Qu’est-ce que le berlusconisme ? « Cochon est beau »

Lors de l’émission de radio  » La suite dans les idées « ,
diffusée sur France-Culture le 26 novembre 2011,
Paolo Flores d’Arcais
,
animateur de la revue italienne MICROMEGA
a défini  le « berlusconisme  » comme suit :

Question : Est-ce que Berlusconi a démissionné sous la pression des marchés financiers?

Réponse : « Berlusconi était déjà dans une crise politique interne au sein de sa majorité depuis des années, notamment avec Mr Fini, président de la Chambre des Députés. Finalement ce sont les marchés financiers qui ont donné le coup de grâce, parce que Berlusconi a décidé de démissionner quand il a vu que les actions de ses entreprises baissaient énormément. C’est donc pour sauver son propre patrimoine, et non pas pour des raisons de noblesse civique… Mais il faut bien savoir que le berlusconisme  n’est pas complètement fini. Il a l’intention de continuer à avoir du pouvoir…

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Question : Le berlusconisme n’est pas une idéologie, mais une manière de a faire de la politique. Comment  un Premier Ministre peut-il être éjecté par les marchés financiers ? Quelle est l’autonomie de la démocratie politique aujourd’hui ?

Réponse :  » C’est un paradoxe qu’en Italie, un gouvernement, qui n’est pas issu des élections, a cependant la majorité la plus écrasante depuis la dernière guerre. Les partis ne voulaient pas de ce gouvernement, mais ils ont voté la confiance d’une façon presque plébiscitaire. Il faut souligner que ce n’est pas la démocratie qui a été mise entre parenthèses par la technocratie, mais la « partitocratie » – qui était aussi une vidéocratie – qui a été suspendue par ses propres contradictions. On est bien loin d’un système démocratique qui fonctionne réellement, mais ce qu’on avait avec Berlusconi n’était pas du tout de la démocratie, il faut bien le dire…

Question : Comment définir le « berlusconisme  » ?

Réponse :  » J’ai écrit il y a quelques années que le berlusconisme était le « poutinisme » de l’Occident, ce qui a toujours été pris pour une exagération. » Poutinisme » sans violence, car les journalistes ne sont pas encore assassinés,  mais en essayant la « mort civile » pour le journalisme qui est, par nature, critique vis- à vis du pouvoir. Dans son essence, le « poutinisme » est comme le « berlusconisme : il essaye d’empêcher toutes les forces critiques du pouvoir, autrement dit tout ce qui peut contrôler le pouvoir et le gouvernement. Les deux forces principales de contrôle sont les journalistes pluralistes et la justice, la magistrature libre, honnête et indépendante. (…)

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Question : Le « poutinisme » serait donc un système intégré dans lequel il n’y aurait aucune séparation des pouvoirs, contrairement au progrès des démocraties occidentales où les domaines, notamment le droit, les media et l’économie sont autonomes par rapport à la politique.
Là, c’est le mouvement inverse d’intégration des différents pouvoirs. Pour vous, est-ce la remise en cause de l’idée même de démocratie ?

Réponse : » C’est une pratique des pouvoirs comme patrimoine personnel privé. C’est très clair dans le poutinisme : la privatisation de l’Etat soviétique a été faite en donnant  à des personnes du pouvoir politique l’exploitation du gaz, des matières premières,etc…
Même chose en Italie :  on a utilisé tous les biens publics comme patrimoines privés de Berlusconi et de ses amis. L’exemple le plus frappant a été celui des fréquences radio et TV à travers l’industrie stratégique FINMECANICA. Stratégique parce qu’elle construit des armements, mais aussi des systèmes de sécurité contre les armements des adversaires. Cette firme, contrôlée par l’Etat, a eu une influence énorme parce que sur le marché international des armes, certaines ont été livrées illégalement à des gouvernements avec une corruption énorme, et tout cela était géré comme le patrimoine des amis de Berlusconi.
(…)

La patrimonisation privée du bien public est au coeur de la mentalité de Berlusconi qui parle toujours de la « hazienda italiana« , l’entreprise italienne. Un pays n’est pas une entreprise, dans laquelle il y aurait un patron et des subordonnés. Berlusconi trouvait incroyable que la Constitution donne des limites au patron…(…)

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Berlusconi n’aurait jamais été Premier Ministre sans les télévisions. Il est resté au pouvoir pendant 17 ans (presque autant que Mussolini), y compris par le pouvoir d’influence pendant les quelques années de gouvernement de la gauche. Berlusconi et les medias, c’est vraiment « 1984 » de G.Orwell, c’est à dire la capacité, à travers la saturation médiatique quotidienne, de renverser le sens des mots et de procéder à un renversement de valeurs.

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Il y a toujours eu de la corruption qui existait bien avant Berlusconi. Mais qu’a-t-il apporté ?
Quand auparavant on découvrait de la corruption, les politiciens essayaient de trouver une justification, ou de nier l’avoir fait… Avec Berlusconi on a commencé à se vanter de la corruption, de dire que c’était bien… On ne parle plus de corruption mais de « nouvel élan de la productivité »… Quand un juge découvrait des crimes, le problème n’ètait pas les crimes des « cols blancs », mais le juge lui-même, qui prétendait empêcher les politiciens de faire ce qu’ils voulaient. Comme ils avaient élus du peuple, ils avaient « le droit » de faire n’importe quoi…Ce renversement des valeurs, c’est vraiment le monde d’Orwell…

Un dessinateur de bandes dessinées avait prévu tout cela en racontant l’histoire du Père Cochon qui dit au fils Cochon : «  Finalement, c’est le moment de dire avec orgueil : Cochon est beau. » C’est cela le Berlusconisme… (…)

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Les structures du pouvoir ont été transformées en Italie au niveau des valeurs vécues, au niveau anthropologique. « Propriété publique » était considérée, en général, comme propriété de toutes les personnes, de moi comme de tous les autres. Mais ce manque de sens civique, de sens de l’Etat, de sens du bien commun est une drogue qui se répand partout. Ce mépris de ce qui est public est promu par des minorités.

Il faut revenir aux valeurs fondamentales de la convivialité démocratique.
Comment peut-on parler de démocratie sans parler d’égalité ?

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