La roue – de la fortune – tourne

             Dans « Le Temps  » du 8 avril 2011 :

               » Dans les années 60, Bob Dylan s’interrogeait sur la liberté des peuples et contestait la légitimité de la guerre américaine au Vietnam.
                Dimanche, le chanteur légendaire se produira pour la première fois à Saïgon, devenue Ho Chi Minh-Ville.
Il n’est rien de dire que le contexte a changé depuis qu’avec Joan Baez et quelques autres hérauts de la « protest-song », il s’érigeait en représentant de la contre-culture et réclamait la fin des combats.(…)

                  Si Dylan a fédéré une génération d’Occidentaux en conflit avec l’autorité, ce débat-là ne se pose pas dans le Vietnam communiste contemporain, où le dernier intellectuel à avoir réclamé le multipartisme vient d’être condamné à sept ans de prison.

                Le musicien à la voix nasillarde et à l’émotion sobre se produira dans une ville très occidentalisée, une ruche dopée par une croissance économique à deux chiffres, au coeur du continent le plus dynamique de la planète où la paix s’est enfin imposée. (…)

              La tournée qui célèbre le 50e anniversaire de son premier concert, le 11 avril 1961, l’a déjà emmené à Pékin mercredi, puis Shanghaï. Mais dans la capitale chinoise, Bob Dylan s’est abstenu de chanter ses titres les plus évocateurs, dont le célèbre  » The Times They Are A-Changin » (« Les temps changent« ).

              Ou le mythique « Blowin’ in the Wind » (dont les paroles « Et combien d’années un peuple peut-il vivre, Avant d’être autorisé à être libre? » ).

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Extrait d’un article du « Temps » du 13 août 2007 :

Sous le titre :

Les Rolling Stones enflamment le stade  de la Pontaise

               » Infatigables, les légendaires sexagénaires ont offert deux heures de spectacle pour l’unique concert en Suisse romande de leur tournée «Bigger Band Tour».(…)

               A 64 ans, le chanteur Mick Jagger, silhouette toujours aussi féline, chemise bleue, veste noire et pantalon noir serré, a salué le public par un «Bonsoir Lausanne, Hello Lausanne» et s’est dit heureux d’être de retour en Suisse.(…)

               Traversant la scène de long en large, sautillant et se déhanchant, le célèbre rockeur a enchaîné les tubes comme «Brown Sugar» ou encore «Sympathy for the Devil» et les morceaux plus récents devant un stade plein à craquer.(…)

               Au final, le groupe a offert un show bien rodé, mais néanmoins impressionnant : au milieu du concert, une scène coulissante a emporté les musiciens au sein de la foule, jusqu’au centre du stade et le show s’est achevé par de nouveaux feux d’artifice.(…)

              Le grand distributeur Migros organisait le concert et avait distribué 30 000 billets aux détenteurs d’une carte «Cumulus». Sur scène Mick Jagger a indirectement salué le grand distributeur, faisant allusion à la ligne à bas prix «M-Budget» et aux points Cumulus. »

              Le mot indirectement est ce que l’on appelle en anglais un understatement, car l’Abrincate fut témoin visuel de Mick Jagger demandant à la foule si elle avait bien ses T-shirts « Cumulus », et la foule hurlant  » YEEAAHH… » (« cumulus » étant le nom de la carte de promotion des produits à bas prix du plus grand distributeur coopératif de Suisse.)

                Les temps changent, à coup sûr, mais de voir ces hérauts de la culture dite alternative des années soixante se vautrer l’un dans l’auto-censure chinoise ou vietnamienne, et les autres dans la promotion de la grande distribution suisse … cela suggère le pitoyable d’une fin de carrière en forme de pompe à fric toujours renouvelée…

Finalement,
tout cela n’était-ce que
du  » socialo-sarkozysme
tendance Bernard Groucho Tapie
 » ?

La roue tourne, certes, 
mais c’est un peu triste
de se dire que peut-être 
tout cela n’était que
la  » Roue de la fortune « …

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Nous reste cependant Joan Baez, inoxydable :
(« Le Temps » – 28 juilllet 2008)

              » Elle s’appelle Joan Baez. Elle chante depuis près de cinquante ans, et ses chansons, qu’elles soient ancrées dans la tradition folk, qu’elles soient protestataires, poétiques, religieuses, écrites par elle-même ou par Bob Dylan, sont indémodables.

               Devenue célèbre à 18 ans, grâce à sa voix d’une pureté prodigieuse, elle a fait à 21 ans la couverture de Time Magazine, marché aux côtés de Martin Luther King, chanté à Woodstock puis à Hanoï sous les bombes, lutté contre la guerre au Vietnam, plus récemment contre celle en Irak, pris la défense de prisonniers politiques, de réfugiés et d’oppressés un peu partout dans le monde.(…)

               Ses convictions non violentes sont intactes comme son plaisir de chanter, d’une voix plus grave qu’à ses débuts certes, mais profonde et habitée. »(…)

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               L’Abrincate se souvient aussi d’avoir assisté, sans aucun spectacle de vulgarité commerciale cette fois, aux Arènes d’Avenches (Suisse Romnande) par une belle soirée du mois d’août 2004 à un concert unique où se produisaient successivement Lou Reed, Jane Birkin et vers minuit trente… Nina Hagen –  le tout pour 60 francs suisses, alors qu’il y a trente ans, on aurait payé le double pour chacun de leurs concerts respectifs…

                » On the opening night, three legends performed at Rock Oz’Arènes: Lou Reed, Nina Hagen and Jane Birkin. Three different cultural backgrounds, three styles but the same generation opened this year’s festival. »

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