De l’air frais chez le Dalaï-Lama

Extrait de l’interview paru dans « Le Monde » du 2 août 2011 :

              (…) Vous venez de séculariser les institutions du Tibet en exil en imposant  la distinction entre l’autorité religieuse du dalaï-lama et la direction politique de la communauté. Pourquoi ?

             C’est une longue histoire ! Depuis mon adolescence, disons l’âge de 13 ou 14 ans, j’avais perçu les défauts du système du gouvernement tibétain. Le pouvoir ultime était concentré entre très peu de mains. Après notre exil en 1959 en Inde, j’ai commencé la démocratisation des institutions. En 2001, le premier ministre devenait ainsi élu. A partir de cette date, ma position personnelle était celle d’une semi-retraite politique. En début d’année,  il y a eu une campagne pour l’élection d’un nouveau premier ministre. J’ai noté que les communautés en exil dans les pays libres étaient actives et désireuses de participer à l’élection et que les candidats étaient de qualité. J’ai alors décidé qu’après dix ans de semi-retraite, il était temps que je prenne une retraite politique complète.

         Mais au-delà de votre personne, vous bouleversez l’institution du dalaï-lama ?

         Oui, il ne s’agit pas seulement de ma retraite personnelle.  Il s’agit de mettre un terme à une tradition de près de quatre cents ans en vertu de laquelle le dalaï-lama était automatiquement doté de l’autorité politique. J’ai toujours pensé qu’il fallait séparer les fonctions de chef politique et de dirigeant religieux.  Il eût été hypocrite de ma part de ne pas appliquer à moi-même cette conviction. Il est archaïque qu’un pays soit dirigé par un roi ou un chef religieux. La meilleure manière de diriger un peuple est la voie de l’élection. Depuis mon enfance, j’admire les institutions démocratiques.

          Dans quel état d’esprit avez-vous pris cette décision ?

          Il est important de conserver l’institution du dalaï-lama qui est une institution religieuse historiquement importante chez les Tibétains. Mais afin de la rendre moins controversée, il faut la séparer du pouvoir politique. Cette décision, je la prends volontairement et avec bonheur et non par découragement ou désespoir. Si l’institution du dalaï-lama avait  dû prendre fin dans la controverse, cela aurait été un déshonneur. Et je pense que la fonction du dalaï-lama, débarrassée de son autorité politique, peut être plus utile sur le plan religieux. » (…)

          A priori et spontanément, on ne peut qu’être surpris de ce discours et qu’une démarche perçue comme historiquement normale dans une perspective occidentale ait pris autant de temps à se concrétiser chez un leader asiatique qui parcourt le monde depuis 40 ans…
Mais il est fort possible aussi que, même animé depuis toujours de ces convictions, le dalaï-lama ait longtemps jugé prématuré de scinder les deux pouvoirs et de créer ainsi une dyarchie avec risques de conflits internes dans un peuple contraint à l’exil, c’est à dire contraint aux symboles identitaires à défaut de territoire…

Toujours est-il que cette analyse devrait être diffusée en Iran, ou « taggée » sur les murs de Téhéran, ou envoyée par Youtube en Afghanistan, au Warizistan, chez les « new-born christians » américains, et autres radicaux intégristes religieux de tous horizons…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :