve injuste que notre mouvement
soit traité avec tant de mépris
 » 
  
par Selima

           » Je suis étudiante et j’espère bientôt rentrer sur le marché du travail.
           Contrairement à ce que certains répètent, la question des retraites et de son financement concerne les étudiants, c’est une question de bon sens. Je manifeste depuis plusieurs semaines, et je manifesterai encore mardi pour défendre nos droits.

          Je me sens particulièrement visée par cette réforme en tant que jeune, qui contribuera bientôt au financement des retraites et en tant que femme puisque cette réforme me paraît discriminatoire envers ces dernières.
        
Je manifesterai également parce que je trouve injuste que notre mouvement soit traité avec tant de mépris.
         Je suis étudiante et je dois travailler pour financer mes études alors croyez-moi je ne vais pas dans les rues par plaisir, mais par nécessité.  J’ai déjà la sensation de me tuer à la tâche et de savoir que ces années ne seront jamais considérées dans l’évaluation de ma retraite me laisse un goût suffisamment amer.
         À chaque fois que j’entends certaines factions politiques nous décrire, à mots à peine couverts, comme des gens qui ne font rien d’autre que râler sans proposer, cela m’incite encore plus à aller dans la rue pour manifester mon mécontentement. »

Source photo

 » Comment ne pas être concerné ?  »
par Aurélien

          » Pour les jeunes des classes populaires comme moi, se profile donc une double peine, celle d’entrer sur le marché du travail avec difficulté et avec des salaires de misère et de devoir aider leurs parents qui auront des pensions de misère.
          A moins d’avoir un pied dans le monde de la finance et d’attendre la régression sociale pour mieux spéculer, comment pourrait-on ne pas être dans la rue ? »

Le premier qui répondra
que ces deux lycéens ont un discours de langue de bois,
manipulé par les groupusucles d’extrême-gauche,
recevra une paire de baffes monumentale.

source photo 

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Sujet de Bac Blanc, filière technique, option audiovisuel (2) :

« Analysez les propos sur la jeunesse tenus par Eric Woerth dans les deux extraits vidéos suivants » :

http://www.dailymotion.com/video/xf7j34_lyceen-montreuil-passe-d-armes-au-s_news
(Sénat, le 14 octobre 2010)
Transcription : « C’est très compliqué de maintenir l’ordre public. Et les forces de l’ordre en France, la police, la gendarmerie, les CRS, mettent beaucoup de professionnalisme pour éviter, justement, toute atteinte à l’intégrité physique des uns et des autres dans des contextes qui sont souvent extrêmement difficiles. Je voudrais dire que tous ceux qui attisent, tous ceux qui poussent les jeunes à descendre dans la rue devraient réellement balayer devant leur porte ».

http://www.dailymotion.com/video/xf5m5z_woerth-ceux-qui-appellent-a-la-mobi_news
(Assemblée nationale, le 11 octobre 2010)
Transcription : « Ceux qui appellent en tout cas à la mobilisation des jeunes alors sont totalement irresponsables. Quand je vois le parti socialiste, ou les verts même d’ailleurs appeler, ou le NPA, l’extrême gauche, appeler à la mobilisation des jeunes, c’est d’une irresponsabilité totale. Ou d’un électoralisme forcené. Je ne sais pas. »

         Comment procèderait l’étudiant, le lycéen, ou toute personne susceptible de se sentir désigner par le vocable « jeune » face à l’énoncé de ce devoir ?
Imaginons un étudiant méthodique, appliqué. Il chercherait d’abord à définir – toujours définir les termes d’un sujet, répètent les professeurs – ce que signifie « jeunesse ».  L’étudiant pourrait alors tenter sa propre définition. Si elle est contextuelle, elle désigne dans la bouche d’Eric Woerth ceux qui sont appelés à manifester dans le cadre d’organisations syndicales, à savoir les lycéens et les étudiants. De là, il pourrait sans trop abuser le correcteur se permettre une petite digression sur cette vision restrictive de la jeunesse. S’en suit une deuxième tentative : si elle se réfère plus largement aux dangers évoqués par Eric Woerth, alors la jeunesse est ce à quoi sont confrontées les forces de l’ordre, nommément « la police, la gendarmerie, les CRS ». La jeunesse est donc ce qui est susceptible, toujours en citant les propos du Ministre, de porter « atteinte à l’intégrité physique des uns et des autres dans des contextes qui sont souvent extrêmement difficiles ».  En bref, il y a la jeunesse menaçante, et le reste de la population qui a droit à toute une débauche de moyens – la mise à leur service des trois corps habilités à employer la force dans l’espace public – pour l’en protéger. Le compositeur hardi pourrait ne pas manquer de s’interroger sur ce que désignent ces « contextes qui sont souvent extrêmement difficiles ». Les manifestations ? Les trois dernières sur les retraites n’ont posé aucun problème, si l’on exclut l’agression d’un journaliste par… les forces de l’ordre. Les jeunes sont-ils automatiquement corrélés à un contexte particulièrement difficile en particulier, celui des banlieues et de leurs émeutes par exemple ? Faut-il porter une cagoule et caillasser des voitures de police pour se voir reconnaître le statut de « jeune » dans la société ? Un correcteur tatillon pourrait se permettre d’inscrire en marge de la copie « propos impertinent », il est vrai, mais gageons que la plupart ne le feraient pas : l’honnêteté intellectuelle les obligerait à reconnaître que cette provocation estudiantine, après tout, n’est que le pendant d’une provocation ministérielle qui, dans la même phrase, accuse le camp politique adverse au sien de ne pas savoir s’occuper de sécurité. Et qu’en l’occurrence, l’ « électoralisme forcené » n’est peut-être pas celui qui est dénoncé (que pèsent les jeunes dans le corps électoral ? Eric Woerth l’ignore-t-il ?), mais celui provoqué par les propos soumis à l’examen : son étudiant a bien raison après tout de constater que les propos de Woerth dressent contre la jeunesse, dangereuse, le reste de la France, menacée, afin de mieux la cajoler.

           Imaginons maintenant un lycéen moins méthodique et plus spontané. Peut-être commencerait-il à s’interroger, et selon son caractère, à s’étonner, à s’énerver, voire à s’insurger, que même s’il est hypothétiquement encore mineur, il soit considéré comme le mouton d’un troupeau de manifestants qui ne feraient qu’obéir à la consigne d’un berger, sans avoir pris une seconde le temps de se définir un avis propre sur la question. Ce lycéen fougueux conclurait rapidement que le Ministre assimile « jeune » à « sans cervelle » ou à « statut nécessitant une tutelle forte, policière en cas de défaillance parentale ». Comme ce jeune peut très bien avoir des parents qui ne considèrent pas comme tout à fait anormal qu’il aille manifester, et que dans la fougue de l’âge, il emploie des mots un peu forts, il considèrera (sans toutefois l’écrire sur sa copie, qu’en attendant il laisse peu remplie) que les propos du ministre comportent quelques relents fachos. Et que lui, pas très politisé mais un peu rebelle, n’a besoin ni du PS, ni « même » des Verts, ni du NPA, de l’extrême gauche ou de qui que ce soit, pour savoir s’il a envie d’aller manifester contre la réforme des retraites. Il ne verra pas, dans sa naïveté touchante du moment, qui sont ceux qui « attisent » selon les propos du ministre sa propre colère, et peut-être en ce sens lui donne-t-il un peu raison. Mais sa colère, néanmoins, reste tournée vers celui qui le considère explicitement, complaisamment, sinon avec mépris et souverain dédain, comme un benêt incapable de discernement politique et d’auto-détermination.
          Imaginons enfin n’importe quel jeune, qui n’est soumis à aucun examen, mais qui se prête peut-être à celui de son quotidien préféré, du journal télévisé ou des vidéos d’actualité sur internet. Il considère peut-être, sans certitude absolue (et avec raison, mais il l’ignore sans doute) les conséquences de cette réforme des retraites sur son avenir. Il espère aujourd’hui que, le jour où il y sera, à la retraite, c’est qu’il aura sauté suffisamment d’obstacles pour ne pas avoir encore à se trouver confronté au risque d’une pension ridicule, insuffisante pour vivre. Ce jeune lit ou voit les propos du ministre Eric Woerth, en éprouve comme un choc, une épouvante – quoi, on fait une réforme des retraites qui ne concerne que les actifs actuels ou à venir et lui, jeune, serait le dernier à avoir son mot à dire ?
         Alors la jeunesse, elle fait ce qu’elle croit bon : elle descend dans la rue, elle organise des assemblées générales universitaires, elle propose à ses camarades de fermer les grilles du lycée. Et elle va manifester.
         A notre avis, quitte à être traités de « totalement irresponsables » par M. Woerth et de nous faire renvoyer « balayer devant notre porte », nous trouvons qu’elle a parfaitement raison. 

 source photo  

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Et enfin, pour sourire,
extrait d’un texte envoyé, en 2007, sur un blog
par un(e?) jeune lycéen(ne?) belge,
bien avant les manifestations françaises
de septembre et octobre 2010 (3) :   

         » Alors que les gigotements respiratoires d’une société en faillitte transitent de pis en mal et de pire en abruti, alors que le malheur s’abat tel un aigle foudroyant payé par le gouvernement sur chaque petite parcelle de population, alors que la lassitude grisaille les matins de la population besogneuse, alors que les vieux nous envahissent et que les jeunes sont des glandeurs et des drogués, alors que la Belgique veut divorcer d’elle-même, eh bien moi, moi, le seul, l’unique,  je vous prie de bien vouloir m’écouter comme vous écouteriez une dame longue, fine et habillée d’un tailleurs kaki qui reviendrait de faire ses courses du samedi car – et c’est entendu, le samedi c’est shopping ! – c’est une coutume établie par les lois ancestrales de la société connasso-correcte de notre Occident chéri, prônant ainsi un rythme équilibré et moutonnant pour apprendre à la masse laborieuse qu’il ne faut surtout pas réfléchir, parce que sinon on irait plus au shopping le samedi et on serait obligé de lire des livres ou même de couper la télévision, télévision qui rappelons-le est un peu comme la seringue qui administrerait son opium au peuple, même si on sait que l’opium ça se fume et ça ne se pique pas, pas comme la coke qui est la drogue chic la drogue des stars mais aussi la drogue des jeunes malandrins échappés d’un zoo de désespoir, oui mesdames et messieurs, la télé, c’est la coke, c’est une nouvelle drogue cathodique et non plus catholique, une nouvelle religion, un culte à une culture du cul, où chaque partisan au bulbe atrophié clame haut et fort qu’il aime s’abrutir devant un flux constant d’informations inutiles et viciées, ce qui m’amène à la conclusion frappante, car il faut toujours une conclusion pour un argumentaire solide, la conclusion donc que je ne sais plus du tout ce que je voulais dire à la base. »

 

source photo

(1) Extrait du site : http://abonnes.lemonde.fr/societe/article_interactif/2010/10/11/reforme-des-retraites-les-jeunes-plus-fatalistes-que-mobilises_1424187_3224.html

(2) Extrait de : http://www.lesmercredisduchangement.fr/analysez-les-propos-deric-woerth-sur-la-jeunesse-edito-par-emmanuel-borde-courtivron/

(3) Ce texte avait été repris par l’Abrincate sur un site qui est désormais annoncé comme fermé…
Dommage, on aurait aimé lire la suite… Le texte est sans coupure et la ponctuation voulue par l’auteur(e?) a été scrupuleusement respectée.

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