Un philosophe contre le catastrophisme

Extraits libres de l’interview du philosophe Dominique Bourg,
de l’Université de Lausanne,
parue le 7 juin
dans l’hebdomadaire gratuit
« Lausanne-cités« :

La notion de développement durable n’est-elle pas galvaudée ? (…)

 » Oui, c’est incontestable, car parler de développement durable aujourd’hui, c’est mettre en avant la durabilité dite faible qui indique que la destruction de notre capital naturel peut toujours être compensée par la création d’un capital reproductible via la technologie : la disparition du vers à soie ne poserait pas de problème puisqu’il serait aisément remplacé par le nylon…. (…) En réalité, cela revient à continuer à faire ce que l’on a toujours fait. Avec les résultats que l’on voit aujourd’hui. »
(…)

Nous vivons plus longtemps que nos aïeux, en meilleure santé et nous connaissons un confort  inégalé. La technique n’a-t-elle pas fait preuve de son efficacité ?

 » Certes, mais pour combien de personnes ? Sur la planète, nous sommes à peu près  un milliard et demi à vivre correctement. Mais deux autres milliards vivent avec moins de 2 dollars par jour. Non seulement notre richesse exclut les autres, mais elle montre les premiers signes d’essouflement. Pour la première fois en 2008, l’espérance de vie  aux USA a commencé à diminuer. « 

Vers quoi allons-nous ?

 » L’énergie va se raréfier et devenir très chère. Les minéraux également, de manière absolue ou relative. L’eau douce, les ressources biotiques et la biosphère, en termes de climat, posent déjà d’énormes problèmes. (…) Si on laisse les choses aller selon leur cours actuel, on va vers une violence énorme. (…)

Source photo

Quelles solutions peut-on donc adopter ?

 » Le modèle de société qui fonctionne bien en garantissant l’emploi et la qualité de vie, tout en se fondant sur une diminution drastique de la consommation des ressources, est encore à inventer. En revanche nous avons entre nos mains les leviers d’une véritable transition écologique, concept que je préfère à celui de dévelopement durable. « 

Quels sont ces leviers ?

 » Il y a deux axes.  En premier lieu, l’action publique avec des investissements massifs pour donner de l’emploi, rénover le bâti ancien,  adapter le système productif à la diminution des ressources, mettre en place une réduction des flux d’énergie et de matières, car le marché ne pourra jamais à lui seul régler le problème. « 

Pourtant ne dit-on pas que le capitalisme est le système idéal pour gérer la rareté ?

 » Bien sûr, mais au prix d’une explosion des inégalités ! Et pour que la majorité puisse vivre dans des conditions décentes, seule une régulation forte comme celle que l’on a connue dans les années 60 peut garantir des conditions de vie décentes pour le plus grand nombre. « 

source photo

Le second levier ?

 » L’action citoyenne, car la transition écologique ne peut se faire qu’au prix d’une modification de nos habitudes, vers un mode de vie plus sobre et moins dispendieux. »

L’humanité sra-t-elle capable d’opérer ces immenses changements sans violence ?

 » Si on regarde comment le capitalisme s’est réorganisé au 19 ème siècle, avec une violence relativement faible, on peut entretenir un certain espoir. La solution peut venir de l’arrivée au pouvoir d’une social-démocratie renouvelée, limitant notre boulimie matérielle et ferme quant au rôle reditributif de l’Etat. Les forces de droite n’en sont actuellement pas capables, car elles sombrent aujourd’hui dans une folie inégalitaire qui nous conduit vers un abîme de violence. « 

source photo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :